‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 201 sur 220 · CR A D D · texte numérisé non relu

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tion qui s'étend bien au-delà des frontières de l'Etat qu'il gouverne si dignement et jusqu'en France. On se rappelle l'enthousiasme et l'explosion de joie qui se manifestèrent chez toute la race canadiennefrançaise du Canada et des Etats-Unis à la nouvelle de la première élection de Pothier comme gouverneur d'un Etat de la république américaine, Mais avant de parvenir à de si grands honneurs, notre illustre compatriote a dû gravir nécessairement les degrés de l'échelle qui y conduisaient.! Dans sa jeunesse, M. Pothier a fait du journalisme en ce sens qu'il a collaboré à plusieurs journaux du temps, notamment le Foyer Canadien et le Travailleur de Worcester. Par la suite, on comprend que M. Pothier fut tellement absorbé par les soins que requéraient ses grandes affaires qu'il ne lui resta guère de loisirs pour écrire dans les journaux. C'est à ce titre d'ancien journaliste que nous avons cru—et tout le monde en conviendra—que le gouverneur Pothier avait sa place toute marquée dans cette galerie biographique.

Le gouverneur Aram-J. Pothier naquit à Yamachiche, P. Q., en 1854. Son père s'appelait Jules Pothier. Il fit ses études classiques au collège de Nicolet. Il vint à Woonsocket, R.-I., en 1870, à l’âge de 16 ans. Peu après, il entrait à l'emploi de la banque d’ép- -s dite Woonsocket Institution for Savings, dont il est aujourd'n e viceprésident. Elu membre de la commission des écoles, 1885-87 et 1889, et représentant pour Woonsocket à l’Assemblée Générale, 1887-88; nommé par le gouverneur Taft commissaire du Rhode-Island à l’Exposition de Paris en 1889, et de nouveau en 1900 par le gouverneur Dyer; élu vérificateur des comptes de la ville (City Auditor) en 1889; maire en 1894-95, refusant de se porter candidat pour un troisième terme; lieutenant-gouverneur en 1897. Enfin, le 3 novembre 1908 il était élu gouverneur du Rhode-Island par une grande majorité, et réélu aux élections de 1909, 1910, 1911. En 1909 il eut une majorité de plus de 12,000 sur son adversaire démocrate, la plus forte que jamais gouverneur du Rhode-Island ait reçue. Il fut toujours un fervent adepte du parti républicain, sous l'égide duquel il édifia avec

1. Le dimanche, 7 mai 1911, À une fête paroissiale À Warren, R.-I, À laquelle le gouverneur Pothier était l'hôte d'honneur et fit, selon son habitude en semblable circonstance, un magnifique discours tout empreint de patriotisme et de beaux sentiments religieux. M. le curé Elphège Caron, de l'église Saint-Jean-Baptiste, fit l'heureuse allusion suivante à la pensée qui est dans ia pensée de tout le monde. ‘Heureux est le peuple qui a à sa tête un homme de la trempe de M. Pothier! A son passage ici formons des vœux sincères pour qu'il arrive plus haut, au Sénat. C'est mon vœu personnel, c'est celui que je vous demande d'avoir pour lui.’

un si rare bonheur sa fortune politique. C'est le seul gouverneur qui, depuis quarante-six ans, a été élu successivement quatre fois.

Mais le gouverneur ne se rendit pas seulement célèbre dans la finan. ce et la politique, il a aussi accompli des œuvres remarquables dans la haute industrie. Il a puissamment contribué à amener de nombreuses industries à Woonsocket, de telle sorte que cette ville florissante, à la physionomie si canadienne-française, est aujourd'hui l'un des centres pour la filature des fins lainages selon les méthodes françaises et belges. Dans le domaine de l'industrie, le gouverneur Pothier occupe une position prééminente. Il est trésorier de la Guerin Spinning Co., la Alsace Worsted Co., la Montrose Woolen Co., la Rosemont Dyeing Co. et la French Worsted Co.: il est aussi trésorier de la société antituberculose de Woonsocket, Au mois d'avril 1902 le gouverneur Pothier a épousé Mile Françoise de Charmigny, native de France.

