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Influence des philologues sur la philosophie z

— C'est aux formes pures du latin et du grec classiques que la Renaissance consacre son premier culte. On considère que l'étude des anciens peut seule faire des hommes (humanisme, humanités) et, sous l'irrésistible poussée de ces idées, la plupart des universités d'Europe introduisent chez elles, dans une large mesure, l'étude des grammaires et des langues anciennes a).

Est-il étonnant que les admirateurs de la langue cicéronienne se prirent d'un dégoût profond pour les formes vieillies de la scolastique décadente ? Sa terminologie philosophique, sa phrase lourde et embarrassée, tout en elle était taxé de « barbarisme » . D'autre part, on engloba le fond et la forme dans une même réprobation, et l'on conclut que ces béotiens, incapables d'écrire, étaient tout autant incapables de penser. Ainsi l'humanisme livra le premier et le plus terrible assaut à la scolastique et discrédita les « péripatéticiens » 3). Ce fut son œuvre négative.

Par contre, les essais philosophiques des philologues humanistes font sourire. L'idée fondamentale de leur philosophie est la réduction de la philosophie à la dialectique, et de la dialectique à la rhétorique. Ils confondent la science des choses avec l'art de raisonner, et l'art de raisonner avec l'art de bien discourir. Les plus grands philosophes sont Quintilien et Cicéron, parce qu'ils ont été les plus grands rhéteurs !

') Cf. notre Hist. de la phil. scoL, etc., pp. 317 et suiv. — ') Chartul. III, pp. x et xi. — s) C'est le nom qu'un grand nombre d'écrivains de la Renaissance donnent aux scol astiques.

49^ LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE DU XVe AU XVIIe SIÈCLE. !

426. Principaux humanistes antiscolastiques. — Il faut citer avant tout l'italien Laurentius Valla ( 1407-1459), dont les Dialecticae disputatioms amira Aristotelicos ne sont qu'un perpétuel persiflage de la dialectique aristotélicienne. | — Valla trouva un imitateur dans Rodolphe Agricola (1442-1485), qui conçut dans le même esprit son de inventione dialectica. — Non moins incisif est l'espagnol L. Vives ( 1 492-1 540. De causis corruptarum artium, in PseudodiaUcticos, ai initiis, seclis et laudibus philosophiae) . Il se dégoûta de la scolastique aux leçons de Jean Dullaert, à Paris ; propagea ses idées humanistes et antiscolastiques dans les Pays-Bas, à Louvain notamment, où il entra en relation avec Érasme ; se rendit en Angleterre, mais revint mourir à Bruges, en 1540.

Plus significatives, mais non moins impuissantes, sont les conceptions de Marius Nizolius, de Modène (1498-1575), qui passa sa vie à se nourrir des œuvres de Cicéron (Thésaurus Ciceronianus) et attaqua la scolastique dans un traité Contra Pseudophilosophos, édité par Leibniz, en 1670. Du catalogue des sciences philosophiques il raie la dialectique et la métaphysique, pour les remplacer par la rhétorique. A la science de l'être, il substitue la science du mot, et nie la valeur réelle de l'universel.

Dans le même ordre d'idées travaille le plus influent de tous ces philosopheshumanistes, Pierre de la Ramée (Petrus Ramus, 1515-1572). A peine âgé de 21 ans, il soutint dans une thèse publique, que tout ce qu'avait enseigné Aristote n'était que mensonge. Ce fut la profession de foi de toute sa vie. Dès ce temps, il rêva de régénérer la dialectique et exposa ses idées, en 1543, dans les DiaUcticae institutiones et les Animadversiones in dialecticam Aristotelis. Une violente opposition accueillit ces ouvrages. Ramus fut interdit par ordre de François Ier- Mais, à la mort de ce dernier (1544), il reprit l'enseignement de la philosophie au collège de Presle et réédita ses ouvrages. En 1562, il embrassa le calvinisme : cette abjuration, en même temps qu'elle lui valut des sympathies en Allemagne, augmenta à Paris le nombre de ses adversaires et le força de quitter la France. Quand il y rentra, en 1571, il périt dans le massacre de la Saint- Barthélémy.

Dans ses Dialecticae Institutiones, Ramus distingue la dialectique naturelle et la dialectique artificielle, calquant les règles de celle-ci sur le fonctionnement spontané de celle-là. La dialectique, n'étant que la virtus disserendi, comprend, I d'une part, la recherche des lieux communs d'où jaillit le raisonnement (inventio),

i d'autre part, l'application de ces principes à chaque argumentation spéciale

(judicium). Le judicium nous apprend tour à tour à formuler des propositions isolées, à les coordonner en un tout scientifique, enfin à ramener toutes lessciences particulières à Dieu. Les exercices dialectiques (interpretatio, scnptio, dictio) couronnent la dialectique artificielle, et leur objet suprême est l'art de bien discourir. Car le raisonnement est uni au discours, comme le cœur est uni à la langue.

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