ITS (FA
Unis, comme on l’a vu, le plus grand nombre ont disparu; quelques-uns des disparus ont été remplacés par d’autres, de sorte que malgré les désastres accumulés, notre journalisme a non seulement survécu, mais il s’est constamment amélioré dans sa marche ascendante. Il existe donc aujourd’hui une presse stable franco-américaine qui, en général, fait des affaires satisfaisantes et est un crédit pour le nom canadien-français aux Etats-Unis. Notre presse quotidienne surtout possède tous les éléments nécessaires pour qu'elle s'impose à l'attention et au patronage de nos populations.
À part les hebdomadaires, bi-hebdomadaires et semi-quotidiens existants, nous avons présentement sept journaux quotidiens dans l'Est. Sous le rapport du journalisme, l'Ouest est bien plus arriéré que l'Est. Comme dans cette section-ci du pays nos compatriotes ont dû augmenter en nombre et leurs journaux auraient dû se ressentir d’un progrès proportionnel, mais c’est le contraire qui est arrivé; il n’y a pas un seul quotidien français dans l'Ouest et les hebdomadaires sont bien clairsemés. Cela dépend sans doute en grande partie de ce qu’un grand nombre de nos compatriotes ont perdu la langue française. Nous disons donc qu'il y a sept journaux quotidiens français dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre. (C’est presque autant que dans toute la province de Québec, où il n'existe guère de quotidiens que dans les villes de Montréal et Québec.!
Le plus ancien quotidien existant est L'Etoile de Lowell, fondé le 21 mai 1886, hebdomadaire, devint quotidien le 20 mars 1893. L’Indé-
NE tous les journaux canadiens qui ont vu le jour aux Etats-
1. Sherbrooke a un journal quotidien, la ‘Tribune,’ depuis 1910.
cn 4 NE MERDE MAA TES SRE QNE Lane + Dm nu os
ARR AURA EE de Mn À Ed
204 Iistoire de la Presse Franco-Américaine
pendant de Fall-River le suit de près, étant devenu quotidien le 13 octobre 1893. L'Opinion Publique de Worcester devint journal quotidien le 27 avril 1898. L'Avenir National de Manchester est quotidien depuis le mois de janvier 1908. La Tribune de Waonsocket fut quotidien dès sa fondation en 1895.
New-Bedford a présentement la distinction d'être la seule ville à posséder deux quotidiens: L'Echo et le Journal.
L'Echo et le Journal sont les derniers nés de notre presse quotidienne. Le premier était d’abord hebdomadaire et s'appelait L'Echo de la Presse. C'était une feuille à quatre pages et, comme son nom l'indiquait, c'était en quelque sorte un supplément de la Presse de Montréal que publiait M. J.-B. Archambeault, agent du journal montréalais. M. Archambeault, qui avait été nommé en 1898 agent de la Presse à New-Bedford, quelques années plus tard monta un atelier d'imprimerie. A l’origine L'Echo de la Presse ne contenait que les nouvelles locales, des reproductions et des annonces. Ses abonnés étaient censés recevoir les nouvelles générales ou étrangères par la Presse. Les affaires de M. Archambeault prospérèrent à tel point qu'il ne tarda pas à mettre son journal quotidien. Finalement, dans l'hiver de 1909-10 le journal s’appela tout simplement L'Echo, ce qui faisait supposer qu'il n'avait plus aucune relation avec la Presse de Montréal. Son propriétaire engagea un personnel régulier de rédaction, et L'Echo est aujourd’hui un beau grand quotidien à six pages et paraît marcher heureusement dans la voie du progrès. M. Amédée Lacasse en est le rédacteur actuel. :
Le Journal fut fondé en 1910 par la compagnie de publication de L'Indépendant de Fall-River, aidée de quelques hommes d’affaires de New-Bedford qui prirent des parts dans la compagnie du Journal. Ce dernier possède ateliers et bureaux à New-Bedford, mais son impression se fait à Fall-River aux ateliers de L’'Indépendant, avec les mêmes nouvelles générales que L’Indépendant et les nouvelles de Fall-River, ainsi que les articles de rédaction. De son côté, L’Indépendant se sert des nouvelles locales du Journal ainsi que des articles de rédaction. Les deux journaux ont ainsi une apparence absolument identique, sauf le titre. Avant l'apparition du Journal, des pages spéciales de L’Indépendant, qui avait un bureau à New-Bedford, étaient consacrées aux nouvelles et aux annonces de New-Bedford. Le Journal est à huit pages de sept colonnes comme L’Indépendant.
