INTRODUCTION
les grands diplomates, et surtout les grands chrédens.
Il faut même imputer au protestantisme une partie de la grandeur du catholicisme. Au point où en était Tenu le catholicisme, FEurope entière allait s*abîmant dans l'impiété; et le sacerdoce romain, bien loin de la retenir^ la précipitait. En persévérant dans ses traditions, l'Église, au lieu de rien conserver, élargissait la voie à la destruction; le progrès des lumières et des études la baUait en brèche ; et ses vrais réformateurs, à défaut de Luther et de Calvin, eussent été Rabelais, Montaigne et GharroQ. La Ré- * formation a été le salut du christianisme ; sans elle le catholicisme, non-seulement ne se serait point épuré ou n'aurait eu aucune halte dans la dégénération» non-seulement c^est à la Réformation que le dix-septième siècle a du iicjssuel, Fénelon, Pascal, comme il lui a dû Abbadie et Saurin, mais je dis davantage, sans elle le catholicisme *d* existerait plus, parce que les branches, telles quelles, auraient péri avec le Itwae(l).
Les premiers talefyts en prédication se trouvent ,
il est vrai, parmi ies catholiques ; mats, au fond, rÉglise iprolestaftte a été phis riche qne sa rivale. La supériorité d'une époqwe n'est pas dans la grande pré^ioence de quelqnes hommes» pas plus que* la prospérité d'nn pays ne consiste dans rénorflae richesse de quelques-uns. Le catholicisme, au-dessous des grands noms, avait bien moins de bons prédica-
ro Voir, sur ce siijei, 1rs Études sur la littérature françaûe au dix-neu vième stéclCf tome 111, pages
lirrRODUGTION. * 8
teurs que le protestantisme. Dans «on ensemble, la
prédication rétormée au dix-septième siècle est très remarquable; aucune époque peut-être n'a produit à la fois en ce genre tant d'hommes dignes d'être étudiés.
Mais leur infériorité littéraire est éTidente. Ayant
même qu'il y eût des réfugiés, il y eut un style réfugié; et les prédicateurs qui» comme Du Moulin» Le Faucheur, Mestrezat, écrivaient encore en France, manquent déjà d'im certain sentiment du vrai langage français. Us ne furent pas dans des circonstances aussi fiivorables que leurs émules pour se former le goût; ils ne furent pas, comme eux, au centre du bon langage, dans la lumi^e de la cour. L'ÉgHse protestante formait une république à part, avec ses habitudes, sa tradition et jusqu'à son langage, langage grave et simple, comme il convient à «ne Église persécutée. Ses prédicateurs suivaient la reoomman* dation de d'Aubigné : « Rendons vénérable notre ff manière d*écrire. » C'est mieux qu'une beauté; mais, il faut l'avouer, k beauté manque. Bossuet disait de Calvin : « Son style est triste. » Il aurait pu le dire de la plupart des prédicateurs réformés. Mais Calvin est en même temps éloquent, et ils ne le sont pas toujours. Leur gravité est nue, dépouillée des fleurs de Timagination : rien dans leur situation, rien dans leur passé ni dans leur avenir n'était çropre à égayer leur style.
Une autre cause de leur infériorité, c'est qu'ils ne pouvaient éviter la controverse et 1 abus de la dog-
k INTRODIXIXION.
