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Etats-Unis, à Southbridge, Massachusetts, après la American Optical Company. Etienne Girard, depuis plus de quarante ans, fabrique de la coutellerie à Southbridge.
Un nommé Plante fut un important manufacturier de chaussures. Il est maintenant retiré des affaires après avoir amassé une fortune de plusieurs millions.
Léon Dion, de Wilkesbarre, Pennsylvanie, est l'inventeur et le fabricant d’un appareil qui, tôt ou tard, sera adopté pour éclairer sous l'eau le passage des navires à l'entrée des ports en temps de brume.
Joseph Lacroix, de Fall-River, Massachusetts, est l'inventeur et manufacturier de la navette à double ressort. Il a organisé une com- Pagnie qui exploite son invention à New-Bedford.
Mais l'industriel et financier le plus marquant parmi les Francoaméricains et celui des nôtres dont le nom est le plus fameux dans la nation, est Aram-J, Pothier, depuis 1908 gouverneur du Rhode-Island. M. Pothier n’est pas seulement un politicien habile et avisé, il est aussi un industriel et homme d’affaires qui a prospéré avec un rare bonheur. Il a contribué à l'organisation de sept compagnies, dont il est le trésorier de cinq. Ces compagnies fonctionnent à un capital total de près de $4,000,000 et emploient environ 2500 personnes. Les compagnies fondées par M. Pothier, toutes à Woonsocket, sont les suivantes :
Lafayette Worsted Co.; Dussurmont Worsted Co.; Guerin Spinning Co.; Alsace Worsted Co.; Montrose Woolen Co.; Rosemont Dyeing Co.; French Worsted Co.
Woonsocket possède encore plusieurs autres établissements industriels administrés par des Canadiens-français, des Français ou des Belges. Mentionnons la London Spring Co., fondée par Alphonse Gaulin, Joseph Bouvier et autres, donnant de l'ouvrage à 250 employés; la Union Handkerchief Co.: directeurs, Jos. Roy, Philippe Boucher et Joseph Poirier; nombre d'employés, 75; la J. Hale Bobbin Co., fondée par Arthur Milot: la Paragon Worsted Co., organisée à Woonsocket, mais transportée par la suite à Providence en 1908. Le capital de cette dernière compagnie est de $700,000. Les directeurs en sont: Jos.-C. Mailloux, Fred-K. Dulude, Arthur Milot, Arthur Decelles, Pierre-L. Fleurant, Joseph-L. Fleurant. Nombre d'employés, 230.
Appendice 395
Dans le domaine des arts, quelques-uns des noms les plus fameux du Canada français, branche de la musique, ont brillé aussi d’un grand éclat aux Etats-Unis. Les trois plus célèbres furent Mme Albani (Emma Lajeunesse,) la grande cantatrice, et les pianistes Calixa Lavallée et Solomon Mazurette.
Mme Albani, comme on sait, est depuis plusieurs années retirée de la scène et demeure à Londres avec son mari, M. Gye. Les triomphes de sa jeunesse sont loin déjà, comme l'est sa jeunesse ellemême.
Il y a quelques années la grande cantatrice faisait une tournée d’adieu au Canada . A cette occasion les journaux reproduisaient un article de M. Paul de Cazes et publié dans le Monde de Paris en 1877. La grande diva obtenait à cette époque, au Théâtre des Italiens à Paris, des succès qui dans la suite ne firent que s’accentuer. Voici quelques passages de cet article relatif à l’enfance de la cantatrice et à son séjour aux Etats-Unis, au début de sa carrière artistique:
“Quoi qu'on ait pu dire, Mile Albani (Emma Lajeunesse) n'est pas née à Montréal, mais bien, en 1848, à quelques vingt kilomètres de cette ville, à Chambly, charmant petit village auprès duquel on visite encore les ruines d’un vieux fort qui fut un des derniers retranchements de la domination française au Canada. Ce n'est que vers l’âge de cinq ans qu'elle suivit ses parents à Montréal, où sa mère mourut quelques mois après, laissant trois orphelins, un petit garçon et deux petites filles.
