‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 171 sur 197 · Kunckel, Laboratorium, p · texte numérisé non relu

Kunckel, Laboratorium, p

pondit-il. — El il alla aussitôt chercher lui-même son miroir, et cela avec tant de précipitation qu’il oublia sur la table la substance que j’étais si curieux d’examiner de près. La saisir de mes mains, en enlever un morceau avec les ongles et le mettre dans ma poche, tout cela fut l’affaire d’un instant. » — Baudouin revient, l’expérience commence, mais Kunckel ne dit pas si elle réussit. — « Je lui demandai, continue-t-il, s’il ne voudrait pas me faire connaître son secret. Il y consentit, mais à des conditions inacceptables. J’envoyai alors un messager à M. Tutzky, qui avait longtemps travaillé dans mon laboratoire, et le priai de se mettre immédiatement à l’œuvre en traitant la craie par l’esprit de nitre (car je savais qu’on avait employé ces deux substances pour la préparation de l 'esprit du monde), de calciner le mélange fortement et de m’informer du résultat de l’expérience par le retour du messager. » — L’expérience réussit, comme on le pense bien, au-delà de toute espérance, et le même soir Kunckel offrit à Baudouin un échantillon de son phosphorus, — en retour de sa soirée musicale. Il est difficile d’avoir en même temps autant d’esprit que de sagacité.

Les détails, concernant la découverte du phosphore proprement dit, font encore mieux ressortir les qualités de Kunckel.

« Quelques semaines après la découverte du phosphore de Baudouin, je fus obligé de faire un voyage à Hambourg. J’avais emporté avec moi un de ces têts luisants, pour le montrer à un de mes amis. Celui-ci, sans paraître surpris me dit : « Il y a dans notre ville un homme qui se nomme le docteur Brand ; c’est un négociant ruiné qui, se livrant à la médecine, a dernièrement découvert quelque chose qui luit dans l’ohscurité. » — Il me mit en rapport avec Brand. Celui-ci ayant donné à un de ses amis la petite quantité de phosphore qu’il avait obtenu par son procédé; je dus me rendre chez cet ami pour voir ce corps luisant. Mais, plus je me montrais curieux d’en connaître la préparation, plus on se tenait sur la réserve vis-à-vis de moi. Dans l’intervalle, j’envoyai à M. Krafft, à Dresde, une lettre dans laquelle je lui fis part de la nouvelle. Krafft, sans me répondre, se met aussitôt en route, arrive à Hambourg et achète, à mon insu, le secret de la préparation du phosphore pour 200 thalers (environ 750 francs). •>

Nous passons sous silence les -démêlés que Kunckel eut d’une part, avec Krafft, et de l’autre, avec Brand : ils se jouaient évidemment de lui. Enfin, sachant que Brand avait travaillé sur V urine, il se mit lui-même à l’œuvre. « Rien ne me coûta; et, au bout de quel-

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cjues semaines, je lus assez heureux pour trouver, à mon tour, ce phosphore... Le secret de Brand devint bientôt si vulgaire, que ce docteur ludesque , le vendit, par besoin, à d’autres personnes, pour 10 thaï ers (environ 35 francs). Quant à moi, je fais ce que personne ne sait encore : mon phosphore est pur et transparent et d’une glande lorce. Mais je n’en fais plus maintenant, parce qu’il donne ' lieu à une fouie d’accidents. »

Ces faits, auxquels une simple analyse aurait ôlé le charme de leur récit, se passèrent de 1668 à 1669. Kunckel n’y mit pas autant de mystère que Brand; car il communiqua gratuitement son procédé à plusieurs personnes, entre autres à Homberg qui fit le premiei connaître en France lu manière de faire le phosphore brûlant de Kunckel.

i Homberg répéta le procédé de Kunckel dans le laboratoire de l’Académie des sciences, et en donna la description suivante.