matique. Hommes de lutte, ils apportent dans la
chaire la poussière de Tarène. La lliéologie, dans leurs discours, remporte sur la religion, et la partie applicative y est souvent trop réduite (i ). Sans doute le<iogiue est le fondenieul de la morale; mais néanmoins beaucoup de dogmatique se concilie difficilement avec beaucoup de spiritnalih'. Ajoutons que Tabondance de la substance morale dans l'ensemble de la prédication est une condition de l'éloquence. Les catholiques étaient, sous ce rapport, dans une position beaucoup plus favorable : ils n'avaient pas à établir le dogme, et comme leur intérêt était de faire oublier les protestants, ils évitaient la controverse autant que possible; ayant moins à dogmatiser, ils moralisaient davantaere, et l'ensemble de leur prédication y gagnait. Si la morale n'est forte que par son union avec le dogme, celui-ci manque d'intérêt sans la morale, qui en est comme la pulpe ou la moelle. C'est ce qu'on remarque chez les prédicateurs réformés du dix-septième siècle : leur morale est plus; vraie et plus solidement fondée que celle des catholiques; mais les développements en sont moins riches, moins beaux, moins intéressants. Ils l'envisagent aussi volontiers, et presque exclusivement» dans le point de vue de l'intérêt de i'Ëgiise et comme acte de fidélité : deux points de vue vrais, mais en deçà de la spiritualité proprement dite. Ce qui rachète le défaut que nous venons de signa*
^(i> Il faut eioepter Id Du HouUo, qui faiti dans ws lernions, uoe large place à la morale.
nrmoDDGTioH. 6
1er, c'est Ja solidité et la sévérité de leur doctrine ; elle est éminemment biblique, orthodoxe et chré« tienne ; elle est identique, pour le fond, à ce qu'on appelle chez nous métiiodisme» mais elle en diffère néanmoins à quelques égards. Les prédicateurs du dîx-septième siècle posent solidement les bases, les meliiûdistes d'aujourd'hui tirent vigoureusement les conséquences; les premiers ont surtout en vue FËglise, les derniers ruuliMdLi. La vie d'Église se faisait mieux sentir alors, parce que l'Église soutirait, de même qu'un organe intérieur de notre corps n'accuse sa présence que lorsqu'il est malade.
Un trait qui distingue les prédicateurs réformés du dix-septième siècle, non-seulement des catholiques, mais de leurs successeurs dans la Réforme, c'est leur caractère scnpturaire. Leurs sermons ne sont souvent (ju'une exégèse développée du texte ; ils l'épèlent, le pressent, ou plutôt le pressurent : c'est là d'ordinaire tout leur plan. Il y a chez eux peu d'invention, mais une analyse judicieuse et exacte, parfois pourtant un peu minutieuse.
Leur prédication est supérieure encore à celle de leurs successeurs sous le rapport de la force de la contexture, de la solidité compacte, de Texactitude, de la correction, de la science. Elle s'adressait à des auditoires diliieiK < à contenter : auditoires de théologiens, quelquefois de martyrs. Quelle force ne devait-il pas y avoir dans les troupeaux pour supporter nne prédication semblable ! Mais ils faisaient sans doute plus que la supporter, ils l'aimaient. C'est à
6 IKTRODUGIION.
cette hauteur qu*é(aH placée toute une Église. Ces
marchanda, ces artisans étudiaient leur religion avec le plus grand soin. Peut-être étaieut-iU un peu trop théologiens; mais nous, nous ne le sommes pas assez. La prédication d ai^ourd'hui descend vers 1^ igno* rants, et c*est un bien, mais elle oe les élève pas asacB h la science, sans la(]uelle ils demeurent exposés aux fascinations de toute doctrine spécieuse.
Nous remarquons encore chez ces prédicateurs un respect du savoir et un amour des lettres, que plus tard on a crus incompatibles avec la fidélité pastorale. Ils y voyaient un moyen, une force, et auî»i une bienséance. Cest au point que l'un d'eux fui déposé à cause de Bon ignorance des bonnes-lettrea. Quelques-uns même les ont cultivées au delà de ce qu'on pourrait imaginer; ainsi Le Faucheur, le plus véhément de tous, a composé un Traité d€ Vaeiùm dê Vorateur, qui est évidemment le It uit d'études approfondies. Ces ministres étaient, d'ailleurs, entre les plus savants hommes de leur temps ; ils voulaient au moins égaler les plus instruits de leurs troupeaux.
A travers les différences qui les séparât des catholiqncs et qui les distinguent vniw un caractère commun se montre partout, c'est le génie français, le style français : la marche directe, la méthode, la clarté. Ce n'est pas par cela qu'on e&t grand, mais sans cela on n'est pas grand. Ils ont tous aussi, plus ou moins, ce qu'on appelle do l'esprit.