“Notre héroïne était l’aînée de cette petite famille, dont elle devint plus tard le soutien. Son frère est aujourd’hui un pieux ecclésiastique, et sa sœur, qui ne la quitte jamais, est devenue une pianiste distinguée. Son père, professeur de musique et musicien de quelque valeur, semble avoir pressenti l’avenir brillant qui était réservé à la petite Emma. Il fut le premier maître de l'enfant, qui, à l’âge de dix ans, se faisait déjà remarquer par l’ampleur et la pureté remarquable de sa voix et la facilité avec laquelle elle déchiffrait et exécutait à première vue sur la harpe ou le piano, les partitions des grands maitres des écoles italienne, française et allemande. Si l’Albani n'était pas la cantatrice célèbre que tout Paris acclame aujourd’hui, elle serait comptée probablement parmi les pianistes les plus éminentes de notre époque.
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“A quinze ans, alors qu’elle était encore élève au pensionnat du Sacré-Cœur, à Montréal, Mlle Lajeunesse manifesta un jour à son père la détermination bien arrêtée d'entrer dans la vie religieuse. Mais elle revint plus tard sur cette décision, grâce aux conseils de la supérieure de la communauté, qui finit par la persuader que telle n’était pas sa vocation. Maintenant encore, au milieu de ce monde hétéroclite dans lequel elle vit depuis plusieurs années déjà, l’Albani n’a rien perdu de la piété fervente qui l’animait dans son jeune âge, ni de la modeste simplicité qui fait peut-être le plus grand charme de la sympathique artiste.
“Vers 1864, la famille Lajeunesse quittait Montréal et allait s’établir à Albany, capitale de l'Etat de New-York. Le père d'Emma pensait, avec raison, que tout en trouvant dans cette ville un champ plus vaste pour l'exercice de sa propre profession, il lui serait plus aisé aussi de donner un développement artistique à la future “diva.” Mgr Conroy, évêque de cette ville, se constitua bientôt le protecteur de la jeune cantatrice, qui fit partie des chœurs de la cathédrale. Les juvéniles accents de cette voix fraîche et mélodieuse attiraient dans l'enceinte de l'église métropolitaine une foule qui devenait chaque dimanche plus compacte. Tout le monde, catholiques et protestants, voulait entendre les harmonieux accords de celle que l’on n’appelait plus que la “petite fauvette canadienne.”
“L'évêque d’Albany comprit bientôt qu'il ne devait pas accaparer une pareille merveille musicale au profit exclusif de son église, et fut des premiers à conseiller à M. Lajeunesse d'accompagner sa fille en Europe, où là seulement elle trouverait des maîtres dignes de développer ses étonnantes aptitudes musicales. Conduire la jeune artiste en France, en Italie, partout où elle pourrait puiser aux sources mêmes de l'art, était pour le vieux musicien l'espoir le plus chèrement caressé, le rêve de tous ses instants, depuis le jour où les premiers vagissements musicaux de l'enfant lui avaient révélé tout ce qu’une direction savante devait produire un jour dans une nature aussi merveilleusement douée. Il réunit ses minces économies au produit d’un concert organisé dans le but de défrayer les dépenses du voyage, et le cœur rempli d'espérance, le père et la fille voguèrent bientôt vers la terre promise des beaux-arts.”
Appendice 397
Calixa Lavallée naquit à Verchères en 1842, le 28 décembre. Son père, Augustin Lavallée, mort il y a une dizaine d'années à un âge très avancé, était armurier mais surtout luthier de profession et excellent musicien. Les violons qui sortaient de sa main étaient très prisés par les artistes.