Les journaux existants 205
Nos journaux non-quotidiens sont actuellement au nombre de plus de 20. Le plus ancien est le Jean-Baptiste, bi-hebdomadaire, J.-B.-S. Brazeau, propriétaire, de Pawtucket, R.-I., et il est aussi le plus vieux de tous les journaux existants. En dépit d’une existence passablement mouvementée il a survécu quand d’autres plus jeunes que lui ont mordu successivement la poussière. Le Jean-Baptiste n’a pas toujours été à Pawtucket, il a voyagé; de plus il a changé de maîtres. Ses ambitions cependant n'ont jamais visé plus haut qu'il pouvait atteindre. C'est ce qui explique peut-être en partie le secret de sa durée.
Le Jean-Baptiste fut fondé à Northampton, Mass., vers le 1er mars 1875, par Pierre-Camille Chatel, un typoghaphe. J.-A. Daigneault on était le rédacteur. Paul de la Neuville et J.-B. Frédéric furent aussi attachés à sa rédaction. A la fin de l’année, Chatel vendit son journal à J.-G. Samson, qui plus tard prit la soutane et fut admis à la prêtrise le 19 mars 1886 à Grand Rapids, Michigan. En se retirant du journalisme, M. Chatel écrivait: ‘Cette carrière fournit, à côté des honneurs, beaucoup de fatigue et de déboires.” M. Samson, en mai 1882, céda le Jean-Baptiste à une compagnie, dont M. Adolphe Ménard était l’âme dirigeante et Lucien Carissan en était le rédacteu. En juin 1883 il devenait la propriété de Ménard, Belisle (Alexandre) et Cie. Le journal était imprimé à Worcester aux ateliers du Travailleur, et il était en quelque sorte une édition de ce dernier journal.
En 1891 le Jean-Baptiste était vendu à Charles-T. Roy, qui luimême, peu après, le céda à Benjamin Lenthier.
De 1892 à 1894 le Jean-Baptiste fit partie des nombreux journaux de Benjamin Lenthier, dont la plupart eurent une existence éphémère, mais il fut le seul qui survécut, grâce à l'initiative de M. Brazeau, son propriétaire actuel.
Le plus ancien journal existant après le Jean-Baptiste est le Messager de Lewiston, Maine. Le Messager fut fondé par le Dr L.-J. Martel, assisté de M. J.-D. Montmarquet, le 23 mars 1880. Ce fut le premier journal français publié dans le Maine. En 1884 M. Montmarquet se retira et les associés du Dr Martel étaient Eusèbe Provost, J.-N. L'Heureux, Dr Z. Vannier. Il devint bi-hebdomadaire
et était rédigé en collaboration. Le docteur L.-E.-N. Matte et F.-X. Belleau y collaboraient.
M. Emile-H. Tardivel en fut rédacteur à partir de l'automne de 1884 jurqu'en 1886. En 1887 M. L.-A.-L. Desaulniers, qui en était rédacteur, fut empoisonné avec sa femme, par l'erreur d'un commispharmacien.
Le Dr Martel, décédé à Lewiston, le 28 février 1899, était un grand patriote qui fut appelé à juste titre un second Ferdinand Gagnon. Après sa mort le Messager passa aux mains de M. J.-B. Couture, qui en est actuellement encore le propriétaire. Le Messager, qui paraît trois fois par semaine, est installé dans un bel édifice en brique qui appartient à son propriétaire. Son caractère plutôt littéraire en rend la lecture agréable et intéressante. Pendant que Mgr O'Connell, maintenant cardinal-archevêque de Boston, occupait le siège épiscopal de Portland, le Messager combattit les projets attentatoires de l'évêque contre les droits de la langue française, et cela parfois avec une extreine violence. Sous l'évêque actuel, Mgr Walsh, nommé en 1907, le ton du Messager est devenu plus modéré, mais il n'a pas abdiqué sa fermeté et il continue toujours la lutte pour les droits de la langue française à l'église et a l’école, car il faut bien l'avouer, les actes de Mgr Walsh ont parfois exaspéré nos compatriotes du Maine. Encore aujourd'hui il semble que la paix religieuse est encore loin d'être rétablie dans le diocèse de Portland. Tant que par les savantes machinations du haut clergé irlandais, Rome sera tenue dans l'ignorance de la véritable condition des Canadiens-français des Etats-Unis, et que les diocèses où les nôtres sont en majorité ou forment une notable partie de la population sera occupé par des évêques francophobes, il semble bien que le rétablissement complet de la paix soit ajourné indéfinitivement.
