LE MAJOR MALLET, DE WASHINGTON
Cette biographie a été écrite pour le Travailleur en 1880.
Le major Mallet descend de Pierre Mallet de St-Coulon, diocèse de Dol, en Bretagne, l’un des premiers colons français qui soient venus à Montréal.
Le major Mallet est le fils de Narcisse Mallet, de Grand St-Esprit, et d’Angèle Chagnon dit Raymond, de l’Assomption. Il est né le 17 novembre 1842, dans la cité de Montréal, et on l’appela Joseph- Narcisse au baptême. Cependant on lui donna toujours le nom de Edmond, et il adopta définitivement ce nom à sa confirmation.
M. Mallet fréquenta l’école des frères de la doctrine chrétienne à Montréal, pendant une couple de mois, alors que son père alla s’établir à Oswego avec sa famille en 1840.
Peu après son arrivée à Oswego, M. Mallet fut placé dans une école catholique qui fut bientôt fermée. Ses parents l’envoyèrent ensuite aux écoles publiques pendant sept ou huit ans. Il étudiait le droit en 1861 lors de la déclaration de la guerre de sécession. Dès son enfance, il faisait partie d’une compagnie de carabiniers, d’abord comme tambour, ensuite comme sergent. Ses goûts militaires le dirigèrent vers l'armée. Il devint officier de recrutement et il enrôla plusieurs de ses voisins. On lui avait promis une commission de sous-lieute-
nant, mais une intrigue l'en priva. Plutôt que d'abandonner ses compagnons qu'il avait enrôlés, il s'engagea lui-même comme simple soldat. Il fut immédiatement fait sergent, et ensuite parvint au grade de sous-lieutenant après la première bataille à laquelle son régiment assista pendant la campagne de la Péninsule, en Virginie, sous le général McClellan.
Son régiment était le 81me des volontaires de New-York, recrutés dans le comté d'Oswego. Il servit dans la compagnie B pendant une année, et fut ensuite nommé adjudant de son régiment.
Pendant ses trois années et demie de service dans l’armée, il assista à vingt-deux batailles et escarmouches. Il occupa successivement les grades suivants: Adjudant de son régiment, aide-de-camp de brigade, chef d'état-major d'une division (composite de trois brigades de cinq régiments chacune,) et ‘“provost-marshall ;” pendant la campagne péninsulaire en Virginie sous McClellan, dans la Caroline du Nord, dans la Caroline du Sud, dans l’armée du James, dans l’armée du Potomac, sous le commandement du général Grant. Il fut constamment en devoir pendant trois ans, n’approchant jamais de l’hôpital, ce refuge à la fois des lâches et des malheureux. S'il avait été plus âgé de cinq ans et plus grand de cinq pouces, il aurait fini ses campagnes avec le grade de général au lieu de celui de major, remarque faite par son colonel.
À la bataille de Cold Harbor, en Virginie, les 1, 2 et 3 juin 1864, le 81me fut placé au premier rang. Pendant la première journée, M. Mallet eut son cheval tué sous lui, et le troisième jour, pendant une charge à la baionnette contre les fortifications de l'ennemi, il fut sévèrement blessé par une balle qui lui traversa les intestins. Le matin du trois juin, l'effectif de son régiment fut réduit à 2r officiers et 391 soldats; il ne revint que 3 officiers et vingt-huit soldats de la charge à la baïonnette. Dans cet engagement, l’armée du général Grant perdit 19,500 hommes tués ou blessés. Des centaines de jeunes Canadiens du 81me régiment d'Oswego, des 96me et g98me régiments de Malone, Whitehall, Champlain, et autres localités dans la région du lac Champlain furent tués dans cette bataille meurtrière.
M. Mallet avait perdu connaissance lorsqu'on le releva pour le transporter dans l’hôpital sur le champ où on réunissait ceux qui étaient trop blessés pour être placés dans des ambulances. Là le froid de la mort était le seul compagnon des blessés. Grâce à l'intervention
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d'un des généraux, qui connaissait personnellement le major Mallet, et grâce au secours d'un de ses compatriotes moins sérieusement blessé que lui, il fut placé dans une ambulance, malgré les protestations des chirurgiens, et transporté sur un steamer sur la rivière Pamunkey, à une distance de 34 milles. Après quatre ou cinq jours il arriva à l’un des hôpitaux militaires de Washington.