Au début de la guerre Civile le jeune Lavallée s'engagea dans l'armée du Nord et fut blessé à la bataille de Antietam. Revenu à Montréal, la guerre étant terminée, son tempérament aventurier ne tarda pas à le ramener aux Etats-Unis qu'il parcourut en tout sens. Il vit la Californie, la Louisiane, le Mexique et les Indes occidentales. Puis il vint à New-York, où il composa un opéra—Lou Lou—qui devait être joué au Grand Opéra, alors sous la direction du fameux James Fiske, jr., quand celui-ci fut assassiné par Ed. Stokes.
Le nom de Calixa Lavallée avait une réputation mondiale. Après la guerre il était allé se perfectionner comme pianiste à Paris. Il était l’idole des sociétés musicales américaines, et il fut longtemps président de l’Association Musicale des Etats-Unis.
Le père de Calixa Lavallée était un excellent musicien, dit M. Gustave Comte dans un article sur Calixa Lavallée, paru dans le Passe-Temps de Montréal le 24 juillet 1909, et c’est dans cette fanfare que le tout jeune Calixa, alors âgé de trois ans seulement, fit ses débuts comme instrumentiste. Il jouait les cymbales et comme il avait les jambes trop courtes, il était obligé de courir pour suivre les musiciens en marche, ce qui amusait fort la population.
Le chœur de Notre-Dame, de Montréal, était de passage à Saint- Hyacinthe et il devait chanter une messe en musique. Feu M. Barbarin, le directeur musical, se tournant du côté de l’évêque, dit, lorsque le moment de la messe fut venu:
—Où donc est votre organiste? Je ne le vois pas!
—Ici, répondit l’évêque, en désignant le petit Lavallée.
—Pevh! fit M. Barbarin, c’est ça! Mais il ne pourra pas nous accompagner.
—Essayez-le toujours et vous verrez.
Et le jeune Lavallée passa brillamment à travers tout ce qu’on lui soumit; il lut à vue et joua en artiste. Si bien qu'après la messe, M. Barbarin, émerveillé, s’écria en frappant sur l’épaule du bambin:
—Très bien, mon garçon. Continue et tu deviendras l’un des plus grands musiciens de ton époque.
Avouons que cette prophétie s’est passablement réalisée, puisqu'aujourd’hui toute la nation est fière de son glorieux enfant disparu.
Mais Lavallée aimait aussi l’héroïisme et les aventures, et tout jeune il s'enrôla dans l’armée du Potomac, et il fit le coup de feu sous le commandement du général Sherman. Il fut blessé sous les drapeaux et son héroïsme lui valut le grade de lieutenant.
La guerre finie, Lavallée revint à la musique. Il alla à Paris, où, pendant trois ans il étudia avec Marmontel, du Conservatoire de Paris, puis il revint vers son pays natal où il enseigna pendant quelques années à Montréal et à Québec.
C'est pendant ce séjour à Montréal qu'il monta avec succès les opéras “La Dame Blanche” et “Jeanne d'Arc,” avec des amateurs de grand mérite, dont la regrettée Mme Jehin-Prume, Mme John-A. Duquette, sa sœur; M. Tancrède Trudel, etc.
En 1879, il repartit pour les Etats-Unis, d’où il ne revint plus. Il fit de l’enseignement à Boston et prit part à nombre de concerts dans toutes les principales villes américaines. C'est malheureux à dire, mais il trouva plus d'encouragement et de succès dans la république voisine que dans son propre pays; à tel point qu'on lui offrit la position admirable de directeur de la Symphonie de Boston. Il dut refuser ce superbe honneur pour cause de santé.
C'est pendant son séjour aux Etats-Unis qu'il fut choisi comme délégué de ce pays au grand congrès musical de Londres et c’est au cours de ce congrès qu’il composa une marche américaine qui lui valut le premier rang parmi tous ses concurrents des pays étrangers.
Il fut alors banquetté par le lord-maire de Londres, et tous les principaux compositeurs du monde entier prirent part à cette triomphale cérémonie. Il revint à Boston où il se livra à la composition.