Le gouverneur Pothier n'a pas besoin d'une longue esquisse biographique pour qu'on le fasse connaître. C'est l'un de ces hommes privilégiés qui s'imposent forcément à l'attention générale et dont le nom et les œuvres ont une vaste célébrité. Un titre particulier qui doit le faire chérir et acclamer par toute notre race, c'est qu'en toute circonstance, quand l'occasion se présente, il sait proclamer fièrement sa foi catholique et ses sentiments canadiens-français. Quelle leçon à ceux des nôtres qui rougissent de leur origine! Qu'ils sont petits à côté de cet homme vraiment grand et au caractère si bien trempé! Malgré les nombreuses et absorbantes occupations que lui imposent ses hautes fonctions, M. Pothier trouve encore le tour de temps à autre d’honorer de sa présence une fête patriotique, nationale ou religieuse, au milieu d’une communauté canadienne-française quelconque de la Nouvelle-Angleterre, et il prononce alors de ces harangues toutes vibrantes de patriotisme et de nobles sentiments dont il a le secret et qui ont rendu sa personnalité si justement célèbre comme le type de l’homme d'Etat qui sait allier ses sentiments nationaux et religieux avec ses hautes responsabilités officielles.

Les Canadiens-français ont joué un rôle très important dans la guerre Civile américaine. Pas moins de 40,000 des nôtres y ont pris une part active. Ce chiffre constitue déjà un bon corps d'armée. Les soldats volontaires canadiens étaient cependant disséminés dans les

Charles Moussette BDeauehanaps

Le Major Edmond Mallet

J-L.-J. Dupuy

Charles Guérin

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différentes divisions de l’armée du Nord, car la plupart s'étaient rangés sous les drapeaux de l’Union.

Le major Edmond Mallet organisa à Oswego, N.-Y., une compagnie de jeunes Canadiens-français qui fit la campagne. Le Dr J.-N. Cadieux, qui arrivait d'Europe, fut chirurgien militaire depuis 1862 jusqu’à la fin de la guerre. Il fut attaché au camp de Reno, dans la Caroline du Nord, puis à Alexandria, Virginie. Le Dr Alfred-N. Marion était aussi chirurgien dans l’armée du Nord. Georges Trudeau était secrétaire du général Whittaker. Il avait servi précédemment dans le 22e régiment de cavalerie de l'Etat de New-York. Le jeune Rémi Tremblay, qui devait plus tard jouer un rôle actif dans le journalisme, aujourd’hui encore traducteur français au parlement d'Ottawa, fait prisonnier par les confédérés, connut les ennuis de la captivité.

Le major Mallet disait que les soldats canadiens dans l’armée de la Potomac étaient physiquement supérieurs aux hommes de toute autre nationalité. “Jamais, dit-il, la misère, les terribles marches forcées, à travers la péninsule, n’ont assombri leur caractère joyeux ou épuisé leur robuste constitution. Tandis que les autres tombaient par douzaines sur la route, les Canadiens cheminaient gaiement, trompant la longueur de la marche par des plaisanteries et des chants.”

Encore aujourd’hui il n’est pas de centre canadien important de la Nouvelle-Angleterre où il n’y a pas quelques vétéran: canadiens qui émargent, comme tous les autres vétérans de ce conflit sanglant, au budget des pensions fédérales. D’année en année cependant leur nombre diminue, et avant peu d'années il ne restera que de "ares survivants des combattants dans la guerre atroce que fut la guerre de Sécession.

Un bon nombre des nôtres prirent aussi du service dans l’armée américaine lors de la guerre hispano-américaine en 1898. Celui qui a été le plus en évidence fut Georges Charrette, de Lowell, qui s’est signalé par une action d'éclat avec le lieutenant Hobson, en conduisant le vieux navire “Merrimack” à l'entrée du port de Santiago, à Cuba, pour le couler au nez des Espagnols et les “embouteiller” ainsi dans le port, comme on disait alors.

