‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 73 sur 137 · JOHN LOCKE · texte numérisé non relu

JOHN LOCKE

237. Vie et œuvres de Locke. — Locke naquit en 1632, à Wrington, près de Bristol, en Angleterre. Etudiant à Oxford, il prit un grand intérêt à la philosophie de Descartes et s'appliqua à l'étude de la physique, de la chimie et surtout de la médecine. Au sortir d'Oxford, il entra au service de Lord Ashley, plus tard, comte de Shaftesbury, dont il fut successivement le secrétaire et le médecin. Après la déchéance et la mort de son maître, Locke alla résider ex Hollande (1683). Il y demeura jusqu'en 1689. A cette époque, il rentra en Angleterre à la suite de Guillaume d'Orange, et mourut à Oates, comté d'Essex, en 1704. Ses principaux ouvrages Sont: Essai sur le yourernement civil; Lettres sur la tolérance : Pensées sur l'éducation ; Essai sur l'entendement humain.

238. Caractères de la Philosophie de Locke.— 1° Empirique : adversaire de Descartes, le philosophe anglais rejette l'innéité de nos idées. Pour lui, elles viennent de l'expérience. Aussi bien, comme tous les empiriques anglais, Locke applique la méthode inductive à l'étude de l'entendement humain. Il faut ajouter qu'il n'est pas un empirique sensualiste, Suivant sa doctrine, les sens ne Sont pas l'unique source de nos connaissances ; et il enseigne que beaucoup d'idées nous viennent de la

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réflexion, qui est “la perception des opérations de notre âme sur les idéees reçues par les sens ”, 2° -lnti-cartésienne: la philosophie de Locke se caractérise par une réaction exagérée contre l'idéalisme de Descartes, bien qu'elle lui emprunte plusieurs de ses théories. 3° Utilitaire: c'est l'intérêt qui prime, chez Locke, et souvent, est comme l'âme de tous ses écrits. Toute la loi morale, pour lui, se réduit à la recherche du bien-être. Cependant Bacon s'occupe peu de l'autre vie, Locke, au contraire, met au premier rang les vérités qui sont nécessaires à l'obtention du bonheur dans l'autre monde. 4° Libérale, en politique surtout. Locke combat le despotisme absolu de Hob' 5, ei, à ce point de vue, on peut le considérer comme l'un des fondateurs du libéralisme moderne.

239. Psychologie de Locke. — La théorie de la connaissance est l'objet de la psychologie de Lccke. On peut dire que cette théorie est basée sur un double principe: il n'y a pas d'idées innées, nos idées viennent de l'expérience.

Il n'y a pas d'idées innécs. Locke consacre la première partie de son Essai sur l'entendement humain à démontrer que nous n'avons pas d'idées innées. Il observe que l'unisersalité de certaines idées parait être une preuve de leur innéisme, Or, ces prétendues idées innées, n'ont pas cette uniz'ersalité. En effet, les enfants, les idiots, les ignorants ne connaissent aucunement le principe d'identité et le principe de contradiction. Et d'ailleurs. ces idées fussent-elles, à un moment donné, communes à tous

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les esprits raisonnables, il faudrait alors prouver qu'elles n'ont pas une origine empirique. Ces idées sont-elles dans l'esprit à l'état latent? Pas plus, répond Locke: être dans l'esprit et être connu, pour le philosophe anglais, sont une seule et même chose. Une idée inconsciente, c'est une contradiction dans les termes. L'innéisme des idées e tion sans fondement. Notre esprit, à son origine, est comme une feuille blanche, ou. suivant le mot d'Aristote, comme une table rase.

Nos idées tiennent de l'expérience, C'e Prouve-dans la seconde partie de son ouvrage. Ily a deux expériences, enseigne Locke : la sensation qui est la perception des Phénomènes extérieurs au moyen des sens. la réflerion qui est la perception des phénomènes intéricurs, c'est-à-dire de l'activité de l'intelligence elle-même. Les idées sont de deux sortes: les idées simples et les idées composées. Les idées simples sont celles qui viennent de la sensation et de la réflexion séparées où réunies, l'intelligence restant tout à fait passive: par exemple: la couleur qui est fournie par la vue (sensation). l'idée de volonté qui est fournie par la réflexion, l'idée d'unité qui est fournie par les deux. Les idées composées sont celles que forme l'esprit luimême en “ répétant, combinant et comparant ‘ des idées simples, Au XIIe chapitre de son Essai, Locke divise les idées composées en trois classes : les idées de modes, les idées de substances, les idées de relation. Les modes, à leur tour, sont simples lorsqu'ils sont la combinaison de la même idée simple.