L'étude de ces prédicateurs n'offre pas seulement un intérêt historique. £n remontant à eux, on remon*
iimiODucTioir« 7
lerait à la wxifee de mainte idée et de mainte forme
qui sont de venues du domaine commun. Ils Bom donneraient aussi de bonnes leçons et de bons exemples. On en pourrait lire plusieurs pour l'édification, et^ sauf le langage» on les trouverait peu vieillis Dans la pureté et la solidité de leur doctrine, ils ont cjuelque chose de frais et de vert, tandis que les prédicateurs qui sont venus un siècle plus tard ne présentent dans leurs sermons que le feuillage flétri d une doctrine ai>àtardie. Les premiers nous paraissent plus jeunes et, au fond même, ils ont moins vieilli que les grands modèles de la chaire catholique. S'ils n'ont pas, comme ceux-ci, les avantages de la forme, ils n'en ont pas non plus les inconvénients. La forme a toujours quelque chose de temporaire. Les prédicateurs réformés n'étaient pas à la mode du temps, et c'est en partie pour cela qu'aujourd'hui nous ne les trouvons pas surannés. Le plus ancien de tous, Du Moulin, est même celui qui nous parait le plus jeune. '
Ce que nous avons dit jusqu'ici se rapporte essentiellement aux prédicateurs de la première moitié du dix-septième siècle. L'influence Uttéraire du grand siècle se fait sentir davantage chez leurs successeurs. Les prédicateurs de la première période, qui va de Du Mouhn à Claude, exclusivement, se distinguent par ces trois caractères :
(0 M» VM ^oiite dam mi notai : « 11 «M à MulMltAr qu^on fuie un choix « 4e loanphH beaux diioonfs. MéeeHité, pour un liède, d'exiraire ou de rCsunier m tm devanciaffif qnli^en vont ouMiéi. i>
s DmODVCIlOM*
Le système analytique de leurs sermons; 2* Le peu de place qu'y occupe la morale descriptive ;
S"" Leur caractère peu littéraire, et même peu oratoire.
PIERRE DU MODUN.
Pierre Du Moulin, né en Normandie en 1^68,
mort à Sedan en 11)58, fit ses études en Ani^lcterre. Il fut professeur de philosophie à Leyde pendant quelques années. De retour en France en 1599, il devint chapelain de Catherine de Bourbon, sœur de Henri lY, alors qu'il était ééjà pasteur de l'église de Paris, à laquelle il fut attaché en cette qualité pendant vingt-deux ans. Devenu célèbre par ses écrits, il fut appelé en Angleterre en 1615 par le roi Jacques I", qui espérait opérer par son moyen la réunion des deux branches de l'Église prolestante. Ses relations avec le monarque anglais furent plus tard, vers 1620, l'occasion de son exil. « Il avait « écht à Jacques P% dans la vaine espérance de le « pousser à quelque acte de yigueur dans la dé- « fense du Palatinat, et dans sa lettre il avait parlé « comme si l'Europe protestante voyait en ce prince « son chef suprême. Soit accident, soit trahison, cette a lettre tomba au pouvoir de la cour de France et «t parut si criminelle que, si Du Moulin n'eût été
nBRRB W MOULIN.
« averti à temps^ il l'aurait payée de sa vie. 11 prit la « fuite, au moment où l'ordre de son arrestation était c( déjà rendu (1). » Il se réfugia auprès du duc de Bouillon (â), à Sedan, où il professa la théologie, sans abandonner la prédication. Il y mourut, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.
