CHAPITRE PREMIER
Si la gloire militaire d'un peuple a l'heureux privilège, dans les récits de l'histoire, d'instruire et d'intéresser à la fois, sa gloire civile, aux yeux de la philosophie et de l'humanité, ne doit pas avoir de moins justes droits aux respects et à l'admiration de tous. Que serait en effet la grandeur militaire d'une nation sans les lois, sans les mœurs, sans la stricte observance des règles consacrées par la morale, la sagesse et l'expérience? Home et la Grèce ont soumis jadis les pluspuissans royaumes, les plus vastes empires de l'univers: qui penserait aujourd'hui à cette splendeur guerrière, si le sénat et l'aréopage n'eussent existé; si l'exemple et les lois de ces illustres corps n'eussent, pour ainsi dire, imprimé à l'humanité
tout entière le sentiment de sa dignité, de ses • devoirs et de ses droits?
La France, légataire à la fois du Capitole et du Parthénon, n marché du même pas dans la roule des sciences, des arts et de la législation. Alors que les peuples de l'Europe étaient encore plongés dans les ténèbres de la barbarie, seule libre et fière, la France s'avançait tout armée dans la voie des améliorations sociales. Des débris gigantesques du colosse roiÉain, des ruines précieuses de la civilisation grecque, elle reconstruisait un édifice nouveau, et cet édifice que ses vaillantes mains élevaient, avait pour base les lois de Lycurgue, de Nu ma, de Solon, de Titus, de Marc- Vurèle; pour couronnement la croix, ce glorieux symbole de l'égalité parmi les hommes, de la liberté pour tous, de l'espérance dans l'avenir.
La capitale, ou tète d'une nation, est Tardent foyer où se combinent et se produisent les grands actes politiques et administratifs des peuples : ce fut donc à Paris que les destinées de la France se formèrent; ce fut sous l'égide de son édilité, de sa police (et par police nous entendons, selon l'acception native du mot , la pure observance des obligations de la vie publique et des devoirs de la vie privée) que se déroulèrent toutes îes grandes pensées qui avaient pour objet la gloire, la force et l'indépendance de la patrie.
On a beaucoup écrit sur l'histoire de Paris : sa physionomie primitive, ses accroissemens, ses
progrès, ses embellissemens matériels ont été l'objet de savantes et consciencieuses recherches; et les noms de ses prévôts, de quelques-uns de ses échevins même sont parvenus à la postérité, entourés d'une double auréole de reconnaissance et d admiration. . ,
Par une inexplicable omission cependant, une partie importante de l'histoire de notre belle cité, celle qui eût donné peut-être, sur la marche et les développemens de la cÎ¥Îlisation, le plus d'éclaircissemens lumineux, l'histoire de la police a été constamment omise ou négligée par les annalistes et les historiens. Ainsi les magistrats qui avaient le plus fait pour la splendeur de la capitale, pour sa gloire, pour sa sécurité, se sont trouvés déshérités de la part de nobles éloges que leur avaient acquis si légitimement leurs courageuses entreprises, leurs heureux travaux.
L'ouvrage que nous publions aujourd'hui est destiné à combler cette lacune : aussi n'avonsnous pas cru nous en exagérer l'importance et l'utilité, en y consacrant plusieurs années d etudes persévérantes, de travaux consciencieux ( i).
Prise dans le sens le plus exact et aussi le plus logique, la police est, parmi les institutions politiques, une des plus importantes et peut-être la plus utile. Vigilante sentinelle, elle garde avec la
(i) Des fragmeas de la Police de Paris ont paru à intervalles, de 1835 à 184 3, dans le Droit, dans la Gazelle des Tribunaux, et dans différentes revues.
même sollicitude les abords des palais et l'huis des chaumières. Sa main défend les monumens publics et sacrés des atteintes des impies et des dévastateurs; son œil, comme une étoile invisible, suit le voyageur et l'étrange* dans les sinueuses rues de la cité, garantissant à la fois leur fortune et leur poitrine de la ruse et des atteintes des malfaiteurs. Le savant veille, le commerçant se livre aux douceurs du repos, le père de famille se met en voyage laissant sa femme et ses enfans au logis, persuadés qu'ils sont que la police, cette fée aux cent regards comme Argus, aux doubles ailes comme la Fortune, à la main de fer comme l'ange élu, est là qui veille sur le tombeau de leurs pères, sur le berceau de leurs enfans, sur le seuil de leurs demeures.
Un ministre de la Restauration comparait , avec plus de justesse que d'atticisme, la police à la goutte d'huile qui, sans mettre précisément en mouvement les rouages de la machine gouvernementale, en assure cependant le jeu, le rend plus facile et plus secret. Cette définition vulgaire nous semble peindre assezbienrespritinquisiteur et tracassier de l'époque. La police alors, en effet, semblait n'avoir pour mission que de s'immiscer dans l'intérieur des familles, de sonder la pensée, de provoquer les confidences , de surprendre et de fomenter les complots. Et, certes, si l'État, ainsi qu'il est presque passé en proverbe, peut être comparé à un corps, la police, telle que
la Restauration l'avait (aile, en pouvait passer pour le fiel.