« f lenez de 1 urine fraîche, tant que vous voudrez; faites-la évapoiei sut un petit feu jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un résidu biun, presque sec. Mettez ce résidu se putréfier dans une cave pendant trois ou quatre mois; puis prenez-en deux livres et mêlez-les bien avec le double de menu sable ou de bol. Mettez ce mélange dans une bonne cornue de grès lulée; et, ayant versé une pinte ou deux d eau commune dans un récipient en verre qui ait le col un peu long, adaptez la cornue à ce récipient et placez-la à un feu nu. Chauffez d abord faiblement pendant deux heures; augmentez ensuite peu à peu le feu jusqu’à ce qu’il devienne très-violent, et continuez à chauffer ainsi pendant trois heures de suite. Au bout de ce temps, il passera dans le récipient d’abord un peu de phlegme, puis un peu de sel volatil, puis beaucoup d’huile noire et puante; enfin la matière du phosphore passera sous forme de nuées blanches, formant aux parois du récipient une mince pellicule jaune, ou bien la ma lie tombera au fond du récipient sous forme de grains de sable, il faudra alors éteindre le feu et ne pas ôter le récipient; car le phosphore pourrait brûler si on lui donnait de l’air, pendant que le récipient qui le contient est encore chaud. Pour réunir ces petits grains, on les met dans une lingotière de fer-blanc; et, ayanl versé i e eau sur ces grains, on chauffe la lingotière pour les faire fondre comme de la cire. Alors on verse de l’eau dessus jusqu’à ce que la

masse du phosphore soit coagulée en un bâton dur, ressemblant à de la cire jaune K »

1. Mém. de l’Acad. des sciences de Paris, T. X. (présenté le 30 avril 1G92).

cle, ce médecin chimiste n’est guère connu que par ses écrits, dont le principal a pour titre : Hippocrates chemiGus (Venise, 16G6, in-12°).

Tachenius précisa le premier ce qu’il faut entendre par le mot, si usité, de sel. « Tout ce qui est sel se décompose, dit-il, en deux substances, savoir : un alcali (base) et un acide. » Il cite comme exemple le sel ammoniac, « parce qu'on en tire l’esprit de sel, en tout pareil à celui obtenu avec le sel commun, et i'alcali volatil, identique avec celui que l’on extrait de l’urine. » Voilà la composition du sel ammoniac démontrée par l’analyse.

C’est à Tachenius que revient l'honneur d’avoir le premier signalé ce qui se passe quand on traite un alcali par de l’huile ou de la graisse. « Dans la saponification c’est, dit-il, un acide qui se combine avec l’alcali; car l’huile ou la graisse renferme un acide masqué. »

Il démontra aussi par la synthèse que le sel ou l’eou de Minderer est un composé de vinaigre et d’alcali urineux (ammoniaque). — Les sels d’urine proviennent, d’après ses observations, des aliments ingérés dans le tube digestif, l’urine des mourants est presque entièrement privée de sels, et le fer, au lieu de passer dans les urines, est presque entièrement rejeté par les fèces en les colorant en noir. L’infusion de noix de galle lui servait de réactif pour constater que l’urine des malades soumis à un traitement ferrugineux n’est pas colorée en noir. Il appliqua le môme réactif aux solutions métalliques de cuivre, de zinc, de plomb, de mercure, d’étain et marqua l’abondance et la couleur de ces précipités. Il constata, entre autres, que l’infusion de noix de galle transforme une solution d’or en une liqueur jaune de succin qui, étendu avec la main sur du papier, brille comme du vernis après avoir été desséché.

Les chimistes et alchimistes s’étaient servis indifféremment de l'eau commune et de l'eau distillée. Tachenius signala le premier la différence qui existe entre ces deux eaux. « L’eau de rivière, l’eau de puits, enfin l’eau commune, contient, dit-il, du sel qui est nécessaire aux plantes et même aux animaux. C’est pourquoi une dissolution d’argent (nitrate d’argent) y détermine un trouble, un précipité blanc, absolument comme si l’on avait versé un peu d’eau salée dans cette dissolution.

Tachenius a le premier établi que la silice est un acide : il s appuyait sur ce que la silice est susceptible de se combiner a\ec la potasse pour former la liqueur des cailloux, qui est, selon lui, un

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véritable sel. Mais il en donna encore une autre preuve, plus convaincante. « La silice n’est attaquée par aucun acide ; l’eau forte même ne la corrode pas. Pourquoi? Parce que la silice est elle-même 'de la nature d’un acide, et que si elle contenait seulement la moindre parcelle d’un alcali, les acides l’attaqueraient en s’y combinant.

Ce même observateur a le premier signalé un des faits fondamentaux de la chimie, à savoir que tout acide est déplacé de sa combinaison par un autre acide plus puissant; et il ajoute que l’acide qui se combine ainsi avec un alcali augmente nécessairement de poids d’une manière constante. — Quant à l'esprit acide vital , que l’auteur surnomme fils du soleil, c’est un être imaginaire. Mais, chose digne de remarque, il lui fait jouer le même rôle qu'à l’oxygène, appelé par Lavoisier esprit générateur des acides. Il le fait intervenir dans la formation du nitre, dans les phénomènes de la végétation et de la fermentation, et il soutient que cette intervention s’opère par l’intermédiaire des rayons solaires.