Du Moulin a composé plus de soixante-quinze ou* vrages, la plupart de controverse et de circonstance. La position de l'Église réformée exigeait beaucoup de ses ministres. Jusqu'à la prise de La Rochelle en 1628, elle avait été forcément un parti politique, et^ malgré ses t^dances intérieures qui la poussaient vers la démocratie, elle était, à cerfains égards, ans* tocratique. La démocratie était dans sa constitution, dans son calvinisme, raristocratie dans ses circonstances. Elle avait eu j«squ* alors des chefs empruntés la plupart à la caste ieodale, pour qui la Réforme était le dernier refîige de la féodalité. Depuis la prise de La Rochelle, TÉglfse réformée n'est plus qu'un parti religieux, quoique Thabitude lui soit restée de se rattacher aux grands noms et aux personnages considérables. Elle se montre, d'ailleurs, éminemment loyale et française, attachée par patriotisme au gouvernement du roî. Depuis cette époque, les ministres sont plus ostensiblement SCS chefs. Ils avaient eu d^à auparavant de Tinflu^e; mais leurs attribu-
(O&IEDLRY, History of the refonmed rtlujion in France^ tome Ul, page I7S.
(9) Le duc do Bouilloo élail le père de Tureuoe. Du Moulin dédie à ce denuer la septième décade de ses sermoat et, dans son épttre dédMealobe, le met en garde «OBlf» les iMnelioïKqai 4entoet,fiiigt ans plus lard, anwner «m aliKinliaii.
flKRaB DU KOULIM. il
lions s'étendent, et ils font eux-mêmes désormais ce qu'auraient fait autrefois leurs patrons. Ils ne sont pas sealement pasteurs» mais hommes d*État de la reUgiùii, Les affaires partagent leur temps avec la théologie, et ieur théologie est encore de Taetion, étant presque toute polémique. La polémique envahit, pénètre leurs sermons. 11 ne s agit pas purement d'édifier, mais de combattre. On peut rappeler ici Néhémie IV, 17 : ^ Ceux qui bâtissaient la mu- « raille et ceux qui chargeaient les portefaix, tra-
vaUlaient d'une main et de l'autre tenaient Fépée. » A ne considérer que la masse et l'intensité du travail, c'étaient des héros.
Néanmoins, la préeipittflioa du tra'v^il se &it peu sentir dans ces ouvrages, qui, bien qu'oubliés pour la plupart, ont été pour l'Église de ce temps de paissants boulevarts. Leur crédit fut de longue durée. Plus de soixante ans après la publication du livre de . Du Moulin sur la Vœaiùm des pastwrs^ FéneloA le jugeait digne d'une réfutation en forme. Ce livre est plein de force et de verve. L'Église catholique regarda longtemps INi Moulin comme son adversaire le plus redoutable, et l'Église réformée lui aurait dû sans doute un grand accroissement s'il avait converti tous ceux qu'il avait convaincus. Racan nous a naïvement révélé la raison de ce peu de succès dans cette épigramme, où sans doute il exprime la secrète pensée d'un très grand nombre de catholiques :
Bien que Do MonHa, dans son livre, SemMe n'a? oir riea igooré.
la PIBRIII mj «OQUR.
Le ineilli^ui est toujours de suivre Le prône de notre curé, etc.
Cest à Sedan que Du Moulin a publié successîyement ses dix décades de sermous. La dixième a paru cinq ans avant sa mort. Chacun de ces recueils est précédé d'une dédicace, suivant Tusage du temps et Tesprit de la lielorme, qui, dès sou origine, s est attachée aux princes et aux personnages haut-placés, dont elle regardait l'appui comme une protection providentielle. Ces dédicaces n'épargnent pas les louanges ; mais Du Moulin y mêle parfois de bonnes et vertes leçons.
Une des plus remarquables est celle de la huitième décade, adrenée à ses trois fils, Pierre, Louis et Cyrus, dont deux étaient ministres de i Évangile. C'est moins une dédicace qu'un testament moral, un adieu^ que Du Moulin, agc de plus do (jualre- vingts ans et sortant d'une maladie très grave, pouvait bien croire le dernier. Il vécut pourtant encore neuf ans. Cette pièce est fort belle. Eu voici quelques extraits ;
« IMeu m*a visité depuis peu d'une maladie extrême « et désespérée selon le jugement des hommes. J'ai « cru qu'en brief vous n'aunez plus de père en la « terre. En cette extrémité j'étais plein de joie et de « fiance en la promesse de Dieu. Ce néanmoins ce a m'était un regret de mourir sans vous voir et vous « donner en présence ma bénédiction. Mais mon « heure n'était point encore venue. Dieu m'a relevé, « contre toute apparence, et m'a rendu la vie, en « sorte toutefois que mon corps, affaibli par la gran*
PIERRE DU MOUUN. 13
< deur du mal, me fait espérer que bientôt Dieu me
a délivrera. C'est pourquoi, pendant qu'il me reste « encore quelque reste de vigueur » j'ai cru être de « mon devoir de vous faire mes dernières exhorta- « tions, aiin de parler encore à vous après ma mort.