Telle n'eût jamais dû être cependant Ja mission de la police. Préposée à l'administration des choses, elle doit exclusivement veiller à ce que l'usage en soit libre et sûr. L'approvisionnement, la salubrité, l'ordre de la ville, le repos, la sécurité des habitans, doivent être l'unique et constant objet de ses soins et de sa sollicitude : c'est dans ce but tout d'utilité qu'elle avait été comprise et créée par la sagesse de nos pères.
Car la police remonte chez nous aux premiers temps de la civilisation, et, bien que les historiens fassent honneur de son institution au roi Louis IX, on retrouve des traces de son existence jusque dans les loissalique et ripuaire. Toutefois alors, et jusqu'au dix-septième siècle, la police était unie à la justice, les mêmes magistrats connaissaient de l'une et de l'autre.
« Le prévôt de Paris présidait en robe au Châ- » telet, dit un vieil auteur, et portait l'épée à la » tête des troupes dont il avait le commandement. » Ce double pouvoir était exprimé par ses orne- » mens dans les grandes cérémonies. 11 y paraissait » vêtu d'une robe de brocart d'or fourrée d'her- » mine, sur un cheval richement caparaçonné.
»l)eux pages marchaient devant lui, portant » chacun au bout d'une lance son casque et ses » gantelets. Il avait, en outre , une compagnie «d'ordonnance, deux compagnies de sergens,
» l'une à cheval, l'autre à pied. Ces derniers » étaient appelés sergens à verge, et étaient char- » gésde veiller à la sûreté de la ville; les autres » étaient appelés sergens du guet, et leur com- «mandant portait le nom de chevalier du guet. » H y avait, en outre, pour faire exécuter les rè- » glemens de police, des bourgeois qui étaient » élus pour chaque quartier ou paroisse, et que » l'on appelait commissaires. Us jouissaient d'une » immense considération . marchaient de pair » avec les officiers de la juridiction, et avaient » chacun dix sergens sous leurs ordres. »
La création d'un lieutenant civil en 1 3a i, celle d'un lieutenant criminel eu i 3 V>, modifièrent celte organisation, qui subsistait depuis le douzième siècle. Les assesseurs du prévôt de Paris, après l'avoir aidé d'abord dans les affaires afférentes à leurs fonctions, se trouvèrent bientôt investis de presque tous les soins de sa charge. Le lieutenant civil présida dès lors les assemblées du Châtelet, et connut de toutes les causes civiles. Le lieutenant criminel jugea tous les prévenus de crimes ou délits commis dans les délimitations de la prévôté de Paris, et fut particulièrement chargé de tout ce qui touchait à la sûreté de la ville.
Là se trouve l'origine de la charge de lieutenant de police, créée au mois de mars 1669 par un édit de Louis XIV, et dont les fonctions actuelles de préfet ne sont que la continuation évidente.
Mais que de phases a dû subir une semblable institution en traversant trois siècles de perturbations, de tâtonnemens et d'intrigues! Que d'événemens auxquels elle dut prendre part, depuis les sanglans exploits des écorclieurs et les voleriesdelaCour des Miracles, jusqu'aux galans complots de la Minorité et de la Régence! Que d'hommes difTérens de caractère , d'esprit, de mœurs ne dut-elle pas compter à sa tête depuis Tristan, le grand justicier du royaume, jusqu'à La Reynie, M. de Sartines et M. Lenoir!
Certes, l'histoire de cette curieuse institution, celle de ces éminens personnages doit être intéressante et utile; et c'est ce qui nous a engagé à la retracer dans cet ouvrage, qui, pour être rapide et succinct, ne laissera pas, nous l'espérons; d'être complet et d'exciter la curiosité, grâce à la variété, à la richesse des sources où il nous a été permis de puiser.
Avant d'entrer, toutefois, dans cette fertile carrière, il ne sera pas inutile sans doute de jeter un coup d'œil sur l'histoire générale de la police, depuis son origine jusqu'à nos jours.
Sous Louis IX, Estienne Boylesve, qu'on peut regarder comme le premier prévôt de Paris nommé par le souverain, réunit lui-même en un corps complet les ordonnances qu'il avait rendues sur la police (i). Cette sorte de code fit loi
(t) Ce magistrat avaii composé un recueil de règlomena auquel on donna le nom de Livre des métier* , ou Livre des éta-
jusqu'au règne de Louis XI, et pendant un siècle et demi la police resta ce qu'il l'avait faite. Avec le roi de Plessis-les-Tours elle acquit une importance nouvelle. Juge et bourreau à la fois, Tristan la glissa partout, rassurant par elle le roi contre ses terreurs, remplissant ses coffres et concourant au succès de sa politique. Un seul fait suffit pour prouver jusqu'où Louis portait sa police . c'est qu'en établissant les postes, il n'eut d'autre but que d'en assurer plus rapidement les rapports. La France, heureusement, recueille aujourd'hui les fruits de l'institution, sans avoir à s'inquiéter de son origine.