Plusieurs de nos compatriotes ont fait leur marque dans le développement du pays, tout en s’acquérant de la renommée et de la

fortune. 11 y a entre autres, les inventeurs qui ont fait bénéficier le pays de diverses innovations dans la science mécanique. Paschal Laplante, le 30 septembre 1870, faisait breveter une machine au moyen de laquelle il séparait l’or du quartz et le dégageait sans l’emploi de l’eau. Cette machine se vendait dans la Californie et ailleurs à raison de $10,000. Victor Bélanger, dont il a été question dans ce livre, alors à Boston, a fait breveter un appareil pour une certaine machine dans les filatures de laine qui fut vendue pour $2,500,000.

Louis Goddu, né à St-Césaire vers 1838. Venu dans le Massachusetts, il inventa une machine à coudre pour les chaussures qui lui rapporta une grande fortune.

Dans le commerce les nôtres ont aussi brassé des millions en ce pays. Dès 1873 les principales maisons canadiennes de Saint-Paul, Minnesota, faisaient des affaires pour près de $4,000,000 annuellement. À Opelousas, Louisiane, Louis Desmarais avait l’établissement commercial le plus considérable de cette localité. La maison Galarneau et Cie, de Saint-Louis, était l’une des plus achalandées de la ville. J.-L. Chalifoux, mort dans l'automne de 1911, avait établi depuis plus de vingt ans le plus grand commerce de vêtements d'hommes à Lowell. Il possédai: aussi un établissement similaire à Birmingham, dans l’Alabama. A sa mort il était trois fois millionnaire. Il était probablement le Canadien-français le plus riche des Etats-Unis. Il n’y a peut-être pas une seule ville importante de la Nouvelle-Angleterre où quelques-uns des nôtres n’occupent pas une place enviable dans le haut commerce. Enfin nous avons fourni de nombreux représentants dans toutes les branches de l’activité humaine: architectes, banquiers, surintendants de manufactures, manufacturiers, ingénieurs civils, avocats, médecins, etc.

Les Canadiens-français ont essaimé partout dans le vaste territoire des Etats-Unis. En voici quelques exemples: Il y a quelques semaines on publiait la biographie du dernier survivant d’un groupe de cinquante Canadiens qui s'étaient fixés à Butte, Montana, dès 1865. A Cleveland, Ohio, il existait en 1873 une société St-Jean-Baptiste, dont Joseph Larivière était président, et vers le même temps il y avait aussi à Manlins, Illinois, nom inconnu parmi les nôtres, une société Saint-Jean-Baptiste, dont le président était Aifred Deslau-

Joseph Lafaille Édouard Paradis

Baronceïli Léonidas F.-X. Ratté

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riers. On faisait une jolie célébration de la Saint-Jean-Baptiste, en 1885, à Missoula, Montana.

Nos compatriotes sont allés se fixer jusque dans l'extrême sud du pays, dans la Louisiane. Nous pouvons citer entre autres, Edouard Paradis et Joseph Lafaille, qui s’établirent dans la Louisiane en 1860. A 27 milles de la Nouvelle-Orléans existe maintenant le village de Paradis, sur la ligne du chemin de fer Southern Pacific.

Charles Moussette, architecte avantageusement connu à New- York, avait pus une part active dans le mouvement des conventions de 1865 à 1875. Il fonda dans le comté de Monroe le village de Canadensis. Lors de sa fondation, en 1874, tout le groupe réuni par Charles Moussette était canadien-français.

Non seulement on trouve des Canadiens-français en Louisiane, Texas, Floride, Californie, dans les 1rolines, mais il en est qui ont franchi le golfe du Mexique et sont établis dans les Antilles et jusque dans l'Amérique du Sud. On en voit un exemple typique en la personne de Pierre-Paul Demers, ancien consul américain à Costa Rica, maintenant propriétaire au Brésil. Il s’est livré à l'exploitation de terrains qui lui furent cédés par le gouvernement du Brésil et qui lui ont rapporté une fortune considérable.

Joseph Tassé, dans son livre Les Canadiens de L'Ouest, a parlé principalement des trappeurs et voyageurs qui furent les pionniers dans l'immense Nord-Ouest du Canada. L'Ouest américain a eu aussi ses trappeurs et aventuriers canadiens-français, dont le nom de Jean- Louis Légaré est pour ainsi dire légendaire.