Afin de suivre l’ordre des dates, il convient de laisser un instant les journaux de l'Est pour nommer ceux de l'Ouest, dont il n’y a que deux. L'Echo de L'Ouest, de Minneapolis, Minnesota, journal hebdomadaire à quatre pages de sept colonnes, existe depuis 1883 et il est publié aujourd’hui par A.-H. Demeules.
L'Echo de L'Ouest fut d'abord publié par une compagnie dont Zéphirin Demeules était l'âme, avec Jean Gosselin comme rédacteur. I1 fut rédigé ensuite successivement par Achille Carrier, Georges Lemay, F.-R. LeRoux. Le fils de feu Z. Demeules, Augustin-H. Demeules, en continua la publication jusqu'à ce jour, avec Georges Fortin comme rédacteur.
Les journaux existants 207
Un autre journal existant de l'Ouest est le Courrier Franco- Américain de Chicago, publié par Louis-J. Bachand-Vertefeuille. Ce journal fait remonter sa fondation en 1856. Mais en réalité il n'est pas si vieux que cela, tant s'en faut. Son propriétaire, M. Bachand-Vertefeuille, arrive à donner un âge aussi vénérable à son journal par une opération que bien d'autres auraient pu faire. Le Courrier Franco-Américain prétend avoir absorbé le Courrier de l'Il. linois, de Kankakee, Ill., fondé en 1856, le Canadien de Saint-Paul Minn., fondé en 1877, le Courrier de L'Ouest de Chicago, fondé en 1895, et la Voix du Peuple de Minneapolis, Minn., fondé en 1900. Il serait donc téméraire de considérer le Franco-Américain comme le plus ancien de nos journaux. Sa fondation est donc de date relativement récente, puisqu'elle est postérieure à 1900. L'amalgamation de ces feuilles a eu lieu en 1903. Au reste il a perdu quelque peu de la physionomie locale qu'avaient ses prédéces:: rs, attendu qu'il est imprimé à L'Indépendant de Fall-River, avec en majeure partie la matière de L'Indépendant.
Revenons dans l'Est pour y trouver d’abord L’Impartial de Nashua, N.-H., qui fut fondé par L.-A. Biron en 1898. L'Impartial est un journal semi-quotidien à quatre pages, parfois six, selon la quantité des annonces. Il a dû rapporter d'assez bons revenus à son propriétaire, M. Biron, puisqu'en 1910 celui-ci achetait L'Etoile de Lowell. Avec L'Avenir National de Manchester, et L'Impartial, nous avons toute la presse française du New-Hampshire. Les autres journaux existants sont la Justice de Biddeford, Me., fondée en 1896 par Alfred Bonneau, qui en est encore le directeur, hebdomadaire; L'Estafette de Marlboro, Mass., fondé en 1898, A.-L. Beauchamp, éditeur-propriétaire, journal hebdomadaire; le Courrier de Lynn et le Courrier de Lawrence sont des éditions hebdomadaires du Courrier de Salem, Mass.; ce dernier, fondé en 1902 et publié aujourd’hui par une compagnie, hebdomadaire; le Citoyen de Haverhill, petite feuille hebdomadaire, imprimée depuis 1906 à l'imprimerie Lambert de Lowell; le National de Lawrence, Mass. journal hebdomadaire fondé en mars 1911 par J.-E. Laferrière, rédacteur-propriétaire ; enfin les organes de nos quatre grandes sociétés fédératives: L'Union, pour l'Unicn St-lean.Baptiste d'Amérique, le Canado-Américain, pour l'Association Canado-Américaine,
le Forestier, pour l'ordre des Foret. franco-Américains, et L'Assomption, pour la société acadienne l’Assomption.
Le Patriote de Lawrence, fondé au mois d'octobre 1911, par M. Duchaine.
