LEON MEUNIER
Léon Meunier, le rédacteur en chef du Courrier des Etats-Unis depuis 1870 jusqu’à la fin de l’année 1882. Venu en Amérique en 1855, il s’occupait tout d’abord d’affaires commerciales, mais l’éducation supérieure qu’il avait reçue le guida vers une carrière dans laquelle il pourrait mettre à profit ses capacités intellectuelles. 11 entra au Courrier des Etats-Unis en 1863, et son esprit d'initiative, son talent d’écrivain lui valurent bientôt d’être nommé rédacteur en chef. M. Meunier s’entoura d'hommes de valeur qui l’aidèrent dans sa tâche et avec leur collaboration il réussit à donner au Courrier une nouvelle vitalité. M. Meunier quitta la direction du Courrier en 1882 pour retourner en France, mais il n’abandonna pas tout à fait le journal auquel il avait consacré les meilleures années de sa vie. Pendant de
longues années encore, il continua à envoyer de Paris des correspondances et des dépêches qui furent le principal attrait du journal.
H.-P. SAMPERS.
L'histoire du Courrier des Etats-Unis ne pourrait s’écrire sans une biographie très complète de M. Henry-P. Sampers, de notre directeur qui hier encore était parmi nous et dont nous pleurons tous la perte. Mais aucune biographie écrite par nous ne pourrait égaler l’article que publia notre rédacteur en chef, M. F. de Tranaltes, dans le Courrier du 2 mai 1908. M. de Tranaltes occupa pendant vingt-six années au côté de M. H.-P. Sampers, le poste de rédacteur en chef qu’il occupe encore aujourd’hui; il fut sa main droite, son conseil et son aide le plus précieux dans tous ses efforts. Laissons-lui donc la plume:
H.-P. SAMPERS.
Nous avons aujourd’hui, une triste tâche à remplir: celle d’annoncer la mort du principal propriétaire du Courrier des Etats-Unis, Henry-P. Sampers, qui a succombé aux suites d’une dangereuse opération.
Bien qu’il fut dans sa soixante-dixième année—il était né le 5 janvier 1839—M. Sampers ne paraissait pas son âge; on pouvait croire qu'il avait encore de longues années à vivre, lorsqu'on le voyait toujours actif, toujours assidu au travail. Il n’y a pas quinze jours qu’il donnait encore son attention aux affaires du journal. Aussi, sa mort a-t-elle surpris tous ses amis; mais il est des affections orgariques qui ne pardonnent pas et devant lesquelles les plus habiles praticiens restent impuissants.
C'est, on le comprend, avec une douloureuse émotion que le personnel du journal a appris la mort de l’homme en qui se personnifiait, en quelque sorte, depuis de longues années, le Courrier des Etats- Unis. Il y a quarante-sept ans, en effet, que M. Sampers faisait ses débuts dans l'administration du journal; il y a trente ans qu'il en était un des propriétaires.
Il faut l'avoir connu personnellement, il faut l’avoir vu à l’œuvre pour se rendre compte de son infatigable activité, de son amour du travail, du soin minutieux qu’il apportait à l’exécution de la tâche quotidienne qu’impose l’administration d’un journal. Il ne s’intéressait en réalité, qu’à une seule chose, et cette chose était le Courrier des Etats-Unis, son unique préoccupation de tous les jours et de tous les instants était de rendre le journal indispensable à tous les Français, d’en faire l’organe par excellence de la pensée française en Amérique.
Celui qui écrit ces lignes a pu apprécier, depuis 1882, combien était vif, combien était sincère, l'intérêt que prenait M. Sampers aux affaires françaises, avec quelle satisfaction il enregistrait les succès de la
Charles Lasalle
H-P. Sampers
Régis de Trobriand
Léon Meunier
SE Re DR EE D
Supplément 365
France, partout où le drapeau était engagé, avec quelle joie il voyait grandir le prestige du nom français dans les deux mondes.
