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Double forme du mysticisme médiéval. — y

Le moyen âge, époque de foi vigoureuse, est l'âge d'or du

mysticisme; les mystiques pratiques se cloîtrent dans la vie dévote, les spéculatifs écrivent des livres. Nous rencontrons le » mysticisme sous la double forme individualiste et panthéiste.

Le mysticisme panthéiste apparaît avec J. Scot Ériugène, s'éclipse un instant, pour reparaître au XIIe s. (Art. II).

A côté de ce mysticisme hétérodoxe, se développe, parallèlement au courant scolastique ou dogmatique, un courant de mysticisme orthodoxe, mysticisme théologique , basant l'ascension de l'âme vers Dieu et vers la perfection sur une grâce d'ordre surnaturel, octroyée dès cette vie.

Sous peine d'être illogiques, les scolastiques ne pouvaient admettre un mysticisme ?iaturel ou philosophique. En effet, d'après leur idéologie, la raison humaine ne peut connaître, et dès lors la volonté ne peut aimer Dieu que par l'intermédiaire des créatures. Or cette connaissance indirecte de l'Infini n'établit pas la communication directe, phénomène central de la vie mystique. Voilà pourquoi les « voies mystiques », les ravissements et les extases qui unissent l'âme à Dieu, et qu'un Hugues de S. Victor ou un Bonaventure décrivent avec une ardeur si enthousiaste, se distinguent essentiellement de la connaissance philosophique de Dieu, obtenue par négation et transcendance. Elles forment des degrés d'une échelle supérieure que l'homme ne peut gravir sans la grâce x).

Dans un sens large on peut dire que tout philosophe scolastique, en qualité de théologien , a ses heures d'envolées mystiques.

') M. Delacroix établit entre la mystique et la scolastique des rapports qui reposent, ce nous semble, sur des confusions d'idées. « La scolastique, dit-il, ne va pas sans la mystique ; car elle est la science appliquée à la religion et part de cet axiome que tout est intelligible par la théologie, que tout par conséquent est réductible à la théologie ; mais cet axiome lui-même suppose que le penseur sent sa dépendance à l'égard de Dieu et s'efforce d'approfondir le sentiment de cette dépendance. La piété personnelle devient ainsi la condition de la science, mais comme cette piété n'est autre chose que le sentiment du divin, que la contemplation ascétique du rapport du moi à Dieu objet de la Mystique, la Mystique est à la base de la Scolastique. * Essai sur le mysticisme spéculât, en A Hem. au XIVe s., p. 10. L'auteur confond théologie scolastique et philosophie scolastique, et pense à tort que la piété est une condition pour philosopher à la façon des scolastiques.

Il n'y a donc pas d'incompatibilité entre philosophie scolastique,

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où il prit, vers 11 25, la direction de l'enseignement, jusqu'à sa mort en 1141.

Outre des travaux sur l'Écriture sainte, le de Sacramentis christianae fidei (182), un traité de méthodologie Eruditio didascalica, Hugues a laissé de nombreux ouvrages mystiques (de arca Noe morali, de arca Noe mystica, de vanitate mtindi, de arrha animae, de atnore sponsi ad sponsam, etc.).

A l'égard de la philosophie, il ne témoigne pas, comme on Ta souvent répété, ce mépris hautain qu'affectent ses successeurs, et aussi parmi ses contemporains un groupe de théologiens ascètes. Hugues est un mystique doublé d'un philosophe. Son Eruditio didascalica est à la fois une revue encyclopédique et une classification complète des connaissances (I2Ô, i°) où apparaît largement développé le plan de Boèce, et qui servira de base aux conceptions du xme siècle sur les divisions du savoir humain. Hugues s'intéresse aux problèmes philosophiques de son temps, reproduit sur la composition des corps une théorie atomiste de la matière et de la forme, effleure le problème des universaux, et suit la philosophie augustinienne et pseudo-augustinienne.

Mais le savoir n'a pas son but en lui-même, il est le vestibule de la vie mystique. La théologie mystique s'occupe de la foi dans ses données objectives (fides quae creditur, materia fidei) et surtout dans le sentiment affectif qu'elle fait naître (affectus, fides qua creditur). Comme S. Augustin, dont il suit de près le mysticisme, Hugues décrit les étapes de l'ascension vers Dieu. La cogitatio qui cherche Dieu dans le monde matériel, la meditatio qui le découvre dans notre for intérieur, la contemplatio qui le connaît, surnaturellement, par un regard intuitif, sont les fonctions d'un triple œil de l'âme x). Hugues interprète l'Écriture dans un sens moral et caché ; il se meut en de perpétuelles allégories.

Après Hugues, l'exubérance du mysticisme alla grandissant à

') Il est une foule d'autres états préliminaires à la contemplation parfaite. Tels, le soliloque, la circonspection, le ravissement, etc.

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S. Victor. De plus en plus on regarda l'acte de foi comme un sentiment purement affectif, indépendant des motifs mêmes de crédibilité. La philosophie passa pour une superfétation inutile, et Ton comprend que les controverses réalistes des écoles de Ste-Geneviève et de Notre-Dame étaient faites pour jeter le discrédit sur les discussions de la scolastique. Puis ce fut le tour de la théologie spéculative elle-même, telle qu'elle était consignée dans les œuvres des Summistes.

Richard de S. Victor, prieur du couvent mystique de 1 1 62-1 1 73, disciple immédiat de Hugues, est presque aussi connu que son maître (de exterminatione mali et promotione boni ; de statu interioris hominis ; de çruditione hominis interioris ; de praeparatione animi ad contemplationem ; libri quinque de gratta contemplationis ; de arca mystica) ; le mépris de toute spéculation s'accuse chez Achard et Godefroid de St- Victor, et atteint son plus haut degré chez Gauthier, le successeur de Richard, pour qui la dialectique est l'art du diable. Il écrit un livre In quatuor labyrinthos Franciae (181).

Nous retrouvons les mêmes tendances, en dehors de S. Victor, chez Adam le Prémontré et Adam de Perseigne.

305. Bibliographie. — VaCandard, Vie de S. Bernard, abbé de Clairvaux. Paris 1895, 2 vol. Bon ; A. Mignon, Les Origines de la scolastique et Hugues de S. Victor. Bon. Sous le nom de Hugues, le moyen âge a faussement inscrit une foule d'ouvrages. Cf. Hauréau, Les Œuvres de Hugues de S. Victor, 1886, et Notices et extraits, passim ; J. Kilgbnstein, Die Gottcslehre d. Hugo von St Victor nebst einer einleitenden Untersuchung iiber Hugo's Leben und seine hervorragendsten Werke, Wurzburg, 1898 ; Buonamici, Riccardo da S. Vittore, saggi di studio su lia filosofia mistica del sec. XII, Alatri, 1898.

Œuvres de Hugues de S.Victor, v. n° 187 ; de Richard de S.V.,Migne, 1. 194; de S. Bernard, éd. Mabillon, 1696.

ART. II. — L' ANTISCOLASTIQUE.

206. Diverses formes de l'antiscolastique. — Toute théorie négatrice de la spiritualité de l'âme, ou de la personnalité humaine, ou de la distinction essentielle entre Dieu et la créature, est subversive des principes fondamentaux de la scolastique.

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Voilà pourquoi il convient de ranger parmi les adversaires de la scolastique quiconque enseigne le matérialisme, la migration des âmes, l'athéisme ou le panthéisme.

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