Tachenius connaissait le fait de l’augmentation du poids du plomb par la transformation de ce métal en minium. Mais l’explication qu’il en donne est assez embarrassée. Il semble attribuer la cause de cette augmentation à un esprit acide de bois, ou plutôt avec Boyle, à la flamme. Dans tous les cas, il ne partage pas l’opinion de ceux qui, s’étant également aperçus de l’augmentation des poids des métaux pendant leur calcination, l’avaient attribuée à la fixation de certaines particules aériennes.

Joachim Becher. —Fortement enclin à l’esprit de système, J. Becher (né à Spire en 1635, mort en 1682) visita les principales contrées de l’Europe sans s’établir nulle part. C’est ainsi qu’on le trouve tour à tour en Bavière, en Autriche, en Hollande, en Suède, en Angleterre, etc. Ses ouvrages, parmi lesquels on remarque Œdipus chymicus (Amsterd. 1 66/i, in-12o) et Physica subterranea (Francf. 1669, in-8°), sont écrits dans un allemand entremêlé de beaucoup de phrases latines.

En traitant des métaux, Becher les regarde comme composés de trois éléments, d’une terre vitrifiable, d’une terre volatile, et d'un principe igné, combustible. Ces éléments remplaçaient, dans l’esprit de l’auteur, le sel, le soufre, le mercure, éléments des alchimistes. Quant au spiritus esurinus ou solum catholicum , qui devait taire croître les minéraux, exister dans les sels, dans les eaux, etc.,

on a de la peine d’y reconnaître, comme on l’a voulu, l’oxygène ou l’acide carbonique.

Becher fut le maître de Stahl, l’auteur de la théorie du phlogistique.

Nicolas Lefèvre. — N. Lefèvre, auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1660, in-8°), premier ouvrage de ce genre, fut appelé par Vallot, premier médecin de Louis XIV, à occuper, après la mort de Davisson, la chaire de démonstrateur de chimie au Jardin du Roi.

Les cours de chimie que les élèves suivaient dans cet établissement, étaient faits concurremment par un professeur et un démonstrateur. Le premier, planant dans les régions abstraites des systèmes, était l’incarnation de la Théorie ; par une coutume traditionnelle, le premier médecin du roi en remplissait le rôle. Dès que le docteur avait cessé de parler, on voyait apparaître le démonstrateur qui devait appuyer les aperçus du professeur par des arguments ante oculos : il personnifiait la Pratique. Il va sans dire que les expériences du démonstrateur ue confirmaient pas toujours les paroles du maître, qui avait soin de se retirer après avoir terminé la première partie de la leçon. Cette mise en scène était en quelque sorte la réalisation des Dialogues de Bernard Palissy entre la Théorique et la Practique , qui ne s'accordaient presque jamais entre elles : curieux mode d’enseignement qui fut suivi au Jardin du Roi, pendant plus d’un siècle, jusqu’à la mort de Rouelle.

Lefèvre ne resta pas longtemps simple démonstrateur. Vers 166à, il fut appelé par Charles II, roi d’Angleterre, à diriger le laboratoire de Saint-James. Il devait sa réputation à son ouvrage, qui eut rapidement jusqu’à cinq éditions et fut traduit dans les principales langues de l’Europe. On sentait depuis longtemps le besoin de réunir en un corps de doctrine des matériaux dispersés un peu partout. Le Traité de chimie de Lefèvre répondait à ce besoin de l’époque; et c’est ce qui en explique le succès.

La définition que l’auteur donne de la chimie est beaucoup trop générale; celte science aurait « pour objet toutes les choses natu- 1 elles que Dieu a tirées du chaos par la création » : ce serait, en un mol, la science universelle. La division, qu’il fait ensuite de la chimie en trois espèces, est mieux fondée. « L’une, dit-il, qui est tout à fait scientifique et comtemplative, peut s’appeler philosophique; elle n’a pour but que la contemplation et la connaissance de la nature et de ses effets, parce qu’elle prend pour son objet les choses qui ne sont aucunement en notre puissance. La seconde es-

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pèce peut s’appeler iatrochymie , qui signifie médecine chimique : elle n’a pour but que les opérations auxquelles toutefois elle ne peut parvenir que par le moyen de la chimie contemplative et scientifique. La troisième espèce s’appelle chymie pharmaceutique, qui n’a pour but que les opérations auxquelles l’apothicaire ne doit travailler que selon les préceptes et sous la direction des iatrochimistes. »