Il y a encore le Citoyen Franco-Américain, publié à Springfield, Mass., sous les auspices du Collège International, une institution protestante, c’est dire que c’est une feuille protestante, la seule du genre, croyons-ncus, dans le nord des Etats Unis. Le Collège International s’appelait autrefois le Collège Franco-Américain. Le Citoyen Franco-Américain est l'organe des protestants français de la Nouvelle-Angleterre. C'est un journal hebdomadaire dont la fondation remonte au moins à l’année 1891, puisque cette année-là nous voyons que M. L.-E. Rivard, qui fut plus tard reçu ministre, en était le rédacteur.
De tous les journaux du jour les plus importants sont incontestablement les journaux quotidiens. Ce sont aussi en général ceux qui ont la plus grande circulation. Ils sont publiés dans les grands centres de population canadienne-française. Sur les sept il y en a cinq dans le Massachusetts et un chacun dans le Rhode-Island et le New-Hampshire. A l’heure actuelle ces journaux paraissent tous faire des affaires assez prospères pour permettre à leurs propriétaires de les maintenir, en dépit de la concurrence incessante des journaux du Canada d'un côté, et de l’autre—et c'est probablement l'obstacle le plus sérieux qu’il y a à surmonter—l’apathie et l’indifférence de nos gens à l’égard du journal local français.
MM. Biron et Chaput, les propriétaires de L'Etoile de Lowell. sont des gens pratiques qui ont déjà une longue expérience dans la publication des journaux et qui savent ce qu'il faut pour attirer et conserver la clientèle des lecteurs ou abonnés. Nous avons vu que M. Biron publie en même temps L’Impartial à Nashua et M. Chaput le Courrier à Salem. Sous sa nouvelle administration L'Etoile est restée journal républicain en politique.
Le deuxième quotidien en date est L'Indépendant de Fall-River. Ce journal est publié dans le plus grand centre canadien-français de la Nouvelle-Angleterre. Aussi porte-t-il en quelque sorte la marque du milieu où il circule. Non seulement Fall-River contient la plus forte population d’origine canadienne-française de toutes les villes de la Nouvelle-Angleterre ou de l’Etat de New-York, mais c’est aussi
Les journaux existants 209
l’un des endroits de l’Union où le caractère français et la langue française se sont le mieux conservés. Aussi un journal français digne de l'importance de la localité doit-il nécessairement y vivre dans des conditions conformes aux exigences du jour. C'est ce qu’accomplit pleinement L'Indépendant, tant par son habile administration aux mains de M. Onézime Thibault que par sa rédaction vigoureuse, depuis plus de 17 ans confiée à M. Godfroi de Tonnancour, surnommé à juste titre le doyen des rédacteurs.
Le 27 mars 1910, L’Indépendant avait 25 ans révolus d'existence, et pour commémorer dignement ce remarquable événement il publiait ce jour-là un numéro spécial, appelé numéro anniversaire et industriel, en trois fascicules de huit pages chacune, en tout vingtquatre pages. Ce numéro, orné de splendides illustrations, représentant les principaux édifices religieux et les établissements manufacturiers et industriels les plus en vue de la ville de Fall-River, avec des notes historiques, représentait un effort qui était tout à l'honneur de la presse franco-américaine.
Dans tout le cours de son existence, L'Indépendant en politique, a professé les doctrines républicaines. Plus que cela, en toutes circonstances il s’est affirmé comme journal de parti. Notre presse franco-américaine n’a peut-être jamais compté un journal plus dévoué pour son parti politique que L’Indépendant.
Dans les questions nationales et religieuses il a revendiqué les droits des nôtres, et lorsque ceux-ci étaient menacés il en a pris la défense. Il est arrivé cependant, comme dans le cas de ce qu’on a appelé l'incident de Fall-River en 1906, qu’il ne s'est pas toujours trouvé d'accord avec ses confrères de la presse ailleurs dans l’application des principes et la manière d'interpréter ce qui constitue un attentat à nos droits en matière de langue. Quoiqu'il en soit, c’est un fait significatif qu’au mois de septembre de cette même année, 1996, le nom de L’Indépendant fraternisait avec ceux de la Tribune et de L'Opinion Publique au bas des fameuses résolutions du Congrès des Journalistes. Cela signifiait que malgré les violentes polémiques auxquelles ces journaux s'étaient livrés, au fond ils partageaient, dans les lignes générales, les mêmes principes, le même patriotisme, la même mentalité. Le plus souvent les polémiques de ce genre proviennent d’un malentendu ou d’un entêtement.