Catherine de Médicis , après Louis XI , donna le plus d'attention à la police : alliant aux ressources ordinaires de l'espionnage le rapport complaisant des prêtres et des dames d'honneur, elle obtint plus de succès peut-être par ces menées que réprouvent la loyauté et la morale, que par le ressort de sa politique mesquine et tracassière. La police se perdit ensuite dans la Ligue, et, jusqu'aux jours de la puissance de Louis XIV, n'of-
blissemens des métiers de Paris, parce que la première partie conlienl les statuts des arts et métiers. On connaissait, avant la Révolution, trois exemplaires manuscrits de ce livre précieux, savoir : celui de la bibliothèque de Sorbonne, celui du Cbâtelet de Paris, et celui du commissaire Lamare, qui passa, à sa mort, dans la bibliothèque de M. de Boze; un quatrième, qui était l'exemplaire original , avait péri dans l'incendie de la Chambre dos Comptes, le 28 oclobre 1737. Le Livre des métiers a été réimprime en 1841 par les soins de M. le ministre de l'intérieur.
frit que le triste spectacle d'une institution sans moralité et sans pouvoir.
Quelques misérables archers, en effet, presque toujours guidés par un motif d'intérêt personnel, cherchaient seuls alors à se saisir des voleurs et des meurtriers, qu'ils relâchaient pour la moindre somme, ou ne remettaient aux mains des juges que dans l'espérance de participer à l'amende à laquelle ils pourraient être condamnés.
Aussi voyait-on s'organiser, sans qu'aucune force se levât pour les réprimer et les punir, ces compagnies qui, sous le nom de routiers, de trente mille diables, d'écorcheui-s, désolaient le royaume et y répandaient le brigandage et l'effroi. Et ce n'étaient pas les provinces seulement que menaçaient ces malheurs : Paris n'offrait aucune sécurité à sa population immense. « La » bourgeoisie était enrégimentée; elle élisait ses ca- » pitaines et se formait par de fréquens exercices »au maniement des armes. Il y avait au coin des » rues de grosses chaînes scellées qu'on tendaità la » première alarme pour fermer les quartiers. On » faisait à toutes les maisons des saillies qui les » rendaient plus propres à l'attaque et à la défense ; » enfin , le peuple avait ses bannières, ses places «d'assemblées fixes, ses mots de ralliement, etc. »
Et ce n'était pas contre l'ennemi que tant de précautions étaient 'prises : c'était contre les malfaiteurs, au sein de la capitale du royaume. \jl Cour des Miracles existait encore au commen-
cernent du règne de Louis XIV. Sauvai en trace le tableau suivant : « Les commissaires ni les » huissiers n'osaient pénétrer, sous peine de la vie, «dans ce lieu, de toutes parts entouré de logis bas, » enfoncés, obscurs, difformes, faits de terre et de » boue, et tous pleins de mauvais pauvres. On s'y «nourrissait debrigandages, on s'y engraissait dans » l'oisiveté, dans la gourmandise et dans toute sorte » de vices et de crimes. Là, sans aucun soin de l'a- » venir, chacun jouissait à son aise du présent, et » mangeait le soir avec plaisir ce qu'avec bien delà «peine et souvent avec bien des coups il avait ga- » gné tout le jour : car on y appelait gagner ce » qu'on appelle dérober ailleurs; et c'était une loi » fondamentale de la Cour des Miracles de ne rien » garder pour le lendemain. Chacun y vivait dans «une grande licence, personne n'y avait ni foi ni «loi; on n'y connaissait ni baptême, ni mariage, «ni sacrement. Des filles et des femmes, les moins «laides se prostituaient pour deux liards,les autres » pour un double (deux deniers), la plupart pour «rien. Plusieurs donnaient de l'argent à ceux qui «avaient fait des enfans à leurs compagnes, afin » d'en avoir elles-mêmes et d'exciter davantage la «compassion et les aumônes. »
Louis XIV se décida enfin à purger Paris de ce réceptacle dont la population, suivant quelques historiens, s'élevait à quarante mille têtes. 11 institua, en i566, l'Hôpital-Général pour y enfermer les mendians, et pendant quelque temps
les voleurs prirent la fuite pour évitercette espèce de claustration. Bientôt ils revinrent à Paris, et, à ce qu'il parait, les crimes reprirent leur cours avec une intensité nouvelle, car on voit sur les registres du Parlement, à la date du 9 décembre 1662, un réquisitoire où le procureur général remontre 2
« Les désordres, assassinats et voleries qui se » commettent dans cette ville et ses faubourgs ; le » grand nombre de vagabonds et gens vulgaire- » ment appelés filous, comme aussi certainsgueux » estropiés qui , sous ce prétexte, croient devoir » être soufferts, lesquels, la plupart du temps, sont » de part dans tous les vols qui se font , servent » aux voleurs et sont, par cette raison, aussi punis- » sables qu'eux-mêmes. » 1^ Parlement, sur ce réquisitoire, ordonne : « Que tous les soldats qui »ne sont sous charge de capitaine, tous vagabonds » portant épée, tous mendians non natifs de cette «ville, se retireront au lieu de leur naissance, à » peine, pour les valides, des galères; contre tous «estropiés, du fouet et de la fleur de lys; et contre »les femmes, du fouet et d'être rasées publique- » ment. »
La police cependant , placée dans les attributions du prévôt de Paris, était exercée, sous la surveillance 'du Parlement, par deux lieutenans auChâtelet, l'un civil, l'autrecriminel. Louis XIV , sentant que la division des pouvoirs était nuisible à la bonne administration de la justice, créa
un lieutenant du prévôl de Paris pour la police, La Reynie, président du Parlement de Bordeaux, fut le premier élevé à cette charge le 29 mars 1667. C'est à La Reynie que l'on doit l'établissement des lanternes, celui du balayage régulier, et nombre d'autres mesures utiles et négligées jusqu'alors. Le marquis d'Argenson lui succéda en 1697, et organisa la police sur un plan plus vaste. Machault, seigneur d'Amonville, le coAte d'Argenson, Teschereau, seigneur de Linières,se succédèrent dans cet emploi jusqu'en 172a, sans que de notables perfectionnemens toutefois aient signalé leur passage.
