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L'UNION DES TRAVAILLEURS

L'Union des Travailleurs, organe d'émancipation ouvrière, est aussi l'organe des socialistes français des Etats-Unis. Il est publié tous les jeudis à Charleroi, en Pennsylvanie. C’est un journal à huit pages dont le rédacteur est Louis Goaziou. Il représente le socialisme le plus avancé; il incarne, de ce côté-ci de l'Atlantique, la lutte à outrance contre le capitalisme, et en fait d'extrémité dans les idées il peut donner des points aux pires publications du genre en Europe. Ce journal existe depuis dix ans et, comme on peut bien le penser, au cours de cette première décade de son existence, dans les questions de relations entre les patrons et les travailleurs qu'il a eu l’occasion de traiter, il s'est souvent écarté des célèbres et lumineuses encycliques de Léon XIII sur la question sociale. Il s’est aussi parfois montré hostile à l'Eglise catholique, ses ministres et ses institutions. C'est

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dire qu'avec de pareils principes L'Union des Travailleurs n'est pas ün journal qui peut être reçu par des catholiques.

On aura d’ailleurs une meilleure idée d=s principes et des ten- “ances de L'Union des Travailleurs par la biographie de son rédacteur, publiée dans ce journal, à la date du 9 juin 1910, et que nous reproduisons ci-après :

Le rédacteur de L'Union des Travailleurs est né à Scrignac, Finistère, le 22 mars 1864. Ses parents étaient des ouvriers sabotiers. Il vint aux Etats-Unis au mois de mars 1881, et commença immédiatement à travailler dans les mines de charbon, à Houtzdale, Pa. Au mois de mai 1885, il alla travailler à McDonald. Au mois de mai 1886, il retourna à Houtzdale, où il resta jusqu’au mois de mai 1888, partant alors à Hastings où il resta jusqu’au mois de novembre 1895 quand il vint à Charleroi, où il donna d’abord des leçons d'anglais et publia ensuite la Tribune Libre.

En 1898, il fut élu membre du bureau exécutif de l’Union des Mineurs du district de Pittsburg. Au commencement de l’année suivante il fut nommé organisateur national par Johr Mitchel. En 1901, dégouté de la corruption qui prédominait «ins l'administration de l’Union des Mineurs du district de Pittsburg, il donna sa démission de membre du bureau exécutif (après avoir été réélu par un vote la moitié plus élevé que celui des autres membres) ainsi que d'organisateur national et commença la publication de L'Union des Travailleurs.

Voici les principaux incidents de sa carrière de mineur: En 1882, il participa à sa première grève, à Houtzdale. Elle dura une couple de mois. Ne comprenait alors rien au mouvement ouvrier. En 1884, grève de deux mois. En 1886, à McDonald, commença à s'intéresser aux unions de métier, servit d'interprète à une réunion et perdit son travail, retourna à Houtzdale et resta 3 mois sans travail. Devint ici membre des Chevaliers du Travail et commença à participer aux conventions des mineurs. A Hastings, grève d’un mois en 1889: trois mois et demi en 1894; deux mois en 1895. A la suite de cette grève il ne put trouver de l'emploi dans la région, et déménagea à Charleroi. A Hastings, il occupa: le poste de checkweighman, de 1891 jusqu’au commencement de 1895. Il participa à toutes les conventions de mineurs du Centre de 1886 à 1895. Etait délégué à la Convention nationale de Columbus en 1894, quand fut décidée la première grève générale des mineurs et quelques mois plus tard à Cleveland, quand Pat McBryde et quelques autres s’arrangèrent pour la terminer au profit des patrons de l'Ohio, dont il devint ensuite le secrétaire.

Fut président de l’Association des mineurs de Hastings, Patton, Barnesbors, Spangler et Carroltown. Cette association fut la seule

qui survécut dans le Centre à la perte de la grève de 1894. En 1902. il participa pour la dernière fois comme délégué aux conventions de mineurs, à Pittsburg et à Indianapolis.

En 1900, il était devenu membre du parti socialiste et quand, l’année suivante il établit L'Union des Travailleurs, il en fit un organe socialiste. Depuis cette époque il a fait de nombreuses tournées de conférences aux Etats-Unis et même au Canada, parlant en anglais : en français, et ces tournées furent toujours entreprises dans l'intérêt du journal, soit pour augmenter la liste des abonnés, soit pour contribuer le salaire reçu en payement des dettes du journal. On ne saurait mieux se faire une idée des sacrifices faits, pour maintenir dans ce pays ce petit journal socialiste, que par l'incident suivant qui n'est pas le seul de ce genre. Durant la première année de l’organisation de la Société de Publication, le rédacteur qui donnait pourtant une bonne partie de son temps au journal ne recevait aucun salaire. Au commencement du printemps 1905, la situation financière du journal et du rédacteur était devenue intenable. Ce dernier aurait pu laisser tomber le journal et accepter une position lucrative. Mais il voulait par dessus tout sauver le journal. Il avait devant lui deux propositions, l’une du parti socialiste, offrant $3 par jour, frais d’hôtel et de voyage payés, pour une tournée de propagande aux Etats-Unis, l’autre de l’Union Internationale des Ouvriers Brasseurs, pour une tournée d'organisation au Canada, à $8 par jour et frais de chemn de fer payés.