L'Opinion Publique de Worcester a continué les traditions de Ferdinand Gagnon, dont la mémoire est encore vivace parmi les Canadiens-français de la vieille génération de cette ville, vingt-cinq ans après la disparition de ce grand patriote. Si Ferdinand Gagnon revenait sur la terre il serait agréablement surpris des progrès dans la presse qu’a réalisés notre élément dans l'établissement de L’Opinion Publique, le successeur immédiat de son Travailleur.
L'Opinion Publique fut fondée le 27 janvier 1893 comme journal bi-hebdomadaire. Ses bureaux et ateliers étaient dans l’ancien local occupé par le Travailleur, 311 rue Main. Les membres fondateurs de la compagnie Belisle, pour la publication de L’Opinion Publique étaient les six frères Belisle: Alexandre, Félix-A.,! Charles-Edmond, Eugène-L., Georges-E. et Hector-L. Alexandre avait été administrateur du Travailleur pendant près de huit ans; Félix avait été agent et assistant-rédacteur au Travailleur pendant cinq ans; Charles- Edmond avait été typographe chez Martin-B. Brown & Co., à New- York. C'est encore la même compagnie qui publie aujourd’hui L'Opinion Publique. A partir du 27 avril 1898 L’Opinion Publique devint journal quotidien. C'était, par ordre de dates, le quatrième journal quotidien. En même temps les bureaux et ateliers étaient déménagés à l'édifice Houghton, 112 rue Front. Dès lors le journal fit de sensibles progrès et il devint un organe important dans le centre du Massachusetts, dont l'influence rayonna non seulement dans les localités environnant Worcester, mais aussi jusque dans les Etats voisins, le Connecticut et le New-Hampshire.
En politique L’Opinion Publique est un journal républicain, mais il n’est pas partisan à outrance. Cependant L'Opinion Publique n’a pas toujours été républicaine. Au mois de septembre 1899, le journal subit une évolution. De démocrate il devint républicain.
Le journal n’avait pas endossé la plateforme de Chicago et n'avait pas appuyé Bryan ou l'argent libre en 1896. Alexandre Belisle Jr. et Eugène-L. Belisle, deux des actionnaires de L’Opinion Publique, ont été proéminents dans la politique démocratique à Worcester pendant un grand nombre d'années, et tous deux ont servi dans le conseil de ville comme démocrates.
La composition du personnel d'administration de L’Opinion Publique a subi des modifications depuis 1899. Eugène-L. Belisle, au
1. M. Félix-A. Belisle, avocat, est décédé à Worcester le 15 avril 1905.
W-Lévi Bousquet x , “4 J-Arthur
Favreau
go ntm sie ele su Lien
F.-A. Belisle
| Eugène-L,. Belisle Bruno Wilson
Les journaux existants 211
mois de mars 1906, était nommé consul américain à Limoges, F ance, où il exerce encore les mêmes fonctions. Son départ suscita nècessairement des changements dans l'administration. Charles-Edmond Belisle, l’un des actionnaires, qui était le chef d'ateliers, remplaça son frère Eugène à l'administration. Il prit en main la gérance du service d’irnpressions générales et M. W.-Lévi Bousquet, qui était agent d'annonces, devint le gérant du journal.
Des six frères Belisle qui fondaient L'Opinion Publique en 1893, cinq survivent, M. Félix étant décédé depuis plusieurs années. Ces cinq forment encore la compagnie de L'Opinion Publique, dont l’auteur de ce livre est le président. Mais pratiquement, seul Charles- Edmond Belisle consacre tout son temps à la direction de son vaste établissement, les autres étant engagés activement dans leurs occupations respectives: Alexandre, banquier, courtier et agent d'assurance contre le feu; Eugène-L., dans le service consulaire des Etats- Unis; Georges-E., avocat pratiquant à Worcester, et Hector-L., principal de l’école John-R. Rollins à Lawrence, Mass.
