‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 122 sur 197 · Philosoph. Transact., vol. LVIIl, p · texte numérisé non relu

Philosoph. Transact., vol. LVIIl, p

MOUVEMENT

qui se trouverait naturellement répandu dans tous les corps; 2U celle de deux fluides, dont l’excès de l’un ou de l’autre donnerait l’électricité positive ou vitrée, et l’électricité négative ou résineuse. Ces deux hypothèses ont été également défendues et attaquées. « Pourquoi, disent les partisans de la première, introduire deux matières inconnues, si une seule suffit pour expliquer tous les phénomènes? Entici j prœler necessitcitem, non sunt multiplicandci : il ne laut pas, selon l’adage des anciens, multiplier les êtres sans nécessité. Dans la décharge d’une bouteille de Leyde, à travers deux pointes placées l’une au-dessus de l’autre des deux côtés d’une carte, on voit toujours l’électricité positive se mouvoir le long de la carte pour la percer vis-à-vis de la pointe électrisée négativement. S’il y avait deux électricités, elles devraient se mouvoir chacune de son côté pour se réunir. Si l’on électrise un corps avec une électricité et qu’on neutralise son action avec l’autre électricité, qu’on lui ajoute de nouvelle électricité de la première espèce, puis de l'électricité opposée, et cela indéfiniment, lorsque les quantités des deux électricités ont atteint des proportions telles qu’elles se neutralisent mutuellement, on n’aperçoit aucun changement dans les propriétés des corps, quelle que soit la quantité des deux électricités qu’on lui a ajoutée. Cependant tous les faits connus jusqu’à présent prouvent que le changement dans les proportions de l’un des composants d’un corps altère au moins quelques-unes de ses propriétés. »

A cela les partisans de la seconde hypothèse répondent « que les phénomènes s’expliquent mieux avec deux électricités qu’avec une seule; qu’en diminuant la densité de l’air parla décharge d’une bouteille de Leyde entre deux pointes le long d’une carte, on voit le point percé s’éloigner de la pointe négative et se rapprocher de la pointe positive, à mesure que la densité de l’air diminue; qu’en perçant un carton par la décharge d’une bouteille de Leyde, on voit des bavures, des espèces de bourrelets formés sur les deux faces, comme s’il eût existé deux courants différents l. »

Indépendamment de ces hypothèses, supposant l’existence d’un ou de deux lluides, on a pensé que les phénomènes électriques pourraient bien être le résultat de mouvements vibratoires, excités dans l’éther, milieu hypothétique, répandu dans tout l’univers.

D’autres physiciens, tels que Wilke, Æpinus, Franklin, Beccaria, de Luc, Poisson, etc., abandonnant le domaine des spéculations slé-

l. Encyclopédie méthodique, Physique, L III, p. 70.

riles, se sont attachés à chercher les lois qui régissent les effets attractifs ou répulsifs, et ils ont trouvé que : 1° les attractions ou répulsions à égale distance sont proportionnelles aux quantités d’électricité réparties sur la surface des corps; 2° les attractions et répulsions, toutes choses égales d’ailleurs, sont en raison inverse du carré de la distance. Ainsi, l’effet réparti sur une surface sphérique, qui croit comme le carré du rayon, est quadruple; par conséquent, l’action exercée sur une même étendue doit être quatre fois moindre, etc.

Ce sont là, comme on voit, au fond les mêmes lois que celles de la gravitation universelle. Pour démontrer ces lois expérimentalement, Coulomb 1 2 imagina un appareil propre à mesurer de trèspetites forces avec une très-grande exactitude ; c’est la balance de torsion, instrument inventé à la suite d’une série d’expériences sur l’élasticité des fds métalliques. Ces expériences lui avaient montré que les fils métalliques résistaient d’autant plus à la torsion qu’on les tordait davantage, pourvu qu’on n’allât pas jusqu’à altérer leur structure moléculaire. La résistance de ces fils étant très-faible, Coulomb eut l’idée de s’en servir comme d’une balance pour mesurer les plus petites forces de l’électricité et du magnétisme. A cet effet, il suspendait à l’extrémité d’un fil de fer une longue aiguille horizontale. Cette aiguille, étant en repos, si elle s’éloigne tout à coup d’un certain nombre de degrés de sa position naturelle, tordra le fil qui la tient suspendue, et les oscillations que celui-ci lui fait éprouver donneront, par leur durée, le moyen d’évaluer la quantité de la force perturbatrice. Ce fut à l’aide de cet instrument que Coulomb vérifia l’exactitude des lois générales ci-dessus énoncées-.

Au lieu de discuter inutilement sur l’origine de l’électricité, les physiciens modernes se contentent de nommer électricité naturelle celle qui existe naturellement dans les corps, électricités positive et négative les états opposés dans lesquels se trouvent en quelque sorte artificiellement les corps, sans spécifier s’ils doivent ces étals à l’action d’un ou de deux fluides, ou bien à un mouvement vibratoire dans le milieu qui les pénètre. Enfin, pour mieux saisir la généralité des phénomènes, ils ont donné, d’une part, le nom d 'électricité

1. Charles-Auguste de Coulomb, né à Angoulcme en 1736, mort à Paris en 1806, intendant général des eaux et fontaines de France, se livra à un grand nombre de travaux d’une utilité publique.

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