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CHAPITRE NEUVIEME

Le “Public Canadien” et J.-B.-A. Paradis—Les autres journaux du New-York

ES articles patriotiques de M. Edouard-N. Lacroix, à

Détroit, avaient réveillé le sentiment national non seulement parmi les Canadiens de l'Ouest, mais l’écho s’en était répercuté jusque sur les bords de l’Atlantique. Des cœurs généreux allaient mettre à exécution dans l’Est l’œuvre inaugurée par M. Lacroix dans l'Etat du Michigan.

Le premier journal qui battit la marche, à partir de 1867, dans l'Est, et qui préluda à tant d’autres entrés par la suite dans la carrière, fut le Public Canadien à New-York. Mais avant de faire l’historique de ce journal, il convient de jeter un coup d’œæil sur la situation des Canadiens émigrés à l’époque de la fondation du Public Canadien et les quelques années précédentes.

En 1860, la population canadienne dans les Etats de l’Est n’était pas assez considérable pour que l’on pût entreprendre la fondation de paroisses distinctes. Cependant le nombre de ceux qui abandonnaient les terres fertiles et l’air vivifiant des campagnes du Bas- Canada pour venir s’enfermer dans les manufactures de la Nouvelle- Angleterre augmentait chaque année.

La guerre de Sécession commença en 1861. Des milliers d’ouvriers de fabriques, d'agriculteurs et autres quittèrent leurs occupations pour s’enrôler dans les rangs des soldats du Nord. L’augmentation marquée dans les salaires des ouvriers de toute sorte, occasionnée par ce déplacement qui avait rendu la main-d'œuvre d’une extrême rareté, fut un appât des plus aliéchants pour engager les Canadiens à émigrer aux Etats-Unis, malgré la guerre civile qui battait alors son plein, mais dont n'avaient pas trop à souffrir les Etats de la Nouvelle-

ete À er

Dr Omer Larue

J.-0.-D. de Bondy

Paradis

Joseph-Henri Guillet

Georges Lemay

Le “Public Canadien” et J.-B.-A. Paradis 43

Angleterre. Le mouvement de l’émigration en reçut un nouvel élan. Celle-ci prit de telles proportions que le clergé et la presse du Canada s’alarmèrent et tentèrent, mais en vain, de l’enrayer. Les trains des chemins de fer étaient souvent bondés de Canadiens-français qui venaient offrir leurs bras pour remplacer ceux qui avaient pris les armes.

Lorsque la paix fut conclue en 1865, nos compatriotes avaient déjà supplanté des milliers d'ouvriers d’autres nationalités dans la Nouvelle-Angleterre et l'Etat de New-York. Le temps était arrivé de songer à leur avenir. Les prêtres canadiens étaient alors à peu près inconnus, malgré que les groupes canadiens fussent dès lors nombreux ici et là. De fait, à la conclusion de la guerre civile il n'existait que deux paroisses canadiennes dans toute la Nouvelle- Angleterre, et elles étaient toutes deux dans le Vermont. Ces deux premières paroisses de notre élément aux Etats-Unis étaient, l’une à Burlington, fondée en 1850 par M. l'abbé Joseph Quévillon, mort il y a quelques années à Pittsfield, Massachusetts, et l’autre à Swanton, établie en 1856 par M. l’abbé J. Cam, un missionnaire français.

La première convention canadienne aux Etats-Unis eut lieu à New-York en 1865, si l'on peut donner ce nom à une simple réunion convoquée par Georges Batchellor, Charles Moussette, le Dr Leprohon et le colonel François Boucher, tous de New-York. Un petit nombre d'invités avaient répondu à l'appel. À cette première réunion on avisa aux moyens à prendre pour aider à la fondation de sociétés et l’organisation de paroisses canadiennes. La discussion de ces importants projets, si nécessaires pour le maintien de la langue et des traditions françaises, mit en évidence le fait qu'un moyen puissant pour arriver aux fins désirées était un journal français, qui serait en quelque sorte le point de ralliement des Canadiens dans cette partie des Etats-Unis.

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