«c Vous êtes enfants d'une mère qui a été un rare « exemple de piété, de zèle et de charité envers le « pauvre. £lle vivait comme il faut mourir.
«c ... Pour dormir doucement , il n'y a point
d oreiller plus doux que de remettre ses soucis « et ses craintes sur la providence de Dieu, en « disant : Dieu y pourvoinri li veille pour nous « pendant que nous dormons. Il nous couvre de « sa main. Lui gict n'a ponu épa/rgfné Bon propre a Filé y fnaiê Va livré à la imri pour notts tms^ eom- « ment ne nous élargirait-il aussi toutes choses avec c Un?.,. Dieu aime une probité gaie, une joie non a insolente, une simplicité prudente, une piété « franche et sans feintise^ qui ne tâche point de ff complaire aux hommes, mais tâche de plaire à a Dien, par laquelle un homme est bon en dedans a et en dehors, comme une étoffe à deux endroits.
c ...Pensez souvent à la mort, de peur qu'elle « ne vous surprenne, et afin que, quand elle ' «r viendra, elle vous trouve préparés. En bien vi*- «f vant, vous apprendrez à bien mourir. Vous quita terez volontiers cette terre, si vous en avez ff quitté Tamour avant la mort; à Texemple d'Élie, « vous lais^ei ez avec joie tomber à terre cet habit, a pour monter à Dieu.
i4 PIBARS DU UOL'LiN.
« Ed attcachnt cette denûère faeare^ travaillée
« et vous occupez avec Méiité et diligeuce à la vo- « catioD à laquelle Dieu vous a appelés. itacAe- «c tez le temps , car hi jmr$ mmi eewtë et mawoah. a N'y ayant lien plus cher que le temps, il D*y a s rien dont les hommes soient plus prodigues. Us u reculent et retardent leur amendement, estimant « qu il y a assez de temps de resto pour y penser; « comme s*ils disaient à Dieu : Tu nous presses « trop; il n est pas encore temps de penser à ton % service.
« Or, pouTce que tcws Aies déjà avancés en âge, et « êtes pères ûe plubieurs eufants, vous devez con- < dutre vos ftanilles arm piété el prudence, vous « donnant garde de faire ou dire devant vos enfants « chose en laquelle Dieu soit oliéoâé. Sans doute « ils se formeraient sur votre exemfde. Il n'y a « rien qui b iiiiprime si avant ès esprits tendres « que ce qu'ils ont ouï et vu en leurs pères et ff mères. Faut que ces enseignements entrent les « premiers qui doivent demeurer les derniers... « Plusieurs forment la contenance de leurs enfants, « sans former leur conscience à la piété et vertu ; « plusieui's travaillent à amasser des biens à leurs A en&iits, mais ne leur enseignent pas à se servir ff de ces biens comme il faut et à les perdre volon- « tiers pour la cause de Dieu.
c Surtout est nécessaire d'imprimer ès esprits de a vos enfants la liaiiie du mensonge; car le men- « songe sert de couverture à tous les autres vices.
nSRRB DU aOlILIH* 15
« L'Apôtre, disant î DéptmiUex le mensonge (^i), parle « du mensonge comme d'un manteau. Celui qui cr s'astreîiit à ne mentir jamais s'abstiendra de toutes
« actions qu il laudrait couviir en mentant...