Vint la Régence : les meurtres et les assassinats étaient devenus plus rares, à la vérité; mais les débauches des gens de cour, l'infamie des agensde prostitution, le scandale de l'agio, n'attestaient que trop qu'aucune amélioration ne s'introduisait dans les mœurs. La police alors autorisa l'établissement d'un grand nombre de tripots, de maisons de jeu et de débauche, qui devinrent comme des lieux d'observation où ses espions purent élire domicile : l'armée du lieutenant de police se recruta, bon gré mal gré, des cochers de fiacre, des filles publiques, des fallots stationnant aux portes des spectacles; la cour donnait l'exemple delà dépravation, et les rangs infimes de la société suivaient avec entraînement son exemple.
Six lieutenans de police se succédèrent du-
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rant le règne de Louis XV : Ravol, seigneur d'Ombreval ; Hérault de Vaucresson, Feydeau de Marville, Berryer de Ravenonville, Bertin de Bellisle et Sartines. De nombreuses améliorations signalèrent leur édilité : les jeux au grand air furent défendus; on organisa les fiacres; ou ordonna des arrosemens pendant le temps des chaleurs; on plaça des inscriptions au coin des rues pour en indiquer les noms; on transporta les^voiries hors de Paris; on adopta le mode d'éclairage public; on défendit aux fossoyeurs la vente des cadavres aux anatomistes; on créa des établissemens utiles, tels qu'Alfort, la Halle-aux- Blés, l'École gratuite de dessin. Malheureusement, la mauvaise administration des finances et l'usage immodéré des lettres de cachet firent ombre à ce tableau de la partie utile du règne de Louis XV.
Sous Louis XVI la police fut à peu près ce qu'elle avait été sous son prédécesseur: Lenoir, Albert et Thiroux de Crosne remplirent successivement, depuis son avènement jusqu'au 1 4 juillet 1789, les fonctions de lieutenant de police, qui furent supprimées alors par les électeurs. Ceux-ci, déclarés en permanence, établirent le comité permanent, présidé par le prévôt des marchands et formé des autres membres du bureau de ville ayant voix délibérative. Cette création donna les meilleurs résultats, et la police fut maintenue avec zèle, intelligence et fermeté au
milieu du désordre et de la confusion qui régnaient dans ce moment d'effervescence.
De 1 789 à 1 800, l'administration de la police fut soumise à de nombreux essais, dont il serait inutile de rapporter ici les théories. La constitution de Fan VIII, en remplaçant celle de Tan III, changea la face de la France, et la loi du 2-8 plu* viôse an VI II (17 février 1800), en même temps qu'elle divisait Paris en douze arrondissemens municipaux, créa un préfet de police. Le conseil* 1er d'Etat Dubois fut investi de ces fonctions, dans lesquelles M. Pasquier le remplaça en 1810, pour ne les quitter qu'à la chute de Napoléon.
Sous la Restauration , sept préfets de police se succédèrent :
M. Bourienne, du 12 au 20. mars 181 5; M. Courtin, du 2 au 8 juillet 181 5; M. Decazes, du 10 juillet au 1$ septembre i8i5;
M. Angles, du 25 septembre 181 5 au 20 décembre 1821;
M. Delavau, du 20 décembre 1821 au 6 janvier 1828;
M. Debelleyme, du 6 janvier 1828 au 8 août 1829;
M. Mangin , du 8 août 1 829 au 28 juillet i83o.
I*)epuis la révolution de i83o, huit préfets ont été nommés :
AL Bavoux, du 29 juillet au i er août i83o;
M. Girod (de l' Ain), du i er août au 10 novembre ï83o;
M. Treilhard, du 10 novembre au 27 décembre i83o;
M. Baude, du 27 décembre i83oaua5 février i83i ;
M. Vivien, du i5 février au a5 septembre i83i 5
M. Saulnier fils, du i$ septembre au i5 octobre i83i ;
M. Gisquet, du i5 octobre i83i au 11 septembre i836;
M. Gabriel Delessert enfin, nommé le 1 1 septembre i836, en remplacement de M. Gisquet, démissionnaire.
Héritier direct des magistrats de tout temps préposés à la sécurité de la ville , le préfet de police fut, dès l'origine, mis en possession de l'hôtel des anciens baillis du Palais.
Sur ce sol qui avait vu naître une dynastie , sous ces austères lambris qui avaient abrité les grandes fignres parlementaires des de Harlay,des La moignon et des d'Àguesseau, siégea dès lors une magistrature nouvelle, participant à la fois du consul romain et de l'archonte d'Athènes , et destinée à devenir la première et la plus utile peutêtre, s'il était possible qu'elle fut toujours occupée par des La Reynie.
C'est sur l'emplacement des anciens vergers du Palais, vaste terrain embelli à grands frais par les rois des première et seconde races, et qui s'étendait
encore, au temps de François I er , du portique de la Sainte-Chapelle au terre-plein du Pont- Neuf, qu'est située la demeure du préfet de police de Paris (i).