Les préceptes qu’il donne aux pharmaciens sur le choix des vaisseaux, sur l'application des différents degrés de chaleur, sur la distillation et particulièrement sur la préparation des sirops, méritent d’être rappelés. < Il faut que, dit-il, quand les apothicaires cuiront des sirops de fleurs odorantes, on ne sente point leurs boutiques de trois ou quatre cents pas, ce qui témoigne la perte de la vertu essentielle des parties volatiles des fleurs et des écorces odorantes; si ce n’est que ces apothicaires veuillent faire sentir leurs boutiques de bien loin par une vaine politique, qui néanmoins est très-dangereuse et très-dommageable à la société. »

Le principal mérite de Lefèvre est d’avoir l’un des premiers fait ressortir l'importance des solutions saoulées, c’est-à-dire saturées. Et il cite comme exemple le sel marin. « Prenez, dit-il, quatre onces de sel ordinaire, faites-les dissoudre dans huit onces d’eau commune à chaud, et vous verrez que l’eau ne se chargera que de trois onces de ce sel, et qu’elle laissera la quatrième, quoique vous fassiez bouillir l’eau et que vous l’agitiez avec ce sel. » — Il applique ce fait à tous les dissolvants (menstrues) en général, et se résume en ces termes : « Lorsque le menstrue est ainsi saoulé et rempli, soit à froid ou à chaud, il est impossible à l’art de lui en faire, prendre davantage, parce qu’il est chargé selon le poids de nature, qu’on ne peut outre-passer, si on ne veut tout gâter. » Et, poui donner à cette loi un cachet classique il cite, avec beaucoup d’à-propos, ces vers d’Horace :

Est modus in rebus, sunt certi dcniquc fines,

Quos ultraque citraque nequit consislere rectum.

Christophe Glaser. — Après son départ pour l’Angleterre, Lelèvre fut remplacé dans la place de démonstrateur au Jardin du Roi par un chimiste allemand, Ch. Glaser, natif de Bâle, et auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1663), également fort estimé alors. Par le crédit de Vallot, premier médecin du roi, Glaser cumula la place de démonstrateur avec celle de pharmacien de la cour, et dut, plus tard, quitter la France par suite du fameux procès de I’empoison-

on a de la peine d’y reconnaître, comme on l’a voulu, l’oxygène ou l’acide carbonique.

Becher fut le maître de Stahl, l’auteur de la théorie du phlogistique.

Nicolas Lefèvre. — N. Lefèvre, auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1660, in-8°), premier ouvrage de ce genre, fut appelé par Vallot, premier médecin de Louis XIV, à occuper, après la mort de Davisson, la chaire de démonstrateur de chimie au Jardin du Roi.

Les cours de chimie que les élèves suivaient dans cet établissement, étaient faits concurremment par un professeur et un démonstrateur. Le premier, planant dans les régions abstraites des systèmes, était l’incarnation de la Théorie; par une coutume traditionnelle, le premier médecin du roi en remplissait le rôle. Dès que le docteur avait cessé de parler, on voyait apparaître le démonstrateur qui devait appuyer les aperçus du professeur par des arguments ante oculos : il personnifiait la Pratique. Il va sans dire que les expériences du démonstrateur ne confirmaient pas toujours les paroles du maître, qui avait soin de se retirer après avoir terminé la première partie de la leçon. Celle mise en scène était en quelque sorte la réalisation des Dialogues de Bernard Palissy entre la Théorique et la Practique, qui ne s’accordaient presque jamais entre elles : curieux mode d’enseignement qui fut suivi au Jardin du Roi, pendant plus d’un siècle, jusqu’à la mort de Rouelle.

Lefèvre ne resta pas longtemps simple démonstrateur. Vers 166à, il fut appelé par Charles II, roi d’Angleterre, à diriger le laboratoire de Saint-James. Il devait sa réputation à son ouvrage, qui eut rapidement jusqu’à cinq éditions et fut traduit dans les principales langues de l’Europe. On sentait depuis longtemps le besoin de réunir en un corps de doctrine des matériaux dispersés un peu partout. Le Traité de chimie de Lefèvre répondait à ce besoin de l’époque; et c’est ce qui en explique le succès.

