‹ Histoire de la pomme de terre: traitée aux points de vue historiqueChapitre 41 sur 72 · JuiUet · texte numérisé non relu

JuiUet

Novembre, 63 de chacune. lOo Autre de Casselj fleur blanche cendrée ; la peau extérieure noirâtre, par là difficile à les distinguer de la terre en les recueillant ; la seconde peau violette, au dedans marbrée violet très beau ; le goût diffère de celui des autres ; le plus grand produit en a été de 24 pour uja.

» Je ne parle pas des Souris rouges dH Hollande^ puisqu'elles paraissent être la même espèce que le no 7 (fruits petits, mais au nombre de 120 pour un). •

» Je ne parle non plus des trois espèces naturalisées en Suisse, dont Tune longue blanche et une autre longue rouge, toutes les deux d'un grand produit, grosses et de bon goût, de même que les rouges rondes .

» Je vais donc faire mention encore de quelques-unes reçues seulement au printemps 1772. 1* Les nouvelles angloises y tiennent avec raison la première place ; une feuille angloise hebdomadaire les indiquait comme étant arrivées récemment de l'Amérique, sous le nom de Yam-battates, pesant de 8 à 9 livres la pomme... Chacun étant, et avec raison, si prévenu en faveur de ces YambattateSy on peut juger si un ouvrage, qui a paru depuis peu, les en a dégoûtés ; c'est le voyage que Young, grand curieux et cultivateur, a fait par les provinces septentrionales de l'Angleterre, ... Ayant donc découvert ces Pommes de terre, qu'il dit lui-même être encore inconnues, il en parle à peu près comme moi; il dit en outre que cette espèce supporte mieux le froid que les ordinaires ; qu'il a pu s'en procurer deux pièces; qu'il avoit coupé l'une en deux, l'autre en 30 morceaux ; que des deux premiers il avoit recueilli 222 livres en 700 pièces, et des autres 364 livres en 1,100 />omm6^; et qu'il garantit ces faits comme témoin oculaire. Que selon le calcul de M. Bailey, l'acre anglois, d'environ 45,000 pieds, en devroît rapporter 5,036 boisseaux, chacun de 60 livres (apparemment angloiscs, de 14 onces); quelle multiplication prodigieuse et incroyable! M. Young en dit le goût inférieur aux espèces communes...

» 2» J'ai fait venir de quatre espèces, qu'on cultive en Irlande : black-battates ou noires, russel ou rousses, yellow ou jaunes, et white ou blanches. J'ai remarqué que de ces espèces irlandoises^ vers la fin d'août, il s'en est trouvé de mangeables en bon nombre, et que les vers-hannetons ou vers-de-bled y ont fait plus de ra-

vage que parmi les autres, preuve qu'ils les ont trouvées préférables par le goût.

3« J'ai eu quelques Pommes de terre des montagnes de Foîx, je les ai trouvées très belles et de bon rapport; la peau en est fort rude.

. » Je crois que ceci peut suffire pour faire connaître les meilleures espèces...

» Si M. Duhamel dit que les tiges de Pommes de terre sont de deux à trois pieds de hauteur, cela fait voir qu'il n'en a connu que des espèces communes : les Anglaises ^ les Hollandaises j et celles de graine en ont poussé dans une bonne terre de jardin qui ont eu six à sept pieds de haut ».

Nous pouvons noter, d'après ce que disait Engel, que Ton posf sédait déjà en 1772, diverses variétés de forme longue et ronde,

I avec toute la série des couleurs qui les caractérisent encore

^ aujourd'hui : blanche, jaune, rouge et même violet foncé, presque

noir. Ce qui nous permet d'en conclure que nos variétés actuelles ! dérivent bien de celles qui existaient alors.

D'un autre côté, la culture de la Pomme de terre avait fait aussi de grands progrès dans TAmérique du Nord, puisqu'elle était en mesure, en 1783, de nous fournir onze variétés nouvelles que, sur les instances de Parmentier, le Conseil du roi Louis XVI fit venir en France. D'après le rapport de Dumont à la Société royale d'Agriculture, en 1788, ces onze variétés s'étaient maintenues six ans comme variétés constantes dans la culture de la Plaine des Sablons. Lorsqu'il parle de ces variétés, en 1786, Parmentier ne cite les noms que de deux d'entre elles : c'étaient la Rande blanche de NewYark^ et la Rauge longue de Vile langue. Mais peut-être en avait-on déjà obtenu d'autres variétés par des semis, comme le conseillait déjà Parmentier en 1786. Toujours est-il que cet ami de la Pomme de terre, dans son rapport à la Société royale d'Agriculture sur les mémoires de M. de Chancey, disait en 1787 à propos des différentes espèces de Pommes de terre, et par ce mot espèces il faut entendre variétés : « Quelques auteurs les avaient fait montera soixante ; mais dans ce nombre ils comptent beaucoup ' de variétés, » c'est-à-dire de variations. Nous n'avons pas d'élé-