« Faut aussi tâcher de rabattre l'orgueil de vos « enianls; car de tous les vices l'orgueil est le plus « naturel, et où Tbomme a une plus forte inclina- € fkm.». Faut emptdier vos enlsints d'être oisifs; « car par l'otsiveté les esprits s'engourdissent et le « corps se relâche d'une paralyse volontaire , et ce « mal va toujours en croissant. Les honuues oisife « deviennent pervers et insolents, comme chevaux m trop reposés qm deviennent iadomptabies. N'ayant K rien à faire chez eux, ils s'euqiuèreot des affaires « d'autrui et en médisent.
« Faut aussi nourrir vos eufonts sobrement, ils en
« seront plus vigoureux et propres au travail. S ils € t(Hnbeut en pauvreté, ils seront accoutumés â se c passer à peu.
a Faites qu'en vos familles la lecture de l'Écri- « fuie S4HC ordinaire, que les louanges de Dieu y « retentissent, que la prière y soit comme le parte fum du soir et du matin... Bref, il faut que vos < fnnlles soient des petites ^ises, et vos maisons c comme petits temples, où Dieu soit soigneusement 41 servi...
« Biais pourœ que de vous trois il y en a deux « que Dieu a honorés du sami ministère de l'Évan-
(0 Venion moderne : iUnonçant au memong*, (Ëphés. IV,
46 PIBRRE DU MOUUN.
« gile, j ai aussi partîculièremeiit des conseils sur
a ce sujet à vous donner.
a Vous savez que la pauvreté et le mépris et la « haine des adversaires sdnt atiacbés à cette voca^ a tioD. Vous digérerez aisément toute cette amerct tume par la considération de l'honneur que IMeu « vous fait de vous employer à une œuvre si sainte 4 et si salutaire, à laquelle rien n'est comparable en et la terre ) et que le Fils de Dieu même a exercée. « Si vous n*étes soutenus de cette sainte gloire, votre « vie vous sera déplaisante , et serez les plus misé* « rables d* entre les hommes.
« Par une sérieuse et soigneuse étude, tâchez a d'acquéril* le savoir qui vous est nécessaire. Pour c rintelUgenee des saintes Écritures, la connaisa sance de la langue hébraïque est fort utile. L'A- «c pôtre veut que Tévêque ne soit point nouvel « apprenti, de peur quMl ne soit exposé au mépris a et à la médisance des adversaires. Ce saint apùtre a avait une science infuse et acquise sans étudier, <K laquelle toutefois il tâchait d'augmenter par Té" « tude, car il avait des livres et des parche- « mins. (2 ïim. lY, 13.) Timothée avait reçu des « dons extraordinaires par l'imposition des mains de a saint Paul (2 Tim. 1, 6); ce néanmoins ce même (K apôtre lui dit : Sois aUeniif à la lecture*. (1 Tim. lY, « 13.) Les dons de Dieu ne doivent pas être cause c de négligence. Nous sommes en un temps auquel 4c un grand savoir est requis, et auquel les adver* « saires ne nous laissent point sans exercice. Dieu
f mum DO Moiom. 17
« *ne so mi pim d'une mâchoire d âne pour vaincre « les adversaires.
«'Je ne lais pas consister te Traî savoir à élaborer '« «t embellir son langage de beaucoup d'ornements. « La Biiiiplicité est plus persuasive et a plus d'effi- « caoe. Les paroles qm ont plus de lustre et dïciat er ont ordinairement moins de solidité. La vraie élo- « quence m paroles 8'an>rend do celui qui est la •t Parole même, à savoir du Ris de Dieu, qui a * parlé en toute simplicité. Un père aurait mauvaise
grâce qui exhorterait et tancerait ses enfants en t termes figurés et avec fleurs de rhétorique. Or «f nous devons parler au peuple que nous inslrui- « sons comme un père parle à ses enfants, et être « touchés envers lui d'une affection paternelle. Vous « devez avoir pour but, non pas de vous faire admi- « rer, mais de sauver les âmes qui vous sont com- « mises et former les cœurs à l'obéissance de Dieu.
