‹ Histoire de la physique et de la chimie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 26 sur 197 · Borelli, De motu animàlium ; Rome, 1 GSO et 1681, in · texte numérisé non relu

Borelli, De motu animàlium ; Rome, 1 GSO et 1681, in

éloigné? C'est ce que nous allons examiner. La pesanteur de l’air de la région sur laquelle nous établissons notre navigation, étant supposée à celle de l’eau comme 1 à 1000, et la toise cube d’eau pesant 15120 livres, il s’ensuit qu’une toise cube de cet air pèsera environ t5 livres et 2 onces; et celui de la région supérieure étant la moitié plus léger, ia toise cube ne pèsera qu’environ 7 livres 9 onces : ce sera cet air qui remplira la capacité du vaisseau. C’est pourquoi nous l’appellerons l 'air intérieur, qui réellement pèsera sur le fond du vaisseau, à raison de 7 livres 9 onces par toise cube. Mais l’air de la région inférieure lui résistera avec une force double, de sorte que celui-ci ne consumera que la moitié de la force pour le contre-balancer, et il lui en restera encore la moitié pour contre-balancer et soutenir le vaisseau avec toute sa cargaison... Quant à la forme qu’il faudrait donner à ces vaisseaux, elle serait sans doute bien différente de celle dont nous venons de parler. Il y aurait beaucoup de choses à ajouter ou à réformer pour les rendre commodes, et bien des précautions à prendre pour obvier aux inconvénients; mais ce sont des choses que nous laissons aux sages réflexions de nos habiles machinistes.

« Cette navigation, ajoute l’auteur, ne serait pas si dangereuse que l’on pourrait se l’imaginer ; peut-être le serait-elle moins que celle sur mer. Dans celle-ci tout est perdu lorsque le vaisseau vient à couler à fond ; au lieu que le cas arrivant dans celle-là, on se trouverait doucement mis à terre au grand contentement de ceux qui seraient ennuyés de voguer entre le ciel et la terre. Le vaisseau, en descendant ici-bas, irait, avec une lenteur à ne rien faire craindre de funeste pour les gens de dedans, la vaste étendue de la colonne d’air de dessous s’opposant à la vitesse de sa chute. D’ailleurs ce vaisseau, après même s’être submergé et rempli d’air grossier, ne pèserait jamais un tiers de plus qu’un pareil volume de cet air. Il viendrait donc à terre beaucoup plus lentement que ne peut faire la plume la plus légère, puisque celle plume, malgré sa légèreté, pèse grand nombre de fois plus que l’air en pareil volume, et par conséquent beaucoup plus à proportion des masses que ne serait notre vaisseau submergé. »

Le P. Galien, de l’ordre des Dominicains, mourut en 1782, à Avignon à l’âge de quatre-vingt-trois ans, avec la réputation d'un aéronaule visionnaire.

L’année suivante (le 5 juin 1783) les frères Monlgolfier firent leur mémorable expérience aérostatique en présence des Étals du

Yivarais, alors assemblés K Au milieu de la place d’Annon?.y,un gros ballon de HO pieds de circonférence était posé sur un châssis de 16 pieds. Ce ballon était en toile couverte de papier , il avait 35 pieds de hauteur et présentait l’aspect d’un grand sac avec des plis de tous côtés. U pesait 430 livres et fut chargé de plus de âOO livres de lest. « Messieurs des Etats, s’écria l’un des inventeurs, nous allons remplir ce grand sac avec une vapeur que nous savons faire, et vous allez le voir s’enlever jusqu’aux nues. » On alluma aussitôt, sous l’ouverture du ballon, delà paille mêlée avec de la laine cardée : la chaleur produite avait pour effet d’y raréfier l’air1 2. Peu à peu le ballon se gonfle, prend une forme sphéroïdale; huit hommes suffisent à peine pour le retenir. U est lâché; puis on constate qu’en dix minutes le ballon s’est élevé à une hauteur d environ raille toises ; enfin il descend majestueusement pour tomber dans une vigne,' à quatre kilomètres du lieu d’où il était parti.

