C. Chimistes suédois
C’est a Upsal et à Stockholm que s’était concentré le mouvement scientifique de la Suède. Dès l’année 1720, une réunion de savants, parmi lesquels on remarque Brandi et Wallerius, publiait par cahiers trimestriels, soit des mémoires originaux, soit des dissertations inaugurales ou des analyses de travaux étrangers. Celte réunion forma le noyau de V Académie des sciences d' Upsal, fondée en 1728. Celle de Stockholm ne fut instituée qu’en 1739, sous les auspices de Linné, d’Alslrœmer, etc.
Brandt. — George Brandt (né en 169à, mort en 1768) attacha son nom à l’histoire de Parsème et du cobalt. L’arsenic blanc était déjà connu des anciens; mais il faut venir jusqu’au dix-huitième siècle pour apprendre que cette substance est une chaux (oxyde) métallique, soluble dans la potasse et précipitable par les acides; qu’il est fusible, qu’il communique au verre de plomb une couleur rouge, qu’il rend les métaux cassants, etc. Ces faits se trouvent exposés dans un mémoire de Brandt publié, en 1733, dans les actes de l’académie d’Upsal. Brandt obtint le premier le régule d’arsenic (arsenic métallique) en chauffant doucement jusqu’au rouge une pâte d’arsenic blanc avec de l’huile.
Le minerai de cobalt avait été pendant longtemps confondu avec le minerai de cuivre; mais toutes les tentatives qu’on fit pour en retiici ce métal, échouèrent. Peut-être est-ce à celle circonstance qu est
dû le nom de cobalt( de l’allemand Kobalt, lutin) dont le minerai était, dès le seizième siècle, employé pour la préparation de l’émail bleu. En 1742, Brandt annonça que la propriété de ce minerai de produire un smalt bleu vient d’un métal particulier ou plutôt d’un demi-métal. Il constata que le régule de cobalt (cobalt métallique) est de couleur grise, un peu rosé, atlirable à l’aimant, grenu ou fibreux, suivant le degré de chaleur employé pour sa fusion.
Dans un mémoire, qui a pour litre Expériences sur le vitriol de fer, Brandt commit une de ces erreurs qui doivent être soigneusement mises en relief dans une histoire philosophique de la science. On savait depuis longtemps que les pyrites (sulfure de fer et de cuivre), exposées à l’air humide, se changent en sulfates. Plusieurs chimistes, entrevoyant la vérité, partirent de là pour admettre dans l’air l’existence d’un fluide élastique particulier, qui se fixerait sur le soufre pour le changer en huile de vitriol (acide sulfurique). Brandt rejeta celle explication, en niant l’existence d’un fluide élastique capable de produire un tel changement. Et il n’éprouva aucun embarras pour y substituer une explication de son crû. « L’huile de vitriol ne dissout point, dit-il, le fer, à moins qu'on ne l’étende d’une certaine quantité d’eau; il en est de même de l’acide vitriolique contenu dans la pyrite grillée; il n’agit, sur la chaux (oxyde) de fer, qu’à la condition de s’èlre préalablement chargé d’une quantité d’humidité atmosphérique suffisante pour pouvoir la dissoudre b »
Cette explication devait sembler parfaitement légitime à une époque où l’oxygène n’était pas encore découvert. Il fut donc impossible à Brandt de connaître le rôle que joue ce gaz dans la formation du vitriol, par suite de l’oxygénation du fer et du soufre. Son explication était fausse parce qu’il lui manquait la connaissance d’un terme dans la série du progrès. Les savants d’aujourd’hui, malgré leur sagacité, sont-ils bien sûrs de ne pas se trouver, pour leurs explications, dans le même cas que 1 habile et sagace chimiste
Brandt?
Cronstedt. — Minéralogiste plutôt que chimiste, Cronstedt (ne en 1722, mort en 1765) découvrit le nickel. En analysant le minerai, connu sous le nom de kupfemickel, il constata que les réactions observées ne doivent pas toutes être mises sur le compte du cuivre, mais qu’elles proviennent d’une substance particulière, à