Malheureusement, la mort le frappa vers 1890, alors que le compositeur, dans toute la force et la maturité de son talent, n'avait pas eu le temps de terminer plusieurs œuvres manuscrites de longue haleine, dont quelques opéras. Telles quelles, ces œuvres ont leur mérite et nul doute qu'elles seront d'un grand intérêt pour les chercheurs de demain et nos futurs musicographes désireux d'écrire notre histoire musicale.
Calixa Lavallée ne laisse qu’un seul fils, qui est établi aux Etats-
Unis.
Appendice 399
Nous avons de nos jours des musiciens de grand mérite, dont la réputation n'est pas bornée par les limites de l'Etat qu'ils habitent. Nous avons des organistes très capables dans quelques-unes de nos églises canadiennes des Etats-Unis. En ce qui concerne le chant, nous avons aussi des célébrités. Ernestine Gauthier, de Springfield, Mass., est une cantatrice maintenant en Europe. Paul Dufault, de New- York, est un ténor universellement connu et admiré. Mlle Eugénie Tessier, la cantatrice aveugle d'Albany, N.-Y., a eu une grande célébrité.
Dans le domaine des arts on peut aussi inclure les œuvres accomplies dans les publication: illustrées. Sous ce rapport M. Georges-E. Desbarats, de Montréal, s'est particulièrement distingué. C'est lui qui était l'éditeur des deux fameuses publications hebdomadaires illustrées, L'Opinion Publique et le Canadian Illustrated News. Il fonda à New-York une compagnie pour la publication du Daily Graphic, le premier journal quotidien illustré publié dans le monde entier. 11 exploita une invention de son associé, M. Leggo, au moyen de laquelle il faisait des gravures peu dispendieuses appelées “leggotypes,” et c’est aussi par ce procédé qu'il illustrait L'Opinion Publique et le Canadian Illustrated News. Le premier numéro du Daily Graphic parut le 4 mars 1873. La compagnie de publication comprenait quelques-uns des principaux financiers de la métropole américaine.
Un autre artiste-pianiste d’un prodigieux génie fut Salomon Mazurette, né à Montréal en 1849, où il fit ses études chez les Jésuites. Il étudia la musique sous Paul Letondal pendant huit années, puis il alla se perfectionner à Paris sous les professeurs Jacques Hertz et Edouard Baptiste, ce dernier alors organiste à l’église de St-Eustache. Revenu en Amérique, il demeura quelque temps à Chicago jusqu’au grand incendie en 1871, alors qu’il s'établit à Détroit.
Durant l'exposition universelle de Philadelphie en 1876, pour célébrer le centenaire de l’Indépendance des Etats-Unis, M. Mazurette prit part au grand concours des pianistes et remporta la médaille d’or, éclipsant tous les autres concurrents.
Pendant plusieurs années, le nom de Mazurette était célèbre au Canada et aux Etats-Unis, où il a toujours gardé son domicile jusqu’à sa mort, survenue en pleine maturité de son génie et de son âge,
à Détroit. Il a composé des morceaux pour piano qui eurent une vogue méritée, aussi une opérette pour jeunes filles intitulée “Le Soir d'un Beau Jour.”
Georges-E. Pellissier, à peine âgé de trente-deux ans, surintendant de la Goldschmidt Thermit Company, de New-York, est un homme de science dont la réputation s'étend dans toute l'Amérique du Nord. Le 8 janvier 1912, il faisait devant trois sociétés de savants à l’Institut Polytechnique de Worcester, une conférence et des expériences qui étaient toute une révélation pour ses auditeurs.
Un grand nombre de nos nationaux aux Etats-Unis se sont distingués dans les œuvres patriotiques et philanthropiques. Il nous serait difficile de les nommer tous. Nous mentionnerons cependant quelques-uns qui sont aujourd’hui disparus de la scène de ce monde, après une vie bien remplie au service de leurs compatriotes.