Le succès de l’expérience d’Annonay produisit une grande sensation. Les frères Montgolfier furent invités par l’Académie des sciences à se rendre à Paris. Etienne Mongol fier y arriva quelques jours après l’expérience tentée au Champ-de-Mars parle physicien Charles avec un ballon rempli de gaz hydrogène. Le 19 septembre 1783, Etienne fil partir du parc de Versailles , en présence de Louis XVI et de toute sa cour , un baljpn, auquel on avait fixé un panier d osier pot tant un mouton, un coq et un canard. Le 21 novembre suivant, il en fil partir un autre du parc du château de la Muette ; Pilatre de Lozier y monta hardiment : ce fut le premier homme qui eût voyagé dans les airs.

Depuis lors les expériences se multiplièrent rapidement. On essaya de se servir des aérostats pour des reconnaissances militaires; on s’en servit, en effet, à la bataille de Fleurus, et on organisa un corps d’aérostiers. Enfin, pendant le dernier siège de Paris, on utilisa l’aéronautique pour faire correspondre la capitale avec la province.

1. Joseph-Michel et Jacques-Etienne Montgolfier naquirent, le premier en 1740, le second en 1745, à Vidalon-lès-Annonay, où leur père, Joseph, dirigeait uns importante papeterie, qui subsiste encore. L invention des aéiostats leur fit une immense renommée, une souscription nationale leur remit une médaille d’or, les deux frères entrèrent à l’Académie des sciences, et leur père reçut du roi des lettres de noblesse. Le plus jeune des hèies mourut à Ferrières en 1799, et l’aîné aux eaux de Balaruc en 1810.

2. C’est par cet artifice qu'on obtenait l’air raréfié que le P. Galien voulait chercher dans les régions élevées de 1 atmosphère.

MATIÈRE

Nous passerons sous silence les innombrables modifications qui lurent apportées à l’invention des frères Montgolfier. Qu il nous suffise de constater que le problème est encore loin d’être résolu.

Les voyages aérostatiques promettaient une riche mined obseï Nations. Malheureusement ceux qui ont été faits jusqu ici a\ec quelque profit pour la science sonL en très-petit nombre. Les premiers voyages aériens ayant un but vraiment scientifique furent exécutés au commencement de notre siècle, par Biol et Gay-Lussac. Il impoi te de nous y arrêter un moment.

La question de savoir si la force magnétique, faisant mouvoii l’aiguille aimantée à la surface terrestre, s’affaiblit à mesure qu on s’élève dans l’atmosphère, comme B. de Saussure avait cru le reconnaître dans son voyage au Col-du-Géant, porta, en I8O/1, 1 Institut de France à charger Gay-Lussac et Biot d’une ascension en ballon. Munis de tous les moyens d’observation necessaires, ces deux physiciens partirent , le 2d août, à dix heures du matin, du jardin du Conservatoire des arts et métiers. A 1223 mètres environ de hauteur, ils traversèrent la couche des nuages, qui offrit bientôt au-dessous de leur nacelle l'aspect d’une mer d’écume. A 272/i mètres, ils lâchèrent une abeille qui s’enfuit en bourdonnant; leur pouls était accéléré, mais cet étal fébrile ne causait aucun malaise. A3400 mètres, ils donnèrent la volée a un verdier : l’oiseau part, s arrête un instant sur les cordages de la nacelle, puis se précipite en zigzags et presque verticalement vers la terre , comme s’il eût subi la loi de 1 attraction. Parvenus à ZiOOO mètres, les deux physiciens essayèrent, â l’aide des oscillations d’une aiguille aimantée horizontale, de résoudre le problème qui avait été le but principal de leur voyage. Mais le mouvement de rotation du ballon présenta des obstacles imprévus et sérieux. Ils parvinrent toutefois à les surmonter en partie, et observèrent dans ces régions aériennes la durée de cinq oscillations de l’aiguille aimantée. On sait que cette durée doit augmenter là où la force magnétique, qui ramène l’aiguille à sa position naturelle, a diminué, et que cette durée doil être plus courte si la même force directrice a augmenté. C’est donc un cas tout à fait analogue à celui du pendule oscillant, quoique les mouvements de l’aiguille s’exécutent dans le sens horizontal '.

Les résultats obtenus n’ayant pas paru concluants, une seconde ascension fut jugée nécessaire. Il fut convenu en même temps que

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