‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 118 sur 197 · I. Nollet, Lettres sur V électricité, p. 10 (Paris · texte numérisé non relu

I. Nollet, Lettres sur V électricité, p. 10 (Paris

MOUVEMENT

des sciences, ait ignoré ce qui se passait en Europe par rapport à l’électricité, et que les ouvrages des savants qui s’appliquent à cette matière ', n’eussent point encore percé jusqu’à lui, lorsqu’il laisait ses expériences; je veux seulement faire comprendre combien le public doit être émerveillé lorsqu’on étale tout à la lois à ses yeux des phénomènes qui n’avaient paru que successivement en différents temps et en différents lieux, et dont il avait à peine entendu parler : il crut que tout ce qu’il voyait arrivait fraîchement de Pcnsylvanie, et ce fut la nouvelle du temps. »

L’Académie, dont l’abbé Nollet faisait partie depuis 173Zi, n’accepta cette nouveaulé scientifique qu’avec une grande réserve; elle nomma une commission, dont faisaient partie Bouguer, Lemonnier, Cassini de Thury et INollet, et ne tarda pas à apprendre : « 1° que le fait de Mariy-la- Vielle s’était pleinement vérifié en présence d’un grand nombre de témoins; T que cet effet aurait lieu, soit que les verges de fer fussent pointues, soit qu’elles ne le fussent pas, et que la position horizontale ou verticale était assez indifférente; 3" que le tonnerre électrisait non-seulement le fer, mais aussi le bois, les corps vivants et généralement tous les corps électrisables ; Zi° qu’il n’était pas absolument nécessaire de porter ces corps au plus haut des édifices, qu’ils s’électrisaient fort bien à quatre pieds de terre, dans un endroit découvert et un peu écarté des grands édifices ; 5* que les corps électrisés produisaient les mêmes phénomènes qu’ils ont coutume de faire voir quand on les électrise avec du verre frotté 1. »

L’expérience du cerf-volant, dont nous avons parlé plus haut, et qui fut faite en Amérique un mois après celle de Marly, près de Paris, suggéra naturellement à Franklin l’idée de placer sur le sommet des édifices des barres de fer pointues, afin de soutirer des nuages l’électricité qui pourrait foudroyer ces édifices, cl de la diriger vers le réservoir commun, le sol, au moyen de conducteurs métalliques. C’est donc à lui qu’on doit réellement l’invention du paratonnerre. Les expériences de Franklin, répétées en France par Bornas de Nérac, Mazéas, Delor, Lemonnier, le furent, en Angleterre, par Canton, Bevis, Wilson; en Allemagne, par Winckler, Wilke, etc.; en Italie, par Beccaria, de Turin; en Russie, par Bichmann. Ce dernier,

1 . Nollel avait fait paraître ses Leçons de physique expérimentale (en O vol. in-12) dès 1745, et son Essai sur l'électricité des corps dès 1747. i. Nollet, Lettres sur V électricité, p. 14.

professeur de physique à l 'université de Saint-Pétersbourg, tomba victime de son zèle, le 6 août 1753, à midi. Voici comment. A une verge de fer élevée au-dessus de sa maison il avait attaché des fds métalliques, qui venaient se réunir dans un bocal de verre rempli de feuilles de laiton. C’était là que le fluide électrique, soutiré de l’air, devait se condenser. Pour mesurer l’intensité du fluide par l’angle d’écartement d’un fil, il approcha la tète de l’appareil, et au même instant il fut frappé au front par la foudre et tomba raide mort1. On remarqua que son corps entra rapidement en putréfaction. La mort de Richmaun fut la démonstration la plus complète de l’idenlite de l’électricité avec la foudre : personne n’osa plus en douter.