La définition que l’auteur donne de la chimie est beaucoup trop générale ; celte science aurait « pour objet toutes les choses natu- 1 elles que Dieu a tirées du chaos par la création » : ce serait, en un mot, la science universelle. La division, qu’il fait ensuite de la chimie en trois espèces, est mieux fondée. « L'une, dit-il, qui est tout à fait scientifique et comtemplative, peut s’appeler philosophique; elle n’a pour but que la contemplation et la connaissance de la nature et de ses effets, parce qu’elle prend pour son objet les choses qui ne sont aucunement en notre puissance. La seconde es-

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pèce peut s’appeler iatrochymie, qui signifie médecine chimique : elle n’a pour but que les opérations auxquelles toutefois elle ne peut parvenir que par le moyen de la chimie contemplative et scientifique. La troisième espèce s’appelle chymie pharmaceutique, qui n’a pour but que les opérations auxquelles l’apothicaire ne doit travailler que selon les préceptes et sous la direction des iatrochimistes. »

Les préceptes qu’il donne aux pharmaciens sur le choix des vaisseaux, sur l’application des différents degrés de chaleur, sur la distillation et particulièrement sur la préparation des sirops, méritent d’être rappelés, c II faut que, dit-il, quand les apothicaires cuiront des sirops de fleurs odorantes, on ne sente point leurs boutiques de trois ou quatre cents pas, ce qui témoigne la perte de la vertu essentielle des parties volatiles des fleurs et des écorces odorantes; si ce n’est que ces apothicaires veuillent faire sentir leurs boutiques de bien loin par une vaine politique, qui néanmoins est très-dangereuse et très-dommageable à la société. »

Le principal mérite de Lefèvre est d’avoir l’un des premiers fait ressortir l’importance des solutions saoulées, c’est-à-dire saturées. Et il cite comme exemple le sel marin. « Prenez, dit-il, quatre onces de sel ordinaire, faites-les dissoudre dans huit onces d’eau commune à chaud, et vous verrez que l’eau ne se chargera que de trois onces de ce sel, et qu’elle laissera la quatrième, quoique vous fassiez bouillir l’eau et que vous l’agitiez avec ce sel. » — Il applique ce fait à tous les dissolvants (menstrues) en général, et se résume en ces termes : « Lorsque le menstrue est ainsi saoulé et rempli, soit à froid ou à chaud, il est impossible à l’art de lui en faire prendre davantage, parce qu’il est chargé selon le poids de nature, qu’on ne peut outre-passer, si on ne veut tout gâler. » Et, pour donner à cette loi un cachet classique il cite, avec beaucoup d’à-propos, ces vers d’Horace :

Est modus in rebus, sunt certi deniquc fines,

Quos ultraque citraque nequit consistera rectum.

Christophe Glaser. — Après son déparl pour l’Angleterre, Lelèvre fut remplacé dans la place de démonstrateur au Jardin du Roi par un chimiste allemand, Ch. Glaser, natif de Bàle, et auteur d’un Traité de chimie (Paris, 1663), également fort estimé alors. Par le crédit de Vallot, premier médecin du roi, Glaser cumula la place de démonstrateur avec celle de pharmacien de la cour, et dut, plus lard, quitter la France par suite du fameux procès de l’empoison-

lieuse marquise de Brinvilliers, dans lequel il avait été impliqué.

Glaser peut être considéré comme l’inventeur du nitrate d’argent fondu dans des lingotières. Voici son procédé, décrit par lui-même : « Après avoir fait cristalliser la dissolution d’argent dans l’eau-forte, mettez ce sel (nitrate d’argent cristallisé) dans un bon creuset d’Allemagne un peu grand, à cause que la matière en bouillant au commencement s’enfle, et pourrait verser et s’en perdre. Mettez votre creuset sur petit feu, jusqu’à ce que les ébullitions soient passées, que votre matière s’abaisse au fond ; et à ce moment vous augmenterez un peu le feu, et vous verrez votre matière comme de l'huile au fond du creuset, laquelle vous verserez dans une lingotière bien nette et un peu chauffée auparavant, et vous la trouverez dure comme pierre, laquelle vous garderez dans une botte pour vos usages. » — Ce mode de préparation de la pierre infernale est employé encore aujourd’hui.

En projetant les fleurs de soufre sur du nitfe en fusion, Glaser obtenait le se/ou la pierre de prunelle (sulfate de potasse fondu), ainsi nommé parce qu’il était préconisé comme un remède efficace contre les fièvres prunelles ou ardentes. Ce sel antifébrile reçut depuis lors le nom de sel polychreste (c’est-à-dire très-utile ) de Glaser.

Cet habile manipulateur sentait toute la valeur des détails de pratique. « Je fais profession, s’écriait-il, de ne dire qüé ce que je ais, et de n’écrire que ce que je fais, t Nicolas Lemery. — Disciple de Glaser, N. Lemery (né à Rouen en 1645, mort à Paris en 1699), faisait, en 1672, un cours de chimie à Paris dans la rue Galande, alors peuplée d’élèves. Après la révocation de l’édit de Nantes, Lemery fut obligé, comme protestant, d’abandonner son enseignement et là pharmacie quil avait fondée. Après avoir vécu quelque temps en Angleterre, il abjura le protestantisme et rentra dans son pays.