Là était, avant la révolution de 1789, l'hôtel du premier président du Parlement de Paris.
« Le premier président a son hôtel dans Pen- » ceinte du Palais, dit Félibien, depuis l'année » 1 6 1 7 que la maison du bailliage fut affectée, par » lettres-patentes du roi Louis, aux premiers prési- »dens du Parlement. » Sauvai, qui écrivait avant Félibien, et qui aimait à trouver à tout une explication singulière, avait attribué la possession de l'hôtel par le Parlement à une circonstance qu'il raconte ainsi : « L'hôtel faisait anciennement la «demeure des anciens baillis du Palais; mais un «premier président ayant acheté pour son fils » cette charge, ils occupèrent ensemble ce magni-
(1) Gérard, Conrad le jeune, Eudes, Robert III, Hugues le Grand et Hugues Capet, y avaient élevé de splendides bâlimens sous les rois de la seconde race. Les comtes de Paris devinrent peu à peu si puissans, que trois de ceux que nous venons de citer montèrent sur le trône, dont ils avaient précipité les faibles successeurs de Charlemagne.
Dans ce petit coin de terre devait germer, fructifier et grandir la puissance de Paris et de la France. Les événemens qui se passèrent dans le palais des comtes de Paris sont épars dans les chroniques du temps. Nous n'indiquerons que les plus remarquables.
Après la mort du roi Louis V, dit le Fainéant, la noblesse et le clergé s'assemblèrent dans le palais des comtes de Paris, sous la présidence d'Adalberon , archevêque de Reims, et proclamèrent roi Hugues Capet, comte de Paris et d'Orléans , à l'exclusion de Charles I", duc de Lorraine, fils de Louis d'Outre-mer. Hugues
» fique hôtel, qui depuis a fait Ja demeure des pre- » miers présidens. » Ce petit conte, tout innocent, et à peu de chose près vraisemblable,«est démenti par les actes et lettres-patentes faisant don de l'hôtel au Parlement, et qui se trouvent encore aujourd'hui déposés aux archives du royaume.
Quoi qu'il en soit, l'hôtel, tel qu'il existe actuellement (r), se trouve situé au fond de la rue de Jérusalem et comme étroitement enserré entre le fond de la Cour des comptes, les dépendances de la Conciergerie, la cour Lamoignon et les constructions particulières regardant la rue de Harlay et le quai des Orfèvres, et derrière lesquels s'étend l'étroit jardin du préfet, méconnaissable témoignage de l'existence du splendide verger de Hugues Capet, ce premier roi de la
Qipql fut sacré roi le 3 juillet 987. Dix ans plus tard , il mourait, après avoir associé son fils Robert au gouvernement de l'Etat.
Philippe-Auguste, le vainqueur de Bouvines, naquit dans ce palais, le 22 août 11G5, de Louis Vil et d'Alix, fille de Thibaut, comte de Champagne.
Ce fut encore dans le palais des comtes de Paris que l edit qui rendait le parlement sédentaire, fut promulgué en 1310. Ce fut là aussi que s'échangèrent les premières négociations relatives à la destruction des templiers, entre Clément V et Philippe le Bel.
A l'extrémité du jardin des comtes de Paris (sur le terre-plein où se trouve aujourd'hui la statue de Henri IV) , s*éleva, quelques années plus tard, le bûcher où Jacques Molay et l'élite des chevaliers templiers perdirent courageusement la vie.
(i) L'hôtel actuel de la préfecture de police va être prochainement démoli, pour être complètement réédifié sur un plan qui le mettra en harmonie avec le palais de justice, où s'exécutent en ce uniment dt; grands travaux d'embellissement et d'appropriation.
troisième race, dont le séjour au Palais ne laisse de nos jours aucune autre trace.
Le jardin du bailliage n'avait, au reste, pas été donné à ce qu'il paraît avec l'hôtel dont il était une dépendance, car un nouvel acte royal en établit postérieurement ainsi la possession. «Le » premier président de Lamoignon ayant reçu du «roi, par contrat du 27 février 1671, le don du » jardin du bailliage du Palais, s'engagea à faire » plusieurs ouvrages pour la décoration du Palais, » comme escaliers, galeries,et une nouvelle rue qui » porte son nom. »
L'hôtel, assez mesquin alors, à ce qu'il paraît, fut entièrement réparé en 171 2, et Germain Brice, qui écrivait en f 755, en trace ainsi une espèce d'aperçu dans sa description de la ville de Paris.
a Le principal appartement de cet hôtel est » composé de plusieurs chambres très-bien propor- » tionnées, terminées par une galerie qui sert de » bibliothèque et dont les livres sont d'un excellent «choix. Celte galerie finit par une perspective de «l'ouvrage de Bojer, qui produit un heureux ef- » fet en terminant cette grande suite avec magni- » ficence. Les portraits des premiers présidens, » depuis l'établissement de cette grand charge jus- »qu a présent, sont placés sur les tablettes de la » bibliothèque.
«Quoique ce grand appartement paraisse sim- «ple et sans ornemens, il n'est cependant pas
» moins magnifique; il est doublé par un autre au » midi, dont les pièces ont une communication » fort aisée avec beaucoup d'autres pièces prati- » < f m'es fort ingénieusement.