Les tiges de fer pointues, employées pour la construction des paratonnerres, trouvèrent un adversaire décidé dans Wilson. Il reprochait à ces paratonnerres d’appeler au lieu de détourner le fluide électrique ; c’est pourquoi il leur donnait le nom d’instruments offensifs, tandis qu’ils devraient être des instruments défensifs. Il proposa, en conséquence, de remplacer les pointes des tiges par des boules et d’appliquer ces boules contre les murs depuis le faîte de l’édifice jusqu’au sol 2. Beccaria se déclara contre cette manière de voir : il soutenait qu’aucun métal n’attire plus d’électricité qu’il n’en pourrait conduire, et proposait de multiplier, au contraire, le nombre des tiges pointues proportionnellement à la grandeur des édifices à garantir. Cette polémique était presque oubliée, lorsqu’elle fut tout à coup renouvelée à l’occasion de l’explosion de la poudrière de Purûeet (en Angleterre), atteinte par la foudre le 15 mai 1777. Cet édifice, situé sur une hauteur, avait été muni d’un paratonnerre à longue lige pointue. Wilson reprit alors son ancienne théorie, fit des expériences pour en montrer l’exactitude, et parvint à décider le roi Georges III à remplacer tous les paratonnerres à pointes saillantes du palais de Saint-James par des paratonnerres à boules masquées.

Le triomphe de Wilson ne fut que de courte durée. Un autre physicien, non moins célèbre, Ed. Nairne, fit des expériences propres à réfuter la théorie de Wilson : elles montraient que si la poudrière de Purfleet avait été détruite par la foudre, c’était parce que

1. Georges-Guillaume Ricliman, né à Pernau en 1711, mort à Saint- Pétersbourg en 1 "J53, a publié de nombreux mémoires sur des questions de physique dans le recueil des Mém. de l’Acad. de Saint- Pétersbourg.

2. Philos. Transact., t. LIV, p. 149. — Observations upon lightning ; Lond., 1773, in-i".

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la lige pointue de 10 pieds déliant ne pouvait garantir qu’une surface de Zt5 pieds à peine, et qu’il fallait multiplier les paratonnerres suivant l’étendue des édifices à garantir. La querelle s’envenima ; elle gagna même le continent. Les physiciens français se divisèrent au sujet des boules et des pointes. Ingenhousz arriva, de son côté, à des résultats conformes à ceux de Nairne ; enfin une commission delà Société royale de Londres, se déclarant en faveur des paratonnerres à tiges pointues, mit fin à cette querelle des physiciens, qui rappelait la guerre entre les gros hou liens et les petits boutiens dans les Voyages de Gulliver de Swift.

Électromètre. — Gray paraît avoir eu le premier l’idée de mesurer l’intensité électrique par l’écartement d’un fil suspendu à un corps conducteur. C’est le moyen dont se servait, dès 1733, Dufay. Nollet faisait usage de deux fils, et il mesurait l’angle de leur écartement sur la projection de leur ombre 1. Wailz ajouta des poids aux extrémités des fils 2 3 ; Canton y fixa de petites boules de liège Ilenley imagina l’électromètre à cadran. Ellicot employait un fléau de balance très-léger pour estimer par des poids les forces attractives et répulsives de l'électricité. Pour mesurer l’intensité électrique, Cavallo fixa deux tubes de verre dans une boule de cuivre, placés sur une colonne de verre; à l’extrémité de ces tubes il suspendait des fils dont les uns étaient doubles et terminés par des boules de liège, les autres simples et portant à leurs extrémités des plumes. L’éleclromètre de Cavallo était placé dans une petite bouteille pour le préserver des mouvements de l’air.

Vélectromètre de Barberoux, décrit par Lichtenberg, se composait d’un tube de verre de douze pouces de long sur seize lignes de large, et bouché à ses deux extrémités par deux plaques de cuivre; par ces plaques pénétraient dans l’intérieur du tube deux fus métalliques, entre lesquels on faisait passer l’étincelle électrique. L’intensité électrique se mesurait par la distance à laquelle les deux fils devaient se trouver pour que l’étincelle pût passer.

Les électromètres de Bennet, de Cuthberfoxe, de Darcy et Leroy , de Lane , de Ludolf, de Volta (électromètre à paille), étaient des instruments trop imparfaits pour mériter une description détaillée.

Dans ses recherches sur l’électricité aérienne, B. de Saussure 4

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