Sa grande assiduité au travail l’'empêchait de se mêler personnellement ce la direction des intérêts français en Amérique; mais il était toujours prêt à les servir en leur ouvrant les colonnes du journal. Faut-il rappeler les souscriptions publiques dont le Courrier prit l'initiative, quand il y eut lieu de secourir les victimes de la guerre de 1870-71, puis les inondés du Midi, les victimes du choléra à Marseille, les pêcheurs de Terre-Neuve? Grâce à la grande publicité du Cour rier, non seulement dans l’Amérique centrale et dans l'Amérique du sud, chacune de ces souscriptions fut des plus productives, comme chacun sait.
Quand on habite les Etats-Unis, il est impossible de ne pas donner une attention suivie aux affaires du pays. M. Sampers désirait que le Courrier renseignât les lecteurs de langue française aussi fidèlement que possible sur les questions américaines; il souhaitait aussi que ces questions fussent toujours traitées dans un esprit amical et bienveillant pour le pays qui nous donne l'hospitalité. Le Courrier, disait-il volontiers, doit être en quelque sorte le trait d’union entre les Français et les Américains; il doit rapprocher davantage encore ceux qu’unissent des sympathies séculaires et les plus beaux souvenirs historiques, en faisant mieux connaître la France aux Américains et l'Amérique aux Français.
Les Français ne participent pas d'ordinaire d’une façon très active aux affaires politiques des Etats-Unis, mais ils appartiennent pour la plupart, quand ils sont naturalisés, au parti démocrate. Peutêtre n’a-t-on pas oublié qu’à l’appel du Courrier, ils contribuèrent, pour leur petite part, à l'élection du président Cleveland, en 1884 et en 1892. M. Sampers considérait avec raison ces deux campagnes électorales comme fort honorables pour son journal; elles l’étaient aussi pour lui-même.
Tel fut l’homme, tel fut l’ami que nous venons de perdre. Toujours simple et modeste, s’il pouvait lire les lignes qui précèdent, ils nous dirait sans doute de moins parler de sa personne et davantage de son œuvre. Mais l’une et l’autre sont inséparables. Le nom de Henry-P. Sampers restera dans l’histoire du journalisme franco-américain comme celui de l’homme qui a le plus fait pour assurer au
Courrier la place qu’il occupe aujourd’hui dans la presse des Etats- Unis.
REGIS DE TROBRIAND.
Il nous serait impossible de faire entrer dans le cadre de cet article les noms de tous les écrivains de talent qui contribuèrent à faire du Courrier des Etats-Unis le journal de premier ordre qu’il fut toujours.
366 Ilistoire de la Presse Franco-Américaine
Entre tous ces noms, nous devons toutefois en citer un qui se détache, au milieu de tous les autres, dans un relief saisissant.
Nous avons nommé Régis de Trobriand, qui fut un des principaux collaborateurs de Gaillardet. Dès 1847, nous trouvons dans le Courrier de spirituelles chroniques dramatiques et musicales signées R.-T. Puis, l’auteur de ces articles rentre en France, et ce n’est qu'en 1854 qu’il reprend sa collaboration au journal. Ses “Feuilletons du Lundi,” qui étaient lus avec autant d'intérêt par le public américain que par le public français, parurent régulièrement depuis décembre 1854 jusqu’au milieu de 1861.
Notons en passant que plusieurs de ces chroniques—en 1855— rendent compte des représentations de Rachel à New-York, et n’oublions pas de mentionner que, lors de sa dernière apparition devant le public new-yorkais, la grande tragédienne récita une ode “Rachel à l'Amérique,” œuvre de Régis de Trobriand, que traduisit plus tard en anglais l'écrivain américain Bayard Taylor.
Quelques années s’écoulent, et la carrière littéraire de Trobriand est brusquement interrompue.
La guerre civile américaine venait d'éclater. Le rédacteur du Courrier des Etats-Unis allait déposer la plume pour prendre l'épée.
Les officiers des Gardes Lafayette (55e régiment de la garde nationale de New-York,) à la veille d'offrir leurs services au gouvernement de Washington, devaient élire leur colonel: le choix se porta sur Régis de Trobriand. Cette élection eut lieu le 21 juillet 1861, le jour même de la défaite de l’armée du Nord à Bull Run.
