Finitude, Unité, Éternité du monde. — Dans le
domaine de la quantité abstraite, conçtie par la raison, le mathématicien peut surpasser toute grandeur par voie d'addition, toute petitesse par voie de soustraction. Mais le physicien ne s'occupe que de grandeurs réelles. Or à ce point de vue, Aristote admet d'une part que toute grandeur est divisible en puissance et qu'on ne peut admettre, avec Démocrite, l'existence d'atomes ou d'indivisibles ; — d'autre part, il conclut de la finitude du monde à l'impossibilité de dépasser sa grandeur réelle. « Le monde n'est pas infini ; la
') PlAT, op. cit., p. 108.
sphère des étoiles en marque la borne au delà de laquelle il n'est plus de lien ; aucun volume donné en acte ne peut être plus grand que le volume de cette sphère '), » Rien ne peut être plus grand que le Ciel. Dans sa sphéricité parfaite est emprisonné tout le réel. Comme au delà du ciel il n'y a pas de corps, il n'y a plus ni lieu, ni vide (le vide étant un lieu qui pourrait contenir un corps), ni temps, ni durée (puisque le temps est la mesure du changement). Le monde ou l'univers (ô\ov Kai tô Ttâv) est uniqtie. En effet, tout corps ayant son lieu naturel vers lequel il se porte par nature, et un second monde, pour mériter ce nom, devant être formé des mêmes éléments, il suit que tous les fragments de terre se rencontrent dans un même centre, et de même les autres éléments se portent dans un même lieu : la pluralité des mondes est une absurdité.
Enfin nous savons déjà que le monde est éle me l comme le mouvement, la nature et le premier moteur.
Parmi les corps sublunaires, les organismes, l'homme surtout, occupent une place spéciale, et ceci nous amène à la psychologie.
50. Psychologie. ~ Aristote est le créateur de la psychologie ; car il a étudié l'homme, non pas en subordonnant cette étude à une conception générale du monde, ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs, mais en employant les méthodes propres de la psychologie : l'observation interne et externe, et le raisonnement. Aujourd'hui encore les observations psycholcgiques d'Aristote restent debout.
L'âme est l'acte premier d'un corps naturel qui a la vie en puissance, f] ii/uxn ècTTi èvTeXéxeia f] irpiLin (TujjuaTOç qpuaiKOû (Traité de rame, II, i) ; elle est forme substantielle du vivant, et le corps est matière première. Puisque tout être vivant possède une âme, il y aurait lieu de distinguer une psychologie animale et végétative à côté d'une psychologie humaine ; mais comme, dans la hiérarchie des êtres, les espèces supérieures contiennent les perfections des espèces inférieures, une étude complète de l'homme embrasse la vie sous toutes ses manifestations.
') DuHEM, £/udés sur Léonard de Vina, seconde série. Paris 1909, p 6 (L'infiniment grand et l'infiniment petit selon Aristote).
ARISTOTE
Une en son fond, l'âme s'épanouit en facultés diverses. Aristote ne s'est pas clairement expliqué sur la distinction qui les sépare, mais il semble qu'il les considère comme des aspects divers d'une même réalité, l'âme. La question sera mieux étudiée au moyen âge.
Signalons les problèmes relatifs aux activités et à la nature de
l'âme.