Cette dernière proposition fut acceptée, et au bout de deux mois la vie du journal était de nouveau assurée pour quelque temps. Durant son absence de Charleroi, un jeune apprenti qui avait travaillé quelque temps à raison de $4 par semaine, avait été renvoyé. Et à son retour il fut dit au rédacteur que s’il pouvait se passer d’un apprenti on lui donnerait les $4 par semaine. Et le salaire de $8 par jour fut abandonné pour celui de $4 par semaine. Ce n’est que par une suite de faits de ce genre qu’il a été possible de maintenir pendant neuf ans, dans ce pays, un journal socialiste de langue française. Aussi quand le rédacteur de ce journal demande aux camarades de donner un coup de main, sa conscience est tranquille, car pour chaque sou contribué par les autres il a toujours contribué lui-même des dollars, soit en travail, soit en argent.

Au commencement de 1885, alors qu'il résidait à McDonald, le rédacteur de ce journal devint membre d'une section de l’Internationale, établie à Sturgeon. C'est alors qu'il commença à s'intéresser à la question sociale. Le Révolté de Paris fut le premier journal français qui lui tomba entre les mains aux Etats-Unis, et dès lors le jeune mineur qui comme tant d'autres émigrés descendait rapidement la pente d'une vie d’abrutissement, commença à réagir contre

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les mauvaises habitudes et s’enthousiasma peu à peu pour les belles idées d’émancipation qu'il trouvait dans les brochures et journaux anarchistes.

Et quelques années plus tard il publia Le Réveil des Mineurs, puis L'Ami des Ouvriers et enfin la Tribune Libre, qui furent des organes anarchistes. Mais son anarchiime ne fut jamais bien différent de son socialisme d'aujourd'hui si ce n'est sur la question de participation au mouvement politique. Il fut toujours opposé au vol et à l'assassinat qu'ils fussent pratiqués par des capitalistes ou des anarchistes, et fut continuellement critiqué par les partisans de la violence bête.

Quand plus tard, dans L'Union des Travailleurs, il se déclara en faveur de la participation au mouvement politique, il fut dénoncé et insulté de toutes façons par les anarchistes, surtout par les journaux italiens. Ceux qui furent les plus violents dans leur langage sont aujourd'hui dans le camp républicain défendant le régime capitaliste.

Son activité dans le mouvement socialiste et son existence à maintenir le droit de tenir des réunions publiques dans les rues lui valurent quelques démêlés avec la police.

Pour établir le droit de réunion à Monongahela il dut passer quelques heures en prison, mais il gagna la bataille contre les policiers de cette ville et depuis aucun orateur n'y a été tracassé.

Depuis un peu plus d’un an, le camarade Goaziou n'a plus donné de conférences publiques. Quand il revint du Kansas au commencement de 1909, le docteur lui fit comprendre qu'il devait cesser ce dur travail s’il tenait encore à vivre un peu. Il commence seulement à revenir à la santé malgré les longues heures de travail de bureau et espère continuer longtemps encore le travail d'éducation et d'organisation de la classe ouvrière en vue de son émancipation.

C'est dans ce but que L'Union des Travailleurs a été fondée et durant sa dixième année comme par le passé elle fera son possible pour hâter le jour où il y aura un peu plus de bien-être et de bonheur pour tous, hâter le jour où l’âpre lutte pour l'existence n'engendrera plus les haïines, discordes et jalousies qui rendent la vie si misérable pour tous.

Et si par nos humbles efforts nous arrivons à contribuer le moindrement à l'éclosion d'une ère meilleure nous nous serons largement récompensés.

En attendant nous avons toujours satisfaction du devoir accompli.

Ce récit serait incomplet si nous n'ajoutions quelques lignes à la mémoire de celle qui n'est plus, Clémence Goaziou, et ne faisions mention de H. Goaziou et de madame Goaziou. L'Union des Travailleurs leur doit son existence autant qu'au rédacteur. Pendant que celui-ci voyageait, à eux trois, ils composaient, imprimaient et expédiaient le journal. Sans leur concours le journal n'aurait jamais pu survivre aux difficultés des premières années. Aujourd'hui, H. Goa-

ziou a charge de l'imprimerie du journal et c'est lui qui fait les imprimés divers qu’on nous commande et pour l'exécution desquels nous recevons toujours des félicitations.

Bien entendu, en reproduisant ici cet écrit, ce n'est qu’à titre de

curiosité ou de renseignement, et nous n'avons nullement l'intention de susciter de l’admiration pour le “camarade” Louis Goaziou, dont le journal, tout en prêchant les doctrines socialistes, tape tant qu’il peut sur ce qu’il appelle le parti clérical, c'est-à-dire les catholiques, les curés et les évêques.

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