A part sa rédaction ordinaire, L'Opinion Publique a eu, au cours de son existence, un grand nombre de collaborateurs dont les écrits intéressants et remarquables ont contribué à rehausser le prestige du journal. Chez un certain nombre la mort leur a arraché pour toujours la plume et notre souvenir ému va particulièrement au Dr C.-J. Leclaire, de Danielson, Connecticut, qui fut un vrai patriote et qui a tant souffert à la vue des injustices, dans les questions de langue, dont sa race était la victime dans le milieu où il demeurait. Parmi les principaux collaborateurs récents sont le comte J.-B. de Taillac, de Colebrooke, Conn.; Louis Tesson, de Boston; le Dr J. Landry, de Putnam, Conn., qui a écrit de spirituelles chroniques sous le pseudonime de Jean Cayen; Blanche-Yvonne, qui a aussi écrit des chroniques remarquables, de Providence, R.-I., etc.
Le troisième journal quotidien par l’âge est la Tribune de Woonsocket, Rhode-Island, fondé en 1895. Îl a la distinction d’être le seul de nos journaux qui fut quotidien dès ses débuts. Son fondateur, Adélard-E. Lafond, y trouva le champ libre et le terrain tout préparé pour un nouveau journal dans ce centre important où les Canadiens augmentaient si rapidement en nombre et en influence. Les progrès de la Tribune furent remarquables. Vers 1905 la compagnie de la Tribune fit l'acquisition d'une grande presse rapide Duplex.
L'augmentation constante de sa circulation et de son chiffre d'affaires nécessitait cette importante amélioration. La Tribune, comme L'Indépendant, est publiée dans un milieu qui a bien conservé jusqu'aujourd'hui le caractère canadien-français. Woonsocket est une ville où les Franco-américains forment la majorité de la population, la seule probablement dans le pays où il en est ainsi, et on y compte présentement cinq paroisses françaises. La population franco-américaine de Fall-River est bien plus élevée que celle de Woonsocket, mais le total ces autres éléments la surpasse de beaucoup, bien qu'’avec ses six grandes paroisses elle constitue le plus fort élément du district.
Il est donc tout naturel que Woonsocket ait la physionomie aussi française que celle de Québec. Dans ces conditions un journal français ne saurait faire autrement que prospérer, s’il est conduit sagement et d’après les méthodes d’affaires.
D'autres causes ont ajouté à la prospérité de la Tribune et certaines circonstances lui ont été singulièrement favorables. Ainsi, depuis sa fondation, la Tribune a toujours eu le champ libre à Woonsocket, aucun concurrent sérieux ne s’y étant jamais présenté, comme à Fall-River et Manchester.
Quant à sa rédaction, elle a changé de mains plusieurs fois et le ton de la rédaction a varié selon les hommes divers qui ont successivement occupé le fauteuil éditorial. Présentement, sous la direction de M. J.-Adélard Caron, l’ancien secrétaire général de l’Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, la Tribune a toutes les allures d'un journal nettement et essentiellement catholique. Nous ne pouvons pas dire que les autres journaux soient moins catholiques que la Tribune, mais il semble que l'esprit qui prédomine à sa rédaction soit particulièrement empreint de religion et de morale, et certes on ne peut lui reprocher cet esprit. Celui qui se dit carrément journaliste catholique ne doit pas se laisser influencer par le respect humain, par les fausses maximes du monde. S'il a la faculté de donner libre cours à l'expression de ses idées, il ne peut se soustraire au devoir qui lui incombe de proclamer haut et ferme sa foi catholique et les obligations que comporte le titre de catholique. Et M. Caron semble réaliser pleinement l'importance de son rôle de journaliste catholique.!
1. Ceci a 6t6 écrit au printemps de 1911, alors que M. Caron était encore rédacteur de la ‘Tribune.
Les journaux existants 213
Dans les choses de la politique la Tribune penche du côté républicain. Elle ne semble pas cependant être un organe de parti à la façon de L'Indépendant, mais tout en favorisant généralement la politique républicaine elle fait volontiers abstraction de considérations purement politiques quand il s’agit de l'avancement de notre élément.
Présentement les officiers de la compagnie de publication de la Tribune sont: MM. Philippe Boucher, président; Alphonse Gaulin, sr., trésorier; J.-H. Boucher, M.D. secrétaire; Arthur-C. Milot et N.-J. Larochelle, directeurs; Hon. N. Decelles et Elphège Daignauit, auditeurs des comptes; J.-B.-N. Savard, administrateur.