» Il y a au fond de la cour une salle magnifi- »que pour les assemblées du Parlement, qui se »font quelquefois chez le premier président; cette »sallecommuniqueà d'autres pièces particulières. «Onpeutdire enfin que cet hôtel a été conduit e\ «distribué avec un très-grand art, et ce qui contribue encore à y procurer de la beauté, c'est que » les meubles y sont très-magnifiques.
» Avant que d'arriver à l'hôtel du premier pré- » sident, on passe sous une arcade qui sert de cpm- » munication aux vastes appartenons de la Cham- » bre des comptes. Cette arcade est estimée à cause » des masques en sculpture qui s'y trouvent et qui » sont de l'ouvrage de Jean Goujon. »
Depuis le temps où écrivait Germain Brice, cet hôtel a dû subir de nombreuses transformations : tant d'événemens, tant d'hommes s'y sont succédé! Une des plus regrettables pertes qu'il ait pu toutefois éprouver est celle de la galerie des portraits, qui, durant la Révolution, ont entièrement disparu de la bibliothèque, et que l'on peut supposer avoir été brûlés avec nombre d'autres objets et de manuscrits précieux.
Il ne sera pas sans intérêt sans doute de consigner ici les noms des présidensdu Parlement qui, durant une période d'un siècle et demi, ont ha-
bitê* cetliùtel qui va disparaître sous le marteau :
1° Nicolas de Verdun, mort le 1 3" Antoine Portail, seigneur
22 mars 1627. de Vandreuil et de Chatou , 2° Jérôme de Hacqueville , mort le 3 mai 1736.
seigneur d'Om-eu-Bray , mort H° Louis Le Pelletier, sei-
le 4 novembre 1628. gueur de Rosambo , démission-
3° Jean Bochard, seigneur de naire le 1 er octobre i?43. Champigny et de Noroy, mort 15° René-Charles de Mau-
!e 27 avril 1630. peou, démissionnaire en septem-
4 U Nicolas Le Jay, baron de bre 1557.
Tilly et seigneur de Conflaus, 16° Mathieu-François Molé ,
mort le 30 décembre 1640. seigneur de Champlatreux , dé-
5° Mathieu Molé, seigneur de missionnaire en octobre 1763 Champlatreux, garde des sceaux, 17" René- Charles- Augustin
mort le 1 6 avril 1651. deMaupeou,chanceliei de Fran-
6° Pomponne de Bellièvre, ce ? le 16 septembre 1768. marquis deGrignon, mort le 13 18° Etienne-François d'Alimars 1657. gre, comte de Maran, supprimé
7° Guillaume de Lamoignon, en avril 1771, rentré le 12 nomarquis de BasviUe, mort le 10 vembre 1775, jusqu'au 12 nodécembre 1677. vembre 1788.
8° Nicolas Polier, seigneur de 19° Louis-Jean Berthier de
Novion, nommé le 13 juin 1678, Sauvigny, d'avril 1771 au 12
démissionnaire en 1689. novembre 1775.
9° Achille de Harlay, nommé 20° Louis-François de Paule
le 18 novembre 1689, démis- Lefèvre d'Ormesson , seigneur
sionnaire en avril 1707. deNoyseau, mort le 2 février
10° Louis Le Pelletier, sei- 1789.
gneur de Morfontaine, démis- 21° Jean- Baptiste -Gaspard
sionnaire en janvier 1712. Bochard de Saron, guillotiné le
il 0 Jean -Antoine de Mes- 20 avril 1794. (Bochard de Saron
mes, comte d'Avaux, mort le n'avait habité l'hôtel que jus-
23 avril 1723. qu'au 5 novembre 1789, date de 12° André Potier, seigneur la suppression des parlemens.) •
de Novion , démissionnaire le 9 septembre 1724.
Dans l'état où se trouve encore actuellement
l'hôtel, la première cour, en entrant par la rue de Jérusalem, présente un parallélogramme régulier. En avançant vers le nord, on trouve la cour du centre, où sont réunis les bureaux des prisons, celui de la permanence et ceux de la police municipale : c'est là, dans cette étroite el obscure enceinte, que viennent, par mille canaux patens ou secrets, aboutir les divers rapports au moyen desquels, et selon les cas, la police assure le repos des citoyens ou dispose sans contrôle de leur liberté. Au delà, une troisième cour existe encore, celle de l'Abreuvoir, qui, longeant les bût i mens de la Conciergerie, communique dans lâ cour Lamoignon, et de là sur le quai de l'Horloge.
La cour du Sud, au milieu de cet amas irrégulier de bâtimens, offre seule quelque développement et une sorte d'élégance; sur les murs de son bâtiment principal, construction du règne de Louis XIII, et où le préfet a fait jusqu'à ce jour sa demeure, on voit encore, malgré le double outrage du temps et des ignorans réparateurs, neuf portraits de personnages célèbres, peints à fresque et placés dans des médaillons à la hauteur et dans l'intervalle des croisées du premier étage. 11 serait difficile de reconnaître les personnages dont on a voulu consacrer le souvenir, trois d'entre eux excepté : Biaise de Montluc, le connétable de Bourbon et l'héroïque Duguesclin On comprend au reste assez peu le motif qui a
fait ainsi réunir les personnages les plus disparates et placer Duguesclin, le type de l'honneur militaire, entre Bourbon, traître à sa famille et à sa patrie, et Montluc qui, frappé mortellement devant Rabastens, encourageait les siens à venger sa mort et à n'épargner personne.