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Ainsi la distance, la surface sont des combinaisons, des modifications (modes) de l'idée simple d'espace. La mémoire, le raisonnement, le jugement sont de simples modes de l'idée de pensée. Les modes sont mixtes lorsqu'ils sont la combinaison de différentes sortes d'idées simples. Ainsi, l'idée de sacrilège, de meurtre, est faite de la combinaison des idées simples d'action, de circonstance, de motif, etc.

Quant à l'idée de substance, ne pouvant pas concevoir comment les idées simples se soutiennent elles-mêmes, nous imaginons une idée complexe de substance comme un substrat qui supporte les idées simples unies ensemble. L'idée de substance, somme toute, n'est donc qu’une collection d'idées, de qualités simples. Les idées innées de Descartes ne sont que des idées complexes, c'est-à-dire des combinaisons d'idées simples. Et donc, l'idée d'infini résulte de l'addition du fini au fini. L'idée de relation surgit de la comparaison faite par l'esprit entre deux choses. Elles sont innombrables, les relations. Les principales <ont celles de causes et d'identité. Pour Locke, la cause n’est qu'une relation et il la définit “ ce qui produit ”. L'identité surgit, lorsque considérant une chose dans un temps déterminé, nous la comparons à elle-même dans un autre temps.

Si donc, comme le prétend Locke, toutes nos idées viennent de l'expérience, les limites de nos connaissances sont celles de l'expérience même. Et conséquemment, tout ce qui dépasse les phénomènes, tout ce qui appartient à ‘ordre métaphysique, nous est inconnu. Ainsi la substance existe, elle ne peut

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être connue, Cependant, le philosophe anglais croit

que l'existence de Dieu peut être démontrée, et par-

tant, connue, par l'ordre qui existe dans l'univers.

Quant à la spiritualité de l’âme et à son immortalité, il enseigne qu'il faut recourir à une révélation divine pour les découvrir.

Le monde extérieur, les phénomènes, il les admet. Mais sa théorie des idées représentatives semble les nier. 11 part de ce Principe que l’entendement ne perçoit que ce qui lui est immédiatement présent. Or les choses extérieures ne peuvent pas lui être immédiatement présentes: cela se comprend. Et donc, ce ne sont que leurs représentations qu'il perçoit.

240. Morale et politique de Locke. — La morale et la politique de Locke ont le caractère général de sa philosophie spéculative, c'est-à-dire qu’elles ont une tendance à l'empirisme, Pour lui, les notions de bien et de mal, ne sont pas absolues, elles varient suivant les temps et les lieux. La loi morale, somme toute, se réduit à la recherche du bien-être. En poli-

tique, il combat l'absolutisme de Hobbes, et maintient que l'homme n’a pas perdu ses droits en passant de l'état de nature à la vie sociale. Parmi ces droits, est le droit naturel de garantir et de développer sa liberté, et par suite, le droit de posséder le produit de son travail, le droit de se défendre. Ft dès lors—contrairement à l'enseignement de Hobbes —l'état naturel des hommes entre eux n’est pas la guerre, mais la paix, fruit naturel de l'harmonie des libertés. Et pour défendre ses droits, l’homme sent

le besoin de former la société. En entrant dans la société, il ne renonce pas à ses droits. Il ne fait que confier à l'autorité civile son droit de légitime défense qui devient, pour l'Etat, le droit de punir.

241. Appréciation.— Nous ne dirons pas, comme Voltaire, “ qu'entre Platon et Locke il n'y a rien en philosophie ”. Cet éloge décerné au philosophe anglais porte à sourire. Leibniz a plus raison lorsqu'il écrit que “ M. Locke avait de la subtilité et de l'adresse, et quelqu'espèce de métaphysique superficielle qu'il savait relever”. Certains auteurs se plaisent à le proclamer le fondateur de la psychologie expérimentale. Son empirisme est marqué au coin de la plus grande modération. Il a exercé une énorme influence sur ses contemporains. Ses ouvrages ont été lus et relus par tous les philosophes de cette époque et ont inspiré quelques 2°: teurs peu recommandables. Ainsi J.-J. Rousseau, dans son Emile, expose certaines théories qu'il a empruntées aux Pensées sur l'Education; V'Essai sur le gouvernement civil a préparé les voies à l'Esprit des lois de Montesquieu.

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