ments d'information qui nous permettent de nous expliquer cette opinion de Parmentier. Nous savons seulement que Ton avait

choisi, en 1788, pour la célèbre culture de la Plaine des Sablons, la Grosse Pomme de terre blanche tachée de points rouges à la surface et dans l'intérieur, et que la même année M. de Ghancey cultivait, aux environs de Lyon, la Blanche de la Nouvelle-Angleterre, la Grosse blanche hâtive, la Bouge ronde de File longue, la Rouge longue de la Nouvelle Angleterre, la Petite Chinoise, V Anglaise^ la Violette, la Longue des Montagnes des Vosges^ la Souris de large de la Haute-Alsace,

Quelques années plus tard, en 1805, paraissait le Traité des végétaux qui composent V Agriculture de VEmpire français, par ToUard aîné. L'auteur y dit, à propos de la Pomme de terre : « Cette plante offre beaucoup de variétés qu'on connaît sous les dénominations de Grosse blanche ronde, Grosse blanche longue, Blanche irlandaise, Jaune ronde aplatie, Rouge longue. Rouge dite Souris, Pelure d'oignon, Petite jaune, Rouge longue marbrée^ Rouge ronde, Violette, Petite blanche chinoise. Toutes ces variétés diffèrent par la forme et la couleur... Les Grosses blanches soniles plus productives; les Rouges ont moins d*eau, plus de saveur et se gardent plus longtemps que les Blanches, surtout la Rouge longue ; les Jaunes ont la pulpe plus fine, plus serrée, et sont plus délicates que toutes les autre3, et celles à préférer pour la table; la Petite rouge hâtive est aussi très bonne. Elles se plantent à la fin d'Avril ou au commencement de Mai. On les multiplie aussi par leurs graines : ce dernier procédé est long, mais il les donne plus délicates et fournit toujours des variétés ».

Mais, de son côté, Parmentier revient sur cette question et s'exprime comme il suit, dans son article sur les Pommes de terre paru en 1809 dans le Nouveau cours complet d^ Agriculture théorique et pratique, qui fait suite au Dictionnaire de TAbbé Rozier.

« Variétés. — On les fait monter à plus de soixante; mais c'est sans doute pour avoir admis au nombre des espèces les nuances légères qui se trouvent dans chacune des variétés; en les restreignant à douze, je ne prétends pas les décrire toutes, mais bien celles qui se sont soutenues dans les expériences auxquelles je les ai soumises pendant au moins vingt années.

» La voie des semis et un concours d'autres circonstances suffisent pour en constituer de nouvelles, ou pour perfectionner celles qui existent déjà. Le moyen de les reconnoître ne seroit pas de

continuer à les désigner selon les cantons européens d'où elles ont été tirées à l'époque de leur maturité, puisque toutes viennent originairement de l'Amérique et que le moment de la récolte est différent. Il paroît bien plus naturel de les indiquer d'après le port de la plante, la forme et le volume et la couleur des tubercules.

Grosse blanche tachée de rouge. — Feuilles d^un vert foncé, plus lisses et plus rudes en dessous ; tiges fortes et rampantes ; fleurs rouges, panachées de gris de lin; tubercules oblongs, conglomérés, marqués par des points rouges intérieurement. La plus vigoureuse. Réussit dans tous les terrains.

» Blanche longue. Feuillage foncé; fleur petite, échancrée, parfaitement blanche; tubercules conglomérés exempts de points rouges intérieurement, bonne qualité, terre légère.

» Jaunâtre ronde aplatie. Feuille crépue, profondément découpée, d'un vert olivâtre; fleur panachée; souvent doubles tubercules qui s'écartent du pied de la plante et filent au loin; terre légère; se délaie dans Teau pendant la cuisson; excellente qualité.

» Bouge oblongue. Ressemble par le port à la Longue blanche \ feuilles plus longues, plus droites ; tubercules d'un rouge foncé, intérieurement blancs; très productive ; chair ferme; goût excellent; terre forte.

» Rouge longue. Feuilles d'un vert foncé, drapées en dessous ; tige roussâtre, velue sur sa longueur; tubercules raboteux à leur surface, garnis d'un grand nombre de cavités ou yeux à bourgeons, marqués intérieurement d'un c^rcle rouge; chair ferme, délicate, forme d'un rognon; tardive; abondante; sol gras.

» Longue rouge dite Souris. Feuilles verdâtres; tige grêle, ronde, presque droite et rougeâtre ; tubercules pointus à une extrémité et obtus de l'autre, un peu aplatis, ayant peu d'œilletons ; chair absolument blanche; précoce; d'une bonne qualité; terrain gras. On l'appelle encore Corne de vache.