Le Dr Joseph Hils, de Woonsocket, mort en février 1906, par son testament léguait $75,000 au curé Dauray, de la paroisse du Précieux- Sang, pour des œuvres religieuses et $11,000 pour autres œuvres et de charité.
Mgr Brochu, curé à Southbridge, mort il y a quelques années, laissait $40,000 aux Sœurs Grises de Worcester, et $10,000 au collège français des Assomptionistes, aussi à Worcester.
Le Dr Gédéon Archambeault, de Woonsocket, né à Saint-Paul l'Ermite, comté de l’Assomption, le 21 janvier 1847 et décédé le 8 avril 1903, avait laissé une fortune de $55,000 à $60,000. Il n'avait pas d'enfants. Après avoir pourvu à un revenu suffisant pour sa veuve, il confia au curé de la paroisse du Précieux-Sang une somme de $40,000 pour la fondation d’un refuge pour les vieillards.
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Dès le commencement de l'émigration, avant la formation des paroisses, nos populations sentaient le besoin de s’'instruire. On organisait des écoles du soir où les nôtres acquéraient une connaissance superficielle de la langue anglaise et se mettaient ainsi en état de se faire naturaliser. En 1868 Chicopee, dans le Massachuset:s, avait son école du soir sous la direction de M. Horace Héroux, venu de Saint-Philippe, P. Q. Vers le même temps à Lowell, M. H. Paignon,
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un Français, avait la direction d'une école du soir. Il y en avait une aussi à Worcester, dont le directeur était M. Trefflé Monast. Les clubs dramatiques, les sociétés littéraires s'organisaient partout, et les soirées dramatiques furent un puissant moyen de la conservation de la langue française dans sa pureté.
Nous avons aussi fourni notre bonne part d'hommes dans le champ de l'éducation, et les œuvres accomplies sous ce rapport sont innombrables, si l'on prend en considération les écoles paroissiales, dues à l'initiative privée, et dont les élèves, en certains endroits, comme dans la ville de Manchester, New-Hampshire, surpassent en nombre ceux des écoles publiques.
Voici, entre autres, quelques noms de ceux de nos compatriotes qui ont vccupé de hautes positions dans l'enseignement :
Albert Barnaud, fils du feu Dr Elie Barnaud, de Brockton, est surintendant de l’école normale à Mindanao, aux Philippines.
Arthur-Rémi Racine, de Worcester, est professeur dans une haute maison d'éducation à la Nouvelle-Orléans.
Carl-A. Ducharme, de Fitchburg, Massachusetts, jeune homme de 24 ans, a été récemment élu président du collège Columbian à Owensboro, Kentucky. C’est probablement le plus jeune président d’un collège aux Etats-Unis.
Hector Belisle, originaire de Worcester, a été pendant plusieurs années professeur de français au High School de Lawrence et maintenant principal de l’école John-R. Rollins, de cette même ville.
Louis Tesson, professeur de français au Boston College of Foreign Languages, est fondateur de la “Ligue Internationale de l'Enseignement Oral des Langues Vivantes dans les Ecoles Primaires.”’ Il ya deux ans qu’il travaille à établir cette ligue sur des bases solides et durables. Sa ligue américaine, composée de quelques-uns des professeurs français les mieux connus dans les principales villes du pays, comme le professeur Rivot de Washington, constituée depuis quelque temps, vient d'envoyer une circulaire aux professeurs des Etats-Unis pour les inviter à entrer dans ses rangs.
M. Louis Tesson, dont l'adresse est 116 Chestnut Avenue, Jamaica Plain, Mass., terminait ainsi un article publié le 7 décembre 1910 dans L’Estafette de Marlboro, l'organe de l’enseignement oral ou de la phonétique: “Quand la ligue internationale sera constituée par la
formation de ligues dans tous les pays du monde, ma tâche sera terminée et il ne me restera plus qu’à faire procéder à l'élection d'un bureau qui dirigera les travaux de cette vaste association.”