« Notre devoir est, non pas de chatouiller les « oreilles, iftts de poindre les cooscienoes, ce que H VOUS ferez si à une saine doctrine et conforme aux « saintes Écritures, vous ajoutez des vives exhortait tions et répréhensions, lesquelles sont la pointe « da cette épée de 1 Esprit, qui est la Parole de « Dieu. Celui qui enseigne sans exhorter et tancer * « les vicieux rend ses auditeurs plus savants , mais « ne les rend pas meilleurs. 11 les apprend à parier « et non pas à bien vivre* Il ressemble à un qui « verse de Thuile en une lampe, mais ne Tallume « p^s, et à la lune qui éclaire sans éciiaufler.
niARB PU MOUUM.
« Mais en vain parlons-nous, et nos exhortations a sont sans fruit» si notre vie et nos actions ne s'aoff cordent avec nos enseignements. Jamais le peuple a ne croira que nous parlons à bon escient, si nous « lui montrons un chemin et en prenons un autre.
a Ne vous mêlez point des affaires d'État. Dieu ne « vous a point appelés à cela. Votre vocation dec mande un homme tout entier... Travaillez à votre « vocation sans bruit, remettant les événciucnts sur c la providence de Dieu» le suppliant que parmi les « confusions civiles, son Église soit conservée et son « pur service mamteuu. Si vous faisiez autrement, « vous nuiriez à vous-mêmes et à vos amis et ne « profiteriez à personne.
« Ce sont là, mes chers enfants» les choses que « je demande à Dieu pour vous» toutes et quantes « fois que par mes prières je fais de vous une of- « fraude à Dieu» lui disant avec Ésaïe : Me voici el « les enfants que in m'a$ donnés. Et crois que Dieu a m'a exaucé en mes demandes; car, autant que je « puis connaître» nul de vous ne s*est abandonné « aux vices, nul de vous n*a tant soit peu varié en a la profession de la vraie religion; et Dieu vous «t ayant épars et écartés en divers lieux, vous «^a* « vez laissé de vous entr'aimer. L'éloii;iKinent n'a « point relâché les liens de votre union fraternelle » « ce qui me fait espérer que Dieu continuera envers a VOUS le cours de ses grâces et qu'après mon décès « vous serez des exemples de son soin paternel. « Au reste, ue pensez pas qu'en vous laisaal ces
m exhortations je me propose pour exemple; car je « me coiiiesse être fort éloigné des perfections que « je requiers eu vous; mais il vaut mieux nous con- •r damner nous-mêmes en proposant des règles aux- « quelles nous ne pouvons atteindre, que de nous «c flatter en diminuant notre tâche, et dissimuler ou « rogner quelque chose des devoirs que Dieu rec quiert de nous..
«t Je^sais aussi que vous n'ignorez rien des choses « que je vous ai proposées, et que vous pouvez apc prendre d'ailleurs choses pareilles ou meilleures; « mais Tamoiir que je vous porte m'a dicté ces « choses : en cela j'ai satîsiàit à ralfection pater- « nelie plus qu*à voire besoin et nécessité. Joint « que nous goûtons uvec plus de plaisir les fruits « cueillis en notre jardin que ceux qu'on nous a m apportés d'ailleurs.