Le Cours de chymie de Lemery, qui parut pour la première fois à Paris en 1675, in-8°, eut encore plus de succès que les Traités de chimie de Lefèvre et de Glaser. Le programme, que 1 auteur se proposait de réaliser, était celui d’un partisan décidé de la méthode expérimentale. « Les belles imaginations des autres philosophes louchant leurs principes physiques, élèvent, disait-il, 1 esprit par de grandes idées, mais elles ne prouvent rien démonstrativement. Et comme la chimie est une science démonstrative, elle ne reçoit pour fondement que celui qui lui est palpable et démonstratif. »

C’est à Lemery que revient l’honneur d avoir 1 un des premicis

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nettement distingué la voie humide de la voie sèche, distinction si importante en chimie organique. Voici comment il s’exprimait relativement au sel acide de potasse (il comprenait sous cette dénomination générale le bitarlrate, le bioxalate etc., retirés de certains sucs végétaux abandonnés à la cristallisation). c< On peut dire que ce sel acide est le véritable sel qui était dans la plante, puisque les moyens qu’on a employés en l’en tirant, sont naturels et incapables de changer sa nature. » Puis, l’auteur ajoute qu’il en est tout autrement du sel fixe « obtenu par la violence du feu. » — On sait depuis que les tartrate, oxalate, malale, citrate, etc., de potasse, qui existent naturellement dans les plantes, sont changés, par l’incinération, en carbonate de la même base* Déjà Lemery semblait persuadé que le sel alcalin (des cendres) provient de la destruction du sel acide par voie sèche.

Il appela particulièrement l’attention des chimistes sur l’antimoine naturel (sulfure d’antimoine) « composé, disait-il, de soufre et d’une substance fort approchante d’un métal ( stibium ). » Car il savait que le fer, avec lequel on préparait le régule d’antimoine, avait pour effet « d’enlever à cet antimoine naturel les parties sulfureuses qui s’opposent à la formation des cristaux de l’antimoine, disposés en forme d’étoile. »

Plus d’un siècle avant Berthollel, Lemery prétendait expliquer les phénomènes de l’éclair et du tonnerre par l’inflammation de l’hydrogène, gaz recueilli pour la première fois par Boyle, qui le confondait avec l’air commun. « Si l’on met, dit-il, dans un malras de moyenne grandeur, trois onces d’huile de vitriol, et douze onces d’eau commune, qu’on jette à plusieurs reprises üne once de limaille de fer, il s’y fera une ébullition et une dissolution du fer qui produit des vapeurs blanches, lesquelles s’élèveront jusqu’au haut du matras. Si l’on présente à l’orifice du cou de ce vaisseau une bougie allumée, la vapeur prendra feu à l’instant, et à un temps donné fera une fulmination violente, puis s’éteindra. Si l’on continue à mettre un peu de limaille de fer dans le matras, et qu’on en approche de la bougie allumée comme devant^ réitérant le même procédé quatorze ou quinze fois, il se fera des ébullitions et des fulminations semblables aux premières, pendant lesquelles le matras se trouvera souvent rempli d’une flamme qui pénétrera et circulera jusqu’au fond de la liqueur. Il arrivera même quelquefois que la vapeur se tiendra allumée comme un flambeau au haut du cou du matras pendant plus d’un quart d’heure. Il lue paraît que cette fui-

mination représente bien en petit la matière sulfureuse qui brûle et circule tout enflammée dans beau des nues, pour faire l’éclair et le tonnerre. » — C’est ainsi que « la vapeur qui s’enflamme au contact d’une bougie allumée, » que Yair inflammable avait été obtenu plus de cent ans avant d’avoir été décrit sous le nom d'hydrogène , comme un élément de l’eau.

Partant de ce fait qu’un mélange de parties égales de limaille de fer et de soufre pulvérisé et humecté d’eau, s’échauffe tellement qu’on a peine d’y toucher, Lemery expliqua l’origine des volcans, des tremblements de terre, etc., par la combustion naturelle de substances minérales.

Le mélange, spontanément inflammable, de limaille de fer et de soufre humectés, reçut le nom de volcan artificiel de Lemery.