En même temps son décès avait été publié dans les journaux d'Oswego où il jouissait de l'estime générale. Ce n’est que dix jours plus tard qu'un prêtre irlandais le trouva assez bien pour envoyer un télégramme à ses parents les informant où il était. La nouvelle de sa mort avait produit une vive impression à Oswego, principalement parmi les fidèles de l’église Ste-Marie où M. Mallet avait servi à l'autel pendant plusieurs années.
Après la bataille à laquelle il fut blessé, le président des Etats-Unis le promut aux grades de capitaine et de major le même jour pour avoir fait preuve d’un grand courage pendant la bataille—“distinguished gallantry in battle.”
M. Mallet fut blessé à travers les intestins; la balle entra par le nombril et sortit par l’épine dorsale. Pendant sept semaines ses vivres passèrent par sa blessure. Ses membres furent paralysés pendant la même période. Le récit de sa maladie est publié au long avec des illustrations dans l’Histoire médicale de la Guerre.
A la fin de la guerre, M. Mallet entra à l’Université de Philadelphie et ensuite au Columbian College de Washington, où il obtint le degré de bachelier en droit, mais, ayant épuisé ses ressources, il fut obligé d'accepter une position de commis dans le département du trésor.
C'est vers cette époque que M. Mallet visita le Canada pour la première fois. Il parlait si peu le français alors que c’est à peine s’il pouvait converser avec ses parents qu'il visita. Il n’avait pas seulement oublié sa langue, mais aussi les traditions de sa race, à tel point que la conversation catholique de ses amis lui fit une fâcheuse impression. C'était le résultat de l’éducation qu'il avait puisée dans des milieux puritains.
Peu après, un journal canadien publié à St-Albans, Vermont, par le Rév. Z. Druon, vicaire-général, lui tomba entre les mains. Les articles de ce journal lui plurent, et il s’y abonna. Cette feuille le convertit. Maintenant tout ce qui est canadien est pour lui le “nec
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plus ultra” de tout ce qui est bon. Il prend part à tous les mouvements qui ont pour but le bien et la gloire du nom canadien, il est l'ami du clergé catholique, des livres catholiques, des écoles et de la presse canadiennes. Il reconnaît maintenant que c'est grâce aux prières de sa pieuse mère et de ses amis catholiques s'il a miraculeusement échappé à la mort sur le champ de bataille et s'il a été guéri de sa blessure. L'abbé Druon est presque un saint patron pour lui. Il est l'un des membres de la Société de St-Vincent de Paul, et un des offciers de l'Union Nationale des jeunes gens catholiques des Etats- Unis. Comme un acte de réparation de sa chute des traditions de sa nationalité, et pour fournir une sauvegarde à la génération canadienne qui grandit aux Etats-Unis, et qui n'a pas eu l'avantage de connaître la gloire et la grandeur du nom canadien, M. Mallet est à écrire un essai sur les découvreurs, explorateurs, guerriers et colons français aux Etats-Unis.
En 1874, le major Mallet assista à la fête nationale des Canadiensfrançais à Montréal.
En 1876, sa santé étant devenue chancelante, il se décida à se rendie sur les côtes du Pacifique. Dans ce but il accepta la position d’agent spécial des sauvages pour le district de Pudget Sound, qui lui fut offerte par le président Grant, avec l'intention de se fixer ultérieurement à l'extrémité du nord-ouest et de s’y livrer à la pratique du droit. L’humidité du climat à Tulalip fut contraire à sa santé, il fut obligé de passer deux mois dans l'hôpital de Portland, Orégon. Deux ans après, il laissa la contrée des sauvages, au grand regret des missionnaires, des sœurs et des sauvages, et revint à Washington où il entra de nouveau au départment du trésor.
Plus tard il devint chef de bureau dans le département des terres, position qu’il occupa jusqu’à sa mort, survenue le 12 avril 1907. La précieuse bibliothèque qu'il possédait, comprenant tout ce qui a été publié sur la race française sur le continent américain, a été achetée par l’Union St-Jean-Baptiste d'Amérique.