Joseph Perreault, en 1879, était surintendant de l'instruction publique dans l’Idaho, alors encore territoire.
Un homme de notre sang et langue, bien qu'il portât un nom anglais, Georges Batchellor, arrivé à New-York en 1848, vers l'année 1860 réorganisa l'enseignement du français dans les écoles supérieures de la ville de New-York. Pendant trente années il dirigea cet enseignement. Ils sont nombreux les hommes qu'il a formés et qui, depuis le Maine jusqu'au golfe du Mexique, occupent des chaires dans les hautes maisons d'éducation.
Le collège de Bourbonnais, qui eut une origine canadienne-française, possède une charte universitaire depuis 1874.
Le collège des Assomptionistes de Worcester a été fondé par des pères de l’Assomption, venus de France, en 1903. C'est une maison d'enseignement classique de tout premier ordre et ferait honneur à n'importe quelle ville des Etats-Unis. La base de l'enseignement est le français, mais une juste part est donnée à l'anglais, dont l'enseignement est confié à des professeurs laïques de cette langue. Le but principal poursuivi par les Pères de l’Assomption est de former des pritres de langue française spécialement pour la desserte à venir des paroisses de langue française des Etats-Unis. Les élèves, qui se destinent à l’état ecclésiastique et qui veulent faire leurs études dans une institution française, ne sont plus obligés d'aller au Canada. Ils peuvent, s'ils le préfèrent, acquérir une instruction classique solide et complète chez les Pères Assomptionistes de Worcester.
M. Alfred Parrott, natif de Worcester, a été pendant quelques années professeur de français et d'allemand à l’université du Missouri: il est depuis plusieurs années professeur de français dans une des écoles supérieures de la ville de New-York.
Plusieurs des nôtres ont aussi fait leur marque dans la littérature aux Etats-Unis. Les plus célèbres sont incontestablement feu Edmond de Nevers et le Rév. Père Beaudé, O. P. Ce dernier est connu en littérature sous le nom de Henri d'Arles. Les livres qu’il a publiés portent comme nom d'auteur Henri d'Arles. De Nevers et Henri d'Arles sont des auteurs dans le sens propre du mot. Ils ont tous
Collkge de l'Assomption à Worcester, Muss., sous lu direction des Pères Augustiniens de l'Assomption.
Hôpital Ste-Anne, Fall-River, Mauss., sous la direction des Révérendes Sœurs Dominicaines venues de Tours, France
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deux édité des ouvrages qui sont en librairie en France comme en Amérique. Edmond de Nevers fut enlevé prématurément aux lettres françaises d'Amérique, S'il eût vécu il aurait probablement produit d'autres œuvres littéraires
Edmond de Nevers est décédé chez son père à Central Falls, R.-I., le 15 avril 1906. Le lendemain L'Indépendant de Fall-River rendait hommage à la mémoire du brillant écrivain dans les termes suivants:
M. Edmond de Nevers, l'éminent publiciste, est mort hier soir à Central Falls, Rhode-Island, à l’âge de 43 ans.
Il a succombé à une maladie qui le minait depuis quelques années.
Avec M. de Nevers disparaît une des gloires de la littérature franaise en Amérique, qu'il a enrichie d'ouvrages de grande valeur.
Le défunt avait fait ses classes au collège de Nicolet, Québec, dont il fut un des plus brillants élèves.
Il aimait passionnément les lettres, et les auteurs grecs et iatins eurent pour lui, dès sa jeunesse, un attrait irrésistible. C'est ce qui lui valut une connaissance profonde de l'antiquité, un goût de lettre sûr et délicat, une conception nette et précise des problèmes historiques et philologiques.
M. de Nevers s'était fait inscrire, jeune encore, au barreau de Trois-Rivières. Mais il ne pratiqua jamais le droit.
Il n'avait pas encore 25 ans lorsqu'il traversa l'Atlantique pour aller parachever son éducation en Europe.