Rappelons encore que nous devons à Lemery l’emploi de l’aimant pour constater la présence du fer dans des produits d’incinération. A cet effet, Lemery se servait d’un couteau aimanté. « On s’apercevra, dit-il, que beaucoup de particules du charbon se hérissent et seront attirées par le couteau, s’y attachant de même que la limaille de fer s’attache à l’aimant. Cette expérience montre que le charbon contient du fer. d

Guillaume Homberg. — Fils d’un officier au service de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, G. Homberg (né en 1652 à Batavia, mort à Paris en 1715) vint fort jeune en Europe. Appelé en France par Colbert, il fut nommé en 1691 membre de l’Académie des Sciences, et enseigna la chimie au régent dont il devint premier médecin. A l’àge de cinquante-six ans, il épousa une femme (la fille de Dodarl) qui l'aidait dans ses travaux de laboratoire.

Nous avons montré plus haut que Homberg avait le premier fait connaître en France le phosphore, sur les indications de Kunckel. Il le considérait, non pas comme un élément, mais comme « la partie la plus grasse de l’urine, concentrée dans une terre fort inflammable. » Et à cette occasion il remarque que toute urine n’est pas propre à donner du phosphore; qu’il faut qu’elle provienne de personnes qui boivent de la bière. « Tous les essais qu’on a faits, ajoute-t-il, avec l’urine de vin ont manqué ou produit si peu d’effet qu’à peine a-t-on pu s’en apercevoir. » — Cette observation paraît assez fondée, quand on songe que les grains de céréales, employés dans la fabrication de la bière, sont riches en phosphates, sels dont le jus de raisin est presque entièrement dépourvu.

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Le phosphore de Homberg, qu’il ne faut pas confondre avec le phosphore extrait des urines, est, comme l’auteur le rapporte luimême, dû au hasard. Voulant un jour calciner un mélange de sel ammoniac et de chaux vive, il fut surpris de voir que ces substances produisaient, par la fusion, une masse blanche qui avait la propriété de jeter un éclat lumineux à chaque coup de pilon, « à peu près comme quand on pile du sucre dans un milieu obscur, mais avec beaucoup plus d’éclat. » — Voici en quels termes, Homberg décrit le mode de préparation de son phosphore. « Prenez une partie de sel ammoniac en poudre, et deux parties de chaux vive; mêlez-les exactement, remplissez-en un creuset, et mettez-le à un petit feu de fonte. » — On voit, d’après cela, que le phosphore de Homberg n’était autre chose que du chlorure de calcium, sel qui attire, ce que l’auteur n’ignorait pas, fortement l’humidité de l’air.

Les travaux de Homberg sur la saturation des acides par les alcalis indiquaient la voie qqi devait conduire à la loi des équivalents et des proportions définies, c La force des acides consiste, dit hauteur, à pouvoir dissoudre; celle des alcalis consiste à être dissolubles; et plus ils le sont, plus ils sont parfaits en leur genre. » — Substituez aux mots dissoudre et dissolubles ceux de neutraliser et de neutralisables, et vous aurez la définition des acides et des bases, telle qu’on la donne aujourd’hui.

Pour montrer que le même alcali se combine dans des proportions différentes avec des acides différents, Homberg traitait une quantité déterminée (une once) de sel de tartre calciné (potasse) avec de l’esprit de nitre en excès (acide nitrique concentré). Puis, après avoir évaporé la liqueur jusqu’à siccilé, il pesait le résidu : l’augmentation du poids de la potasse indiquait la quantité d’acide absorbée. Généralisant ce fait, il dressa une table des différentes proportions d’acides volatiles (susceptibles d’être chassés par l’évaporation), se combinant avec la même quantité de base. Il s’attacha ensuite à montrer que « la quantité d’un acide que prend un alcali est la mesure de la force passive de cet alcali. » — Enfin il fit voir que la chaux éteinte (carbonate de chaux) dissout la même quantité d’acide que la chaux vive. Cette expérience lui servait d’argument pour réfuter la théorie de quelques chimistes qui prétendaient que la chaux perdait sa force alcaline par la calcination.

Le duc d’Orléans avait acheté pour son maître de chimie une lentille ardente, de trois pieds de diamètre, venant des ateliers du célèbre opticien Tschirnhausen. C’est avec celle lentille que Homberg

lit ses expériences mémorables sur la fusibililé et la volatilité des métaux.

