Journal de physique, année
tension électrique, qu’on pourra à peine distinguer, étant marqué par une demi-ligne dont s'écarteront les pointes des paillettes, il faut qu’une telle pile soit composée d’environ soixante de ces couples de cuivre et de zinc, à raison d’un soixantième de degré que donne chaque couple. Alors elle donne aussi quelques secousses si on touche les extrémités avec des doigts qui ne soient pas secs, et de beaucoup plus fortes si on les touche avec des métaux qu’on empoigne par de larges surfaces avec les mains bien humides, établissant ainsi une beaucoup meilleure communication. De cette manière on peut déjà avoir des commotions d’un appareil, soit à pile, soit à tasse, de vingt et même de trente couples, pourvu que les métaux soient suffisamment nets et propres, et surtout que les couches humides interposées ne soient pas de l’eau simple et pure, mais des solutions salines assez concentrées l. »
Tel était le merveilleux instrument, décrit par son inventeur et qui reçut d’abord le nom d’ électromètre. Le nom de pile a prévalu, parce que les couples de zinc et d’argent étaient d'abord empilés verticalement, de manière que le pôle zinc ou positif fût en bas, et le pôle argent ou négatif en haut. Cruiksliank imagina de fixer les couples métalliques à une colonne en bois, verticale. Au zinc et à l’argent on substilua l’or et l’argent, le cuivre et le laiton, le laiton et le fer, le plomb et l’étain, etc. Parrot proposa dès 1801 de donner aux couples métalliques une disposition horizontale, qui fut définitivement adoptée 2. Mais ce fut Voigt, professeur à Iéna, qui construisit ia première pile horizontale. Dans les piles construites jusqu’alors, les éléments se succédaient dans cet ordre : argent, zinc, carton; argent, zinc, carton; etc.; et elles se terminaient par carton et argent d’un côté, et par carton et zinc de l’autre. Voigt et Rilter y substituèrent l’ordre suivant : argent, carton; argent, zinc; carton, zinc, etc. Comme on savait, depuis les expériences de Carlisle et iNicholson, que la pile décompose l’eau de manière à dégager l’oxygène à l’extrémité du fil de fer communiquant avec le pôle zinc, et l’hydrogène à l’extrémité du fil communiquant avec le pôle argent, plusieurs physiciens appelèrent le pôle zinc fil oxygène, et le pôle argent fû hydrogène.
1. Une notice semblable avait été adressée par Voila à Joseph Banks, président de la Société royale de Londres, datée de Côme le 20 mars 1800, et publiée dans les Philos. Transad. de la même année (vol. II, n° 17).
2. Lettre de Parrot, professeur à Dorpat, à Voigt, en date du 25 nov. 1801. Voy. Voigt, Magazin, etc., t. IV, fasc. 1, p. 75 et suiv.
MOUVEMENT
En Angleterre, Htiraphry Davy construisit une pile composée de HO couples; les disques de carton y étaient remplacés par des disques de drap imprégnés d’une dissolution de sulfate de fer : ce fut la plus grande pile qu’on eût encore construite b
Les expériences qu’il exécuta avec celte pile, qu’il perfectionna depuis, le mirent ti même d’entrevoir tout le parti que l’on pourrait tirer de l’électricité pour l’avancement de l’analyse chimique 1 2.
Robertson eut l’idée de combiner le pôle avec un galvanomètre, consistant dans l’indication de la quantité d’hydrogène et d'oxygène fournie, dans un temps donné, par la décomposition de l’eau. Ce galvanomètre fut perfectionné par Graperon, et plus tard parGay- Lussac et Thénard.
Au nombre des physiciens qui se sont occupés, dans les premières années de notre siècle, du perfectionnement de la pile de Volta et de ses applications, nous citerons Boeckmann, Treviranus, Tromsdorf, Erman, Ritter, Pfaff, Simon, Arnim, Gruner, Désormes, Van Marum, Reinhold, Coulomb, Vasalli, Cuthberson, Korlum, etc.
A la pile primitive succéda bientôt la pile a, auge , puis, plus tard, la pile de Wollaston et la pile en hélice. Dans la pile à auge, les couples, soudés reclangulairement, sont disposés de champ et parallèlement dans une caisse de bois, dont les parois intérieures sont enduites d’un vernis non conducteur. L’intervalle compris entre deux couples est rempli d’eau aiguisée d’un acide minéral ; cette lame d'eau remplacé la rondelle humide de la pôle à colonne. La pile de Wollaston et la pile en hélice ne sonl que des modifications de la pile à auge ; elles sont plus puissantes que celle-ci. — Les piles sèches de Zamboni ont été ainsi nommées parce qu’il entre très-peu de liquide dans leur composition. Les disques de celle pile consistent en feuilles de papier : d’un côté on a collé une feuille de zinc laminé, et sur le revers on a étalé à plusieurs reprises, avec un bouchon, du peroxyde de manganèse très-bien porphyrisé. En superposant plusieurs disques semblables , on a fait des piles de 1000 à 2000 couples.
Plus tard, Smee, Young, Münch, Slurgeon et YVheatslone ont imaginé d’autres piles, qui portent les noms de leurs inventeurs. Ces piles sont toutes à un seul liquide; l’électricité y est toujours produite par une action chimique (décomposition de l’eau et oxydation
1. Nicholson, Journal of nalural philosophai , vol, IV, p. 275.