On sait que la guerre civile américaine dura quatre ans. Envoyé avec son régiment à l’armée du Potomac, Trobriand fit toutes les campagnes successives de Virginie sous les ordres des généraux MacClellan, Burnside, Hooker, Meade et Grant. Il se signala par sa bravoure et son sang-froid, notamment à la sanglante bataille de Fair Oaks. En 1864, il était nommé brigadier-général et l’année suivante major-général de volontaires. C'est assez dire combien ses services étaient appréciés.
Après la guerre, tous les volontaires, officiers et soldats, furent licenciés, comme on sait. Le général Grant, qui se connaissait en hommes, fit nommer Trobriand colonel dans l’armée régulière, et l’année suivante, brigadier-général par brevet.
Pendant près de quatorze ans, l’ancien journaliste devenu officier général servit les Etats-Unis avec le même zèle, la même intelligence et la même fidélité qu’il avait montrés aux heures sombres de la guerre de Sécession. Et quand il prit sa retraite en mars 1870, il emportait l'estime de ses chefs et l'affection de ses subordonnés.
Régis de Trobriand, qu’ est mort en 1897. à l’âge de 8r ans, appartenait à une ancienne famille noble de Bretagne. Il a laissé deux filles, Mme Charles-A. Post et la comtesse de Rodellec.
Supplément 367
Voici la notice par laquelle la direction annonçait le mercredi 11 juin 1847 l'apparition du premier Courrier quotidien:
Le numéro qui a paru hier mardi, 10 juin, a été tout à la fois le numéro régulier de l’édition publiée trois fois par semaine, et le premier de l'édition quotidienne. Le Courrier des Etats-Unis paraîtra donc désormais tous les jours, tantôt avec une feuille simple, tantôt avec une feuille double, suivant les exigences des nouvelles et des annonces.
L'édition quotidienne du Courrier des Etats-Unis renfermera toutes les dépêches télégraphiques importantes publiées par les journaux américains, ainsi que les nouvelles de ville de quelque valeur.
Le Courrier eut des confrères malheureux au cours de sa longue existence. L'Indicateur eut une courte carrière, le Messager Franco- Américain a vécu près de vingt-cinq années. Une note qui parut à la première page du Courrier des Etats-Unis du samedi 7 mars 1840, offre aux souscripteurs de L’Indicateur qui ont payé d'avance de leur servir le Courrier gratuitement jusqu'à échéance. Plus tard, M. Henry-P. Sampers eut la même attitude généreuse vis-à-vis du Messager Franco-Américain. Voici la note du Courrier du 7 mars 1840:
Un journal français qui s'était élevé à côté du Courrier des Etats-Unis en novembre dernier, L’Indicateur, vient de cesser de paraître. La bienveillance dont les populations françaises de l’Amérique ont entouré le Courrier des Etats-Unis dans ces derniers temps, et son succès qui dépasse toutes les espérances ont été fatales à l’existence de notre cenfrère. Désirant réparer, à son égard, les torts de notre bonne fortune et pratiquer envers un compatriote les devoirs d’une fraternité que notre succès même nous rendait plus sacrés, nous nous sommes chargés de remplir les engagements de L’Indicateur et nous avons promis de servir, sans aucune rétribution, ceux de ses souscripteurs qui ont payé d'avance le prix de leur abonnement entre ses mains.
Mais les temps ne sont plus les mêmes. Tout puissant que soit le
Courrier il faut croire qu’il y a aujourd’hui place à une concurrence honnête dans le domaine du journalisme français à New-York, car vers la fin de l’année 1909 il surgissait un nouveau journal quotidien appelé le Progrès. C’est un journal excessivement bien fait et qui certes peut soutenir avantageusement la comparaison avec le Courrier. Le Progrès a cessé de paraître après six mois d’existence.
Une chose qui distingue les journaux français de New-York des journaux canadiens-français du Canada et des Etats-Unis est ie prix de leur abonnement. Le Courrier des Etats-Unis, édition quoti-
dienne, coûte $12.60 par année, et le Progrès $8.00. Le prix général des journaux quotidiens canadiens-français du Canada et des Etats- Unis est de $3. Le prix de l'édition hebdomadaire du Courrier est aussi élevé en proportion, $5.20 par année. Son édition du dimanche seule coûte $2.50 par année. On conviendra sans difficulté que de semblables prix pour des journaux ne les mettent pas précisément à la portée des masses populaires.