Xénophon, Anabasis, IV
siècle avant notre ère. « Celui qui boit, dit-il, un breuvage dans lequel entre le suc de pavots tombe dans un sommeil profond. Les membres se refroidissent; les yeux deviennent fixes; une abondante sueur se déclare sur tout le corps. La face pâlit, les lèvres enflent, les ligaments de la mâchoire inférieure se relâchent; les ongles deviennent livides, et les yeux excaves présagent la mort. Cependant ne te laisse pas effrayer par cet aspect; donne vite au malade une boisson tiède, composée de vin et de miel, et remue le corps violemment, afin que le malade vomisse U »> Cette description est surtout remarquable en ce qu’elle montre que dans les cas d’empoisonnement les anciens procédaient comme on le fait encore aujourd’hui : ils cherchaient avant tout, par des vomissements, à débarrasser l’estomac de l’agent qui produisait des troubles si effrayants.
La jusquiame, qui signifie littéralement fève de cochon, de hyosciamus (ùosxùuy.oçj t passait pour causer des vei tiges et une folie momentanée. Les anciens distinguaient comme nous la jusquiame noire (à graines noires) de la jusquiame blanche (à graines blanches). Le lait était l’antidote de ce poison.
La racine d'aconit est un des poisons les plus énergiques du règne végétal. Les anciens le savaient déjà, puisqu’ils donnaient à cette plante ( aconilum lycoctonum) l’épithète de pardalianlès (tuepanthère). Un des conjurés de Catilina, Calpurnius Bestia, fit mourir ses femmes avec l’aconit, que la mythologie tait naîlie de 1 écume
de Cerbère. . , „ .
La ciguë, qui chez les Athéniens et les habitants de 1 ancienne
Massilia remplaçait notre guillotine, était le suc condensé des tiges, des feuilles , des fleurs et des graines exprimées de notre cicuta virosa, ombellifère très-commune dans les lieux marécageux. Un symptôme particulier de l’empoisonnement par la ciguë, bien connu des anciens, était le froid et la pesanteur des membres inférieurs1 Platon en parle dans la mort de Socrate. Le vin passait poui le contre-poison de la ciguë.
La racine d'ellébore, nom sous lequel on confondait probablement le veratrum album et Yelleborus niger, était jadis très-renommee dans le traitement de la folie. Broyée et délayée dans du lait et de la farine, elle était employée par les Crées et les Romains pour tuer les rats ; c’était leur poudre de rats, leur arsenic. Les Gaulois
\ . Nicandre, Alexipharmac. vers. 433 et suiv
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empoisonnaient leurs flèches en les trempant dans du suc d’ellébore 1.
Les propriétés vénéneuses des baies de l’if (taxus baccata) étaient bien connues des anciens. C’est avec ce poison que se fit mourir Cativulcus, roi des Éburons (Belges) 2.
Le nom de mandragore, qui joue un si grand rôle dans la pharmacopée des anciens, paraît avoir été appliqué à différentes espèces de solanées, particulièrement à la stramoine et à la belladone. On sait que les fruits écrasés de ces plantes vénéneuses, donnés en breuvage, produisent des visions étranges, des hallucinations momentanées. C’était probablement avec une de ces solanées, et non pas avec le colchique ( colchicum autumnale ), que Médée, célèbre magicienne de la Colchide, préparait des breuvages empoisonnés.
Les sucs de dorycnium, de psyllium, de pharicum, de carpasus, de thapsia , d 'elaterium, d'herbe sardonique, regardés comme des poisons plus ou moins violents, étaient probablement fournis par diverses espèces d’euphorbiacés, d’apocynées, de cucurbitacées et de renonculacées.
Les anciens connaissaient un assez grand nombre de champignons vénéneux, que Nicandre nomme très -pittoresquement le mauvaic ferment de la terre (Çv/tw^oc xaxèv ydoviç). Le vinaigre, ajouté à une colalure de cendres de sarments, passait pour le meilleur antidote des champignons vénéneux.
III. Puisons minéraux. L’arsenic, nom dont Dioscoride s’est le premier servi, était un sulfure d’arsenic comme la sandaraque. « Pris en breuvage, ajoute cet auteur, il cause de violentes douleurs dans les intestins, qui sont vivement corrodés. C’est pourquoi il faut y apporter en remède tout ce qui peut adoucir le corrosif. » A cet effet il recommande lesuc de mauves, la décoction de graines de lin, de riz, des émulsions et des juleps émollients3. — Le cinuabre (sulfure de mercure) passait aussi pour un poison corrosif. La litharge, la céruss et la chaux vive étaient également rangées au nombre des poisons.
Eaux. — Eaux minérales. — La division des eaux en pures et en impures, en limpides et en troubles, est si naturelle qu’elle devait, dès 1 origine, venir à l’esprit de tout le monde. Suivant Rufus, les