CHIMIE TECHNIQUE ET MÉTALLURGIQUE AU XVIIe SIÈCLE

A mesure que nous avançons, nous voyons se multiplier le nombre des chimistes qui essayaient de répandre le goût des travaux de laboratoire au profit des arts industriels. Stiesser, F. M. Hoffmann, Mayow, Eschholu, Bolm, Bourdelin, Dodart et tant d’autres, s’empressèrent de communiquer au public les résultats de leurs expériences, leurs acta laboratorii ,

Les souverains rivalisèrent de zèle pour favoriser le développement d’une science qui promettait tant de merveilles. Charles XI, roi de Suède, fonda en 1683, à Stockholm, un laboratoire modèle, dont Hierne et Wallerius eurent successivement la direction. Aux termes du programme proposé, on devait étudier la nature des métaux, perfectionner la composition des médicaments, analyser les terres les plus favorables à l’agriculture, trouver Une matière propre à couvrir les maisons, qui réunisse à la légèreté le pouvoir de résister aux incendies, chercher le moyen de garantir le fer de la rouille, le bois de la pourriture, etc. Parmi les premiers travaux sortis de ce laboratoire, nous signalerons particulièrement ceux de Hierne Sur l'acide de la fourmi et Sur V augmentation du poids des métaux par la calcination .

On savait depuis longtemps que les fourrais rougissent les fleurs humides de la chicorée sauvage, de la bourrache, etc., sur lesquels on les fait courir. J. Wray eut le premier, en 1670, l’idée de soumettre les fourmis la distillation. Il parvint ainsi à constater que ces insectes, seuls ou humectés d’eau, donnent une liqueur trèsacide, semblable à V esprit de vinaigre. Hierne reprit le travail de Wray, inséré dans les Transactions philosophiques de Londres. Il remarqua que, dans la distillation des fourmis, il y a trois liquides différents qui passent successivement dans le récipient : le premier est l’acide de la fourmi (acide formique) faible; le second est franchement acide, plus fort que le premier ; enfin celui qui passe lé dernier n’est plus que de l’alcalil volati (verdissant le sirop de violettes). ,

Après avoir reconnu l’exactitude du fait de l’augmentation du

poids des métaux par la calcination, HieHie cherche à l’expliquer par la fixation d’une espèce d’acide gras et sulfureux (acidum pingue

TEMPS MODERNES

et sulphureum), contenu dans le bois et les charbons. Il avoue cependant que cette explication laisse beaucoup à désirer, puisque les métaux se convertissent en chaux (oxydes) sans l'intermédiaire du bois et des charbons 1.

La découverte des mines du Pérou contribua au progrès de la chimie métallurgique. Ces mines d’argent consommaient des quantités énormes de mercure depuis l’adoption du procédé d’amalgamation. Ce procédé présentait de grands avantages à côté de grands inconvénients. Ceux-ci venaient principalement de la perte considérable du mercure dont le prix allait en augmentant. Alonso Barba, qui fut pendant plusieurs années curé à Potosi, nous a donné à cet égard des renseignements curieux dans son ouvrage intitulé : El arte de los métallos, en que se enseùa el verdadero beneficio, etc., Madrid, 1640, in 4°. « L’usage du mercure était, dit-il, rare, et on en consommait très-peu avant ce siècle d’argent ; on ne s’en servait que pour des compositions pharmaceutiques dont on pouvait très-bien se passer*.. Mais, depuis que par le moyen du mercure on sépare l’argent des minerais moulus en farine, la quantité de ce métal qu’on emploie à cette opération est presque incroyable. Si l’argent qu’on a tiré des mines du Pérou a rempli le monde de richesses, on a perdu ou employé au moins une fois autant de mercure; de telle façon qu’encore aujourd’hui (vers l’année 1 610) celui qui travaille le mieux consomme le double de mercure de ce qu’il peut tirer d’argent, et il est rare qu’il ne s’en perde pas davantage. On a commencé à Potosi, en 1574, à se servir du procédé d amalgamation, et jusqu’à présent on a porté aux caisses royales de cette ville, pour le compte du roi d’Espagne, plus de 204,700 quintaux de mercure, sans compter ce qui y est entré par d’autres voies. » — Cette quantité de mercure fut consommée dans l’espace d’environ trente-cinq ans, depuis 1574 jusqu’en 1609.

A. Barba attribua cette perle du mercure à la construction défectueuse des appareils dans lesquels on chauffait les pinas : on appelait ainsi des masses d’argent de forme pyramidale, contenant encore une quantité notable de mercure qui n’avait pas passé par les pores des toiles. — L’eau forte, dont l’usage avait été gardé jusqu’alors comme un secret, aurait pu servir avantageusement dans 1 affinage des mines d’or et d’argent. Mais le mode de préparation coûteux de cel acide, et son emploi défectueux, ne permettaient pas

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