m Vous recevrez donc avec gré ce présent, qui ff vous est fait par votre père, qui vous aime cor- « dialement, pource (\ue vous ôles ses enfants, mais « beaucoup plus pource que vous êtes enfants de « Dieu; et qui, étant rassasié de jours, étant entré tt en l'an octante-deuxième de sa vie, n'a plus rien c à faire en ce monde qu*à penser à en sortir, et à m mourir en la grâce de Dieu. C'est à quoi j'aspire « de tout mon cœur. Après que Dieu nous aura sé- € parés, il nous rassemblera et nous mettra au lieu « où les liens charnels ne seront plus et les aiïections < paternelles et Maies seront éteintes et englouties « par la force et ardeur de Tamour de Dieu, qui
80 FinU DU «OtfLIR*
m nsaasieia taas nos ^911» et exohira toutes nos
« craintes , et nous remplira de iutnière par l'irraa diaUûii de sa face. £q atteadaut ce temos, Dieu « TOUS couvricft de Toaibre de ses ailes, tous adre»» « sera par son Esprit et par sa providence, et vous K ayaut délivrés de toute mauvaise œuvre, vous « sauvera eu son royaume céleste. A lui soit louango a et gloire ôs siècles des siècles! »
il est impossible de m pas remaïquer qijp cette sagesse, si viTeineiit empreinte de christianisme, est m môme temps humaine, plus humaine que celle qu'on nous prêche aujourd'hui au nom du chnsliaoîsme le plus pur. Il s'y mêle ce qu'on pourrait appeler de la philosophie pratique, une sorte de stoïcisme nattkrel , sanctifié par la piété. Ce n'est pas du tout le puritanisme. Ces héros diréttens saTaient vivre comme ils savaient mourir.
Le grand controversiste Du Moulin se montre dans ses sermons tout autre qu'on ne s'y attendait. 11 y apporte peu de la poussière de l'école. Cepeudaut la confTOTerse n'y manque pas; elle remplit même quelquefois des sermons entiers il); mais elle n'y vient guère que sous la Ibrme de conclusions antioatiioliques des doctrines précédemment exposées : « Telle chose est ainsi enseignée dans l'Écriture, « ou se déduit de l'Écriture; donc... » Ou bien ; V L'Écritare enseigne telle chose , or voici ce que
(1) Par cTctnpte, In sixième de la deuxième décade, sur ce Icxtc : JTous serez bi nheureux quand on vous aura injuriés et j^erstculcs. Du MouUa en dit SOD point de départ pour réfuter les calomnies des caliioli(|ues.
« font ceux de Rome;... elle ordonne telle chose, or « Toiei oomme ils lui obéissent.. »
Citoiis m exemple de cette controverse, tiré du cinquième sermon da la deuxième décade :
a Ceci Dous donae occasioD de tous dire quelque « chose touchant la façon d'ensuivre l'exemple de « Dieu qui se pratif^ue en l'Église romaine. Fous « imiter Dieu, qui a créé Thomme, les prêtres, par « cinq paroles proiioiieces tout bas, sous une oublie « ronde prétendent créer Dieu^ et les docteurs disent « que le prêtre crée son Créateur (1). Dieu a Êitl « r homme à buii image et semblance. Pour imiter « Dieu et lui rendre la pareille, les homioes font « Dieu à rimage et semblance de Thomme , pei* a gnant Dieu le Père en vieillard habillé en pape, • tellement que Dieu devient imitateur du papoi c puisqu'il emprunte son habit. »
Cette controverse est toi\jours animée, édifiante; elle n'est jamais aride. Du reste, Du Moulin tend coimtaroment à rinstructioa positive et à Tédifica» tion, et y arrive par le plus court chemin.
Ses sennons n'affcclent point la forme qui a été usitée dc[)uis. Il ne proche pas, il parle. Ses plans sont pas savants, mais très simples et peu variés. Il ne cherche pas Tart de multiplier ou d'étendre la matière par une analyse subtile : iiu entretien sérieux, mais familier, d'un père avec son fila ne serait pas autrenenl ofdoimé.
(t) Du Moiiliii renvoie ici àGalirid Blél, pttaSèn et qualHèiM ieçoni nir te cam dt la mm* {ÉHimm)
tIBMB Wt MOULIH.
Voici l'analyse d'un de ses sermons, le cinquième de la deuxième décade , sur ce texte : Soyez sainlê^ tar je 9m$ saini. (1 Pierre^ I, 16.)
Il entre en matière par cette idée : Dieu <^tant parfait y c'est une chose excellente que de lui ressembler; mais on ne peut lui ressembler qu'en l'imitant, et c'est à quoi nous exhorte l'Apôtre en ce passage, qui se trouye aussi plusieurs fois au livre du Lévitiquc. Du Moulin, à son sujet, parlera de deux choses :
. I. De la sainteté de Dieu.