Jean-Louis Légaré naquit le 25 octobre 1841, fils de François- Xavier Légaré et de Julie Melançon, à Saint-Jacques de l’Achigan. En octobre 1865 il passa aux Etats-Unis, s’arrêtant d’abord à Troy, N.-Y. En novembre 1866 on le voit à Saint-Paul, Minnesota, puis à Pembina et au Dakota, chassant le buffle et faisant connaissance avec les chefs sauvages. En 1876 il allait à Washington avec les chefs “La Petite Coquille,” “Le Petit Bœuf” et autres ,our négocier un traité et réclamer les droits de ces tribus. Il était aidé en cela par le Rév. P. Brouillet, le major Edmond Mallet, de Washington, le général Ewing et le sénateur Bogy du Missouri. Les sauvages l’appelaient “Youtowanitcha.”

Le 25 juin 1876, sur la rivière Little Big Horn, dans les Buttes Noires, le fameux et intrépide général Geo-A. Custer fut massacré avec toute son armée par les indiens Sioux, dont le vaillant chef était Sitting Bull. Ce dernier savait fort bien que le gouvernement des Etats-Unis ferait l'impossible pour l'arrêter. Il traversa la frontière et se réfugia avec près de 4,000 personnes dans le Nord-Ouest canadien. C’est là qu’il rencontra Légaré de nouveau.

En 1880 le général Nelson-A. Miles, avec 6,000 hommes de troupes, fit des démarches infructueuses pour faire réintégrer le territoire des Etats-Unis par ces indiens. Légaré traversait souvent la frontière pour s’approvisionner aux magasins du fort Buford, qui était à 150 milles et sous le commandement du major Brotherton. Celui-ci chargea Légaré de faire en sorte que les indiens, qui étaient sur le sol canadien depuis cinq ans, revinssent faire leur soumission. Légaré leur proposa de retourner dans leurs réserves, leur faisant promesse d’une amnistie complète. Les sauvages lui répondirent : “On te croit, mais on ne peut pas prendre la parole des Américains.” Légaré réussit au printemps de 188r à amener avec lui dix-sept indiens au fort Buford. Il ramena de nouveau les envoyés des sauvages, et par la suite il réussit à opérer la reddition de toute la troupe, à l'exception des chefs Sitting Bull, Le Chien Long, La Lune Noire, Le Bœuf Noir, Le Chien Blanc et deux ou trois autres. Il lui fallut exercer beaucoup de diplomatie. Vers le mois de juillet il se mit en marche avec quarante charrettes et une centaine de chevaux montés par les hommes les moins capables de supporter la marche. Il envoya une délégation avertir le major Brotherton de ne pas montrer ses soldats à son arrivée pour éviter des troubles. Le 20 juillet cette pittoresque procession, qui devait en quelque sorte marquer la fin des troubles indiens, arrivait au fort. Tous les indiens livrèrent leurs fusils et leurs chevaux. Sitting Bull demanda jusqu’au lendemain pour livrer les siens. En présentant son fusil il dit à son jeune fils de 12 ans, avec de l'émotion dans la voix: “Donne ton fusil, c’est la dernière fois que tu portes un fusil.”

Puis Sitting Bull fit un discours dans lequel il proclama en termes élogieux la conduite de Légaré à son égard.

Sitting Bull prit encore les armes contre le gouvernement en 1890 et fut tué le 15 décembre de cette année par la police montée, près du fort Yates, dans le Dakota Nord.

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Le major Brotherton demanda à Légaré de présenter son compte pour la nourriture de ces centaines de sauvages et qu'il le ferait honorer par le gouvernement. Le compte s'élevait à $13,412. Légaré fit plusieurs voyages à Washington pour toucher ce qui lui était légitimement dû, mais il s'en revenait toujours bredouille. Enfin en 1906, après un délai de vingt-cinq ans, le Congrès votait $8000 pour l'indemniser et ses avocats en prenaient $3000. C'était peu généreux de la part du gouvernement pour des services aussi signalés que ceux que Légaré avait rendus. Le gouvernement d'Ottawa fut plus généreux en lui payant de suite $2000 pour avoir débarrassé le Nord- Ouest canadien de cette dangereuse tribu.

Légaré vit encore à Willow Bunch, dans la Saskatchewan. Le 25 octobre dernier (1911) il atteignait sa 70e année. Il est toujours vigoureux et bien portant.

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