Dans cette même cour et sur le bâtiment de droite, dans le champ entre le chambranle et le linteau de chacune des croisées, sous la corniche, se trouve sculpté en relief un chiffre représentant un W au centre d'un nœud de branches de lauriers.
Les antiquaires, comme d'ordinaire, sont en désaccord sur l'origine de ce chiffre : la tradition en attribue le placement à Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri 11, qui aurait habité cet hôtel, et n'y Voit qu'un emblème signifiant Vive Valois! Les savans y veulent trouver à grand' peine la signature d'un architecte, Wirmbolde ou Wauttier, qui aurait eu l'inconvenance de jeter son nom en souvenir au fronton d'un bâtiment dont on lui aurait confié l'ordonnance.
Certes, la version populaire offre cette fois quelque vraisemblance : plusieurs rois delà branche des Valois ont habité le Palais; François I er y demeurait encore en i53l, et tout porte à croire que Henri li, son fils, y a vécu. Or, Henri H avait assez peu de respect pour les choses vénérées du monde pour avoir logé Diane dans l'hôtel même, d'où elle pouvait communiquer avec le
Palais; et Jean Goujon, donlon retrouve un précieux travail sur une arcade de la ruede Nazareth placée tout proche de l'entrée de la Préfecture, Jean Goujon, le galant sculpteur des gracieux emblèmes d'Anet, a pu, de sa main libre et savante, tracer le chiffre mystérieux sur les murailles parlementaires.
Quoi qu'il en soit, l'hôtel, autrefois dépendance et partie intégrante en quelque sorte du Palais, communiquait avec lui par des issues particulières; deux seulement ont été conservées; l'une se trouve au-dessous des salles qui conduisent à la Cour d'assises, pratiquée sur le côté intérieur du bureau des prisons ; l'autre aboutit au petit parquet du procureur du roi , donnant sur la cour de Lamoignon.
Ce serait une lugubre et bien longue histoire que celle de tous les malheureux, de tous les coupables qui ont gravi ces étroits chemins depuis le jour où Pétion , second maire de Paris , s'installa le 7 mai 179a dans l'hôtel de la présidence (1).
Avec le terrible maire, la prison municipale vint se dresser sur ce sol, si paisible jusqu'alors, si étranger aux misères et aux douleurs dont il allait devenir le théâtre.
(I) La police, sous Bailli, premier maire, avait été élahlie dans l'ancien hôtel des Lieutenans-généraux, rue Neu ve-des-Capueines. * Elle y demeura depuis le mois de j-illet 1789 jusqu'au 7 mai 1792. •Pétion alors s'établit à l'hôtel de la Présidence, où Pnehe el Pleuriot demeurèrent après lui et établirent le /fureau central
Un rapide aperçu de ce que fut eu ce temps , de ce qu'est aujourd'hui ce lieu de dépôt, premier chaînon de la longue série de tourmens dont le dernier anneau aboutit si souvent au bagne, ne sera pas sans doute sans intérêt pour la plus grande partie de nos lecteurs.
La prison municipale , formée par Pétion sous le nom de Prison de In mairie, fut appelée plus tard Dépôt de la Préfecture de police : c'est sous ce titre encore qu'elle est désignée aujourd'hui. Son régime, changeant sous la Convention, durant la Terreur et lors de la réaction thermidorienne , est peu connu et dut nécessairement être celui de toutes les prisons d'alors. Sous l'Empire, le dépôt fut divisé en deux parties. L'une, composée de cellules assez habitables , reçut le nom de Salle Saint-Martin , et fut réservée aux personnes qui pouvaient subvenir aux frais de leur logement et de leur nourriture ; l'autre, consistant en un bâtiment ancien, élevé de trois étages occupés tout entiers par trois salles longues, étroites, humides et obscures, reçut, au premier, les filles publiques; au second, les prévenus de crimes et délits, et au troisième, les simples délinquans aux règlemens de police.
On se ferait difficilement une idée du désordre et des inconvéniens résultant d'une disposition semblable. Un des hommes les plus compétens dans la matière , M. le comte de Laborde, don! la mort récente afflige tous les amis de la science
et de l'humanité, en signalait ainsi une faible partie en 1 8 19 : «Un honnête homme qui serait accusé par la malveillance ou arrêté par mégarde dans la rue au moment d'une émeute ou d'une voie de fait, est amené au dépôt de la Préfecture de police, confondu avec ce que la crapule, la malpropreté, le vice, ont de plus odieux, dans un local infect, et pourrait rester dans ce local assez de temps pour y contracter toute sorte de maladies contagieuses. Il en est de même pour les femmes, qui, dans les premiers momens, peuvent se trouver avec ce qu'il y a de plus abject.
» Si riiomme arrêté n'est pas connu , qu'on juge à son extérieur qu'il mérite moins d'égards, ou seulement si la salle Saint-Martin est occupée, il est renfermé dans une salle commune d'une malpropreté révoltante ; il est confondu avec ce que Paris offre de plus honteux : les voleurs , les vagabonds, les mendians. »
A celte époque, si voisine encore, toutes les personnes arrêtées , soit sur mandat de la Préfecture, soit par ordre de simples commissaires de police, étaient conduites, en effet, dans cel ignoble et redoutable dépôt, d'où un seul prisonnier, le célèbre Maubreuil , est parvenu à s'échapper, tant la surveillance en est exacte. Les vives réclamations de la population parisienne firent abolir cet usage odieux; le dépôt fut démoli en i8s5, et le 12 avril 1828 un nouveau bâtiment ,. disposé avec sûreté, mais en même
temps avec convenance, fut consacré à servir de lieu de détention provisoire pour ceux qui, loin de devoir être traités en coupables, ont le droit de n'être même pas considérés comme prévenus.