Pendant trois ans il suivit les cours des institutions savantes de Paris et de Berlin. Il se perfectionna dans l'étude du français et apprit à parler l'allemand comme un sujet instruit du kaiser.
M. de Nevers accepta ensuite une position importante dans les bureaux de l'Agence Havas, à Paris. Les exigences de ses occupations journalières l’engagèrent à poursuivre son étude des langues, . et à sa rentrée en Amérique il savait, outre le grec, le latin, le frar.çais et l'anglais, qu’il 1vait appris au collège, l'aiemand, l'italien, le portugais, l'espagnol et les langues scandinaves.
Il a traduit avec un rare bonheur, disent les polyglottes distingués, un des ouvrages les ; lus renommés d'Henrik Ibsen.
M. de Nevers disparaît à la fleur de l’âge, au moment où l’expérience et l'étude lui auraient permis de donner la mesure de son talent et de faire bénéficier le public de ses grandes connaissances. Mais
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il ne meurt pas tout entier. Il laisse en effet à la postérité des œuvres dignes de l’estime de tout bibliophile sérieux. Nous voulons parler de L'Avenir du Peuple Canadien-Français et de L'Âme Américaine.
Ce dernier ouvrage, en deux volumes, a eu beaucoup de retentissement en Europe et en Amérique. M. Ferdinand Brunetière, membre de l’Académie française, lui consacra même dans la Revue des Deux Mondes une étude des plus élogieuses de 40 et quelques pages.
M. de Nevers laisse en outre un ouvrage inachevé et des conférences—faites à Paris, à Montréal et à Québec—où se manifestent sa vaste érudition, son esprit de fin observateur et son inébranlable fidélité au sang qui coulait dans ses veines.
Dans l'intimité, M. de Neve:s était un causeur charmant et on ne peut plus intéressant. Versé dans toutes les littératures européennes, il citait de mémoire les chefs-d'œuvre poétiques de divers pays—Espagne, Italie, Allemagne, etc.—dans le texte original.
Et puis, il avait pour la musique des aptitudes réelles qui s'étaient développées au Conservatoire de Paris, et il jouait le violon avec une rare virtuosité.
A ses brillantes qualités de l'esprit il joignait d’admirables qualités du cœur. Généreux à l'excès, il avait toujours un bon mot pour ses anis, et il était heureux quand il pouvait faire du bien à quelqu'un.
Le même jour, la Tribune de Woonsocket publiait aussi un article, dont voici quelques extraits:
I1 naquit à La Baie du Febvre, P. Q. le 12 février 1863 et était le fils de M. Abraham de Nevers, qui habite aujourd’hui à Central Falls.
Après ses études classiques au collège de Nicolet, il habita Trois- Rivières, où il fut reçu avocat en 1883.
C'est alors qu'il entreprit un long voyage dans l'intérêt de ses études littéraires. Il visita successivement l'Allemagne, l’Autriche, l'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, puis la France.
En 1900 il fut nommé historiographe de la province de Québec, en remplacement d'Arthur Buies, décédé.
Il y a trois ans, la maladie le força d'abandonner tout travail et il vint à Central Falls demeurer parmi les siens, élisant domicile chez son père, M. Abraham de Nevers, rue Broad.
C'est là qu’il s’est éteint, à 5 heures hier soir, muni de tous les secours de la religion, et entouré de sa famille.
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Il laisse pour déplorer sa perte, son père et sa mère, M. et Mme Abraham de Nevers, sept frères, MM. Edouard, Ernest, Ulric, Wilfrid, Arthur, Arsène et Lorenzo de Nevers; quatre sœurs, Mme Joseph Arpin du Wisconsin, et Milles Alice, Fleurette et Evangéline de Nevers.
M. Lorenzo de Nevers, artiste-peintre, est actuellement en Europe.
Nous devons encore à de Nevers une splendide traduction des Etudes sur les Etats-Unis, de Matthew Arnold.