» Pelure d'Oignon. Feuilles petites et crépues; tiges grêles et rouges par intervalle; fleurs panachées d'abord, ensuite gris de lin ; tubercules oblongs, aplatis, quelquefois pointus à une de leurs extrémités, ayant peu d'yeux; hâtive; bonne qualité; terrains légers. On la nomme en quelques endroits Langue de bœuf.

» Petite jaune aplatie. Semblable pour le port à la Pelure doi--

g^/io/i; tubercules forme de haricots; bonne à manger; s'enfonce beaucoup en terre. On lui donne quelquefois le nom d'Espagnole.

» Rouge longue marbrée. Semblable à la Grosse blanche, féconde

et vigoureuse; tubercules d'un rouge éclatant intérieurement; ne

• vautpas pour la qualité les Rouges oblongues eirondes déjà décrites.

» Rouge ronde. Variété de la Rouge oblongue; plus précoce; terrains sablonneux.

» Violette. Tige grêle et folioles vert foncé, très rapprochées les unes des autres, courtes et presque rondes ; fleurs violettes, foncées en dedans et moins en dehors; tubercules ronds et oblongs quand ils ont du volume, marqués de taches violettes et jaunâtres; chair blanche; bonne qualité; terrain gras. On la nomme Violette hollandaise.

» Petite blanche. Tige et feuilles grêles, vert clair, mais plus multipliées et plus verticales ; fleurs petites et d'un beau bleu céleste; tubercules constamment petits, irrégulièrement ronds et de mince rapport ; connue sous le nom de Petite chinoise ou Sucrée d'Hanovre. » ^ •

De son côté, Dunal, dans son Histoire naturelle y médicale et éco-nomique des Solanum publiée en 1813, laquelle n'a été qu'une sorte de Préface à son grand travail descriptif des Solanées qui a paru en 1852 dans le Prodromus Regni vegetabilis^ décrit, à la suite du Solanum tuberosum, les six variétés de cette espèce alors principalement cultivées et qui étaient les suivantes.

« a. Blanche longue ou Blanche irlandaise. — Corolles blanches; tubercules presque cylindriques, blanchâtres; feuilles d'un vert foncé.

p. Grosse blanche tachée de rouge; Pomme de terre à vaches. — Corolles presque rouges où panachées; feuilles d'un vert foncé; tubercules gros, presque cylindriques, marqués détaches rouges. Y» Rouge longue ou Pomme de terre rouge. — Corolles blanches; feuilles d'un vert foncé; tubercules oblongs, recouverts d'un épiderme rouge.

l. Jaunâtre ronde. — Corolles panachées; feuilles crispées; tubercules jaunâtres presque ronds.

e. Violette hollandaise. — Corolles violacées; tubercules d'abord presque ronds, puis presque cylindriques, marqués ça et là de taches jaunâtres et violacées.

Ç. Petite Chinoise ou Sucrée de Hanovre, — Corolles bleuâtres ; tiges et feuilles grêles; tubercules petits, presque ronds »•

Si Ton compare les noms de variétés cités par ToUard, Parmentier et Dunal, on reconnaît que ce sont à très peu de chose près les mômes, et on y retrouve quelques-unes des dénominations employées par Engel en 1777 et par de Ghancey en 1788. La liste de Parmentier, plus complète, peut donc être considérée comme celle des variétés connues et cultivées au commencement du XIX® siècle. Mais soit que ces variétés aient changé de nom, soit qu'elles aient été abandonnées et remplacées par d*autres, nous ne trouvons plus citées, dans la Liste des variétés introduites en 1815 dans la Collection de la Société d'Agriculture, que la Petite Chinoise et la Violette,

Cette collection de la Société d'Agriculture ne comprenait pas moins de 177 variétés en 1846, sauf les doubles emplois. La Liste en a été publiée dans son Bulletin de la même année, 2® série, page 175. A partir de 1815, cette collection a été conservée en culture à Verrières-le-Buisson, dans la p«)priété de MM. de Vilmorin. La Liste des variétés qui la composaient en 1846 nous paraissant devoir être considérée comme un document historique assez important, nous la reproduisons ci-après, tout en ne faisant suivre le nom de chaque variété que de sa date d'entrée dans la Collection. Cependant, comme beaucoup d'entre elles ont disparu, soit par suite d'abandon, soit par suite de la maladie, en nous référant au Catalogue méthodique et synonymique des principales variétés de Pommes de terre publié par M. Henry de Vilmorin en 1886, nous avons mis en italique les noms des variétés qui* existaient encore à cette époque, ce qui permettra de saisir le grand mouvement qui se fait tant pour la conservation que dans la disparition de ces variétés.

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