Ce bâtiment nouveau se compose d'un rezde-chaussée et de trois étages : au rez-de-chaussée , après le guichet, un petit' corridor, garni sur ses côtés de quatre cellules destinées aux aliénés, conduit à une salle d'environ quinze pieds de longueur, où Ton enferme les prisonniers qui montrent trop de turbulence; a droite du guichet, le parloir, qui ne tient le détenu éloigné de son interlocuteur que d'un espacé de dix-huit pouces : à côté le bureau du greffe , et en face une salle (n° i ) servant de dépôt pour une cinquantaine de filles publiques.
Au premier étage, les magasins, l'appartement du directeur et sept cellules de pistole pour les hommes. Au second, en face, la salle. ( n°i) où sont enfermées les femmes prévenues de diflférens délits, mais n'appartenant pas à la classe des prostituées. A droite, six cellules de pistole pour les hommes; à gauche , deux chambres pour les visitesdes docteurs aux prostituées et aux détenus malades; au fond, une chambre pour les enfans au-dessous de seize ans. Au troisième étage, deux vastes salles pour les hommes : dans la première sont renfermés ceux que semble menacer une condamnation grave; dans la seconde, ceux dont le délit paraît léger. A gauche, pour les femmes,
deux chambres de pistole, où ne peu verit élre admises Jes filles publiques.
Tel est le dépôt, dont la population a varié, depuis 1814, de 12,600 à 22,000, et qui remplit à peu près toutes les conditions exigibles pour une destination semblable. Le loyer de sa pistole est fixé a 80 c. pour chacune des deux premières nuits, et à 60 pour les suivantes; les vivres se bornent à une livre et demie de pain et à une soupe aux légumes pour chaque prisonnier.
Du reste de l'hôtel de la préfecture, de ce vaste et confus amas de hâtimens sans ordre et sans régularité, nous aurions peu de chose à dire; et ce n'est en quelque sorte que pour mémoire que # nous en traçons l'aperçu, puisqu'il doit être si prochainement remplacé par des constructions qui rempliront sans doute toutes les conditions desùreté et en même temps d'art, que l'on regrettait de n'y pas trouver. Dans la cour d'honneur sont situés, à droite, au premier , les bureaux du secrétariat-général ; en face, et à gauche, au rezde-chaussée et aux étages supérieurs, le corps-degarde, la caisse, les bureaux de la police municipale, ceux des passe-ports, des ports d'armes, delà navigation , les archives de la bibliothèque. Audessus de la porte principale d'entrée sont les appartements du préfet, qui se prolongent en retour à l'est du jardin donnant sur le quai des Orfèvres.
Au pied du perron qui conduit au bureau des passe-ports est un corridor de communication
avec Tholel de Vergennes, dont Ja façade se développe sur la cour de Harlay, et où se trouve, par suite de l'accroissement de son personnel , une partie des bureaux de l'administration .
La bibliothèque, peu connue, se compose de 4,ooo volumes environ ; on y remarque la collection du Châtelet, que ne possède pas la Bibliothèque royale, la collection du Louvre et la précieuse collection de Lamoignon, comprenant, en 43 volumes, les édils, les arrêts et les règlemens de police rendus de 1 182 a 1762. On doit former des vœux pour qu'au prochain déplacement de cette bibliothèque et des curieuses archives de la Préfecture, une exacte surveillance garantisse la conservation et le classement de ces richesses, où pourra puiser si fructueusement l'histoire.
Dans une prochaine édition, si l'accueil du public nous permet, ainsi que nous l'espérons, de l'entreprendre, nous présenterons sommairement la description de l'édifice qui va s'élever sur remplacement de l'hôtel actuel. Mais, dès ce moment, nous avons cru qu'il n'était pas sans utilité, alors que les derniers vestiges de cette antique demeure de la magistrature et de la royauté allaient disparaître du sol parisien, d'en rappeler l'origine et la splendeur, avant d'entrer dans le récit des actions de ceux qui furent ses hôtes, et qui s'y signalèrent à des titres différens.
Et maintenant il ne nous reste plus qu'un vœu à former en présentant notre travail aux lecteurs
dont nous redoutons, nous devons le dire, l'indifférence ou la prévention ordinaires contre tout ouvrage dont le sujet comporte un intérêt sérieux : c'est de le voir porter d'heureux fruits, en montrant d'une part aux simples citoyens tout ce qu'il faut d'abnégation, de zèle, de dévouement pour accomplir dignement les devoirs del'édilité; et, d'un autre côté, en éveillant chez les hommes éminens chargés de présider à la sécurité , à la moralisa lion du peuple, à l'embellissement, à la splendeur, à la salubrité de la grande cité, les nobles sentimens, les hautes vertus qui font vivre le magistrat dans l'histoire, indépendamment de la clameur ou de l'apothéose des partis.