Un roman de mœurs politiques canadiennes, Chaumard, était sur le métier lorsque la maladie est venue arracher la plume des mains de l’infatigable écrivain.
Henri d’Arles est un nom bien connu dans les lettres canadiennes. C'est le nom d'auteur du Rév. Père Beaudé, de l’ordre des Dominicains. En ces dernières années il vivait en dehors de sa communauté. On sait que les Dominicains ont des maisons à Fall-River et à Lewiston. Sa dernière résidence aux Etats-Unis a été à Manchester, N.-H., chapelain à la Villa Augustina, une ferme-hospice aux environs de la ville appartenant aux religieuses de Jésus-Marie, dont la maison-mère pour l’Amérique est à Siilery, près Québec. Il en est parti au début de cette année, 1912, pour Victoriaville, P. Q., passer quelque temps chez sa vieille mère, avant son départ définitif pour l'Italie. La rumeur disait alors qu’il avait le dessein de quitter l’ordre dominicain et entrer dans un ordre de moines contemplatif.
Henri d’Arles a fait une marque profonde dans la littérature. Il a publié plusieurs ouvrages qu'il a écrits aux Etats-Unis. Son volume le plus récent—Essais et Conférences—l’ont rendu justement célèbre. Sa dernière production—Esquisses Orientales—a été publiée dans le courant de l’été 1911 dans L’Avenir National et ensuite il en a été fait un petit tirage d’une brochurette d’un nombre limité d'exemplaires non destinés à la librairie. Ces esquisses, qui sont des impressions de voyage en Terre-Sainte, donnent pleinement la mesure du genre de l'écrivain, qui se distingue par l’ampleur des idées, la richesse de l’expression, le coloris des tableaux et ce je ne sais quoi de mystique et de rêveur qui se dégage d’un style harmonieux et parfois étrange. Ses idées, généraiement, sont empreintes d’un sentiment profondément
religieux. On sent cependant que l'âme d’ascète de l’auteur n’est pas insensible aux douces impressions et à l'amour du beau sous toutes ses formes.
Mais ceux dont nous venons de parler ne sont pas les seuls de notre nationalité qui ont fait leur marque dans la littérature française aux Etats-Unis. Vers 1875 Honoré Beaugrand publiait un roman de mœurs ouvrières, Jeanne la Fileuse, à Fall-River. Télesphore Saint-Pierre, il y a une vingtaine d’années, a écrit une histoire des Canadiens du Michigan. De nos jours il y a deux poètes canadiensfrançais des Etats. Le Dr Boucher, de Brockton, Mass., a publié en 1909 un volume de poésies. Vers le même temps le Dr Girouard, un médecin du Maine, publiait aussi un volume de poésies. Un autre livre remarquable est La Grande Semaine, par J.-Arthur Favreau, de Boston, secrétaire de la Société Historique Franco-Américaine, Ce livre de luxe, publié en 1909 avec illustrations, est un récit complet des fêtes du troisième centenaire de la découverte du lac Champlain, qui eurent lieu en juillet de cette année-là à Plattsburg, N.-Y., et Burlington, Vt.
Madame Onésime Thibault, de Fall-River, a publié en 1889 Les Deux Testaments, puis en 1892 Les Fleurs du Printemps, volume de poésies de deux cents cinquante pages.
Nous venons de nommer la Société Historique Franco-Américaine. Comme son nom l'indique, c’est une société dans le genre des diverses sociétés historiques américaines, avec cette différence qu'elle est composée uniquement de membres de nationalité canadienne-française et ayant pour objet les recherches et l'étude de sujets relatifs aux faits historiques dans lesquels les nôtres furent mêlés dans la formation et la marche de la république américaine. Deux fois par année des conférences sont données, au siège social de la société à Boston, par des membres ou des étrangers éminents des Etats-Unis ou du Canada.