Le Progrès de Woonsocket a été fondé en 1896 par le Dr J.-H. Boucher, qui en 1901, le cédait à la Tribune, qui le publie actuellement comme édition hebdomadaire.
L'Avenir National de Manchester a fait de notables progrès en ces dernières années. C'est aujourd’hui un beau journal, bien fait et rivalisant très avantageusement avec ses confrères de la presse quotidienne. La dernière grande amélioration que son propriétaire, M. J.-E. Bernier, lui fit subir, eut lieu au cours de l’année 1908 au temps de la fondation du Réveil de M. Joseph de Champlain. M. Bernier fit alors l'acquisition d’une presse rapide qui remplaça la machine vieux modèle et il augmenta le format du journal à six ou huit pages. Dans ces conditions L’Avenir National était parfaitement en état de soutenir avantageusement la concurrence du Réveil. De fait, comme médium d’information et à tous autres points de vue L’Avenir National était bien supérieur au Réveil et il devait nécessairement obtenir plus de crédit dans le public.
L'Avenir National s'occupe beaucoup des affaires d'Etat et municipales. A Manchester les nôtres exercent une grande influence dans la politique et dans la distribution des offices publics ils ne sauraient être ignorés. Il est donc important que leur organe consacre une attention spéciale aux affaires publiques qui concernent plus directement les citoyens de langue française. A cet égard L’Avenir National joue un rôle des plus bienfaisants.
L'Avenir National est peut-être aussi celui de tous nos journaux quotidiens qui a publié le plus souvent des numéros spéciaux volumineux. Son dernier effort en ce sens a été fait le 1er août 1911, alors qu'il sortit un numéro industriel de quatre fascicules de huit
pages chacun—soit 32 pages—illustré. Ce numéro, préparé sous la direction de M. Wilfrid-J. Lessard, contenait un historique très complet des paroisses et institutions religieuses canadiennes-françaises de Manchester. Mais le but principal de ce numéro extraordinaire était de donner l’histoire des établissements industriels de la ville, surtout la grande corporation Amoskeag. Les annonces étaient exclusivement pour les établissements industriels.
Un homme, jeune encore, qui a heureusement secondé M. Bernier depuis 1902 pour faire un succès de la partie financière du journal, est son agent de publicité, M. Ernest-A. Bournival. Elu en 1910 au conseil municipal, notre compatriote eut l'honneur d'être choisi par ses collègues comme président de la chambre des conseillers.
Dans la politique générale L'Avenir National a toujours gardé une attitude indépendante, favorisant un parti ou l’autre suivant les circonstances.
La Justice de Holyoke, sous la direction de son propriétairerédacteur, M. Joseph-M. Lussier, paraît voguer en pleine prospérité. C'est un beau journal hebdomadaire, bien fait, contenant généralement dix pages, ayant une bonne clientèle d’annonceurs. Chaque semaine il sort avec un article de son directeur, que celui-ci signe de son nom, ainsi que des notes courtes où M. Lussier donne libre cours à son esprit frondeur. La Justice fut fondée dans l’automne de 1904 pour les élections municipales, mais la compagnie qui fut incorporée plus tard n’a été constituée qu’au commencement de 1905. Au début elle portait une page anglaise, dont le rédacteur était John-J. White, actuellement maire de Holyoke. Le rédacteur français était alors le Dr H.-E. Chaput. Elle continua ainsi jusqu'en janvier 1908, alors que l'avocat O.-O. Lamontagne en acquit le contrôle et en devint l’unique rédacteur. La page anglaise disparut en même temps. C’est le rer avril 1909 que M. Lussier succéda aux intérêts de M. Lamontagne et il en est encore aujourd’hui l’unique propriétaire-rédacteur. Avant M. Lussier, la Justice n'avait pas de pied à terre et elle était imprimée ailleurs. Le rer juillet 1909 M. Lussier établit des bureaux et ateliers bien munis pour le journal et pour impressions générales.
L'Indépendant de Fitchburg a été fondé le rer octobre 1908 par Messieurs L.-H. Bourguignon, né à Montréal le 10 février 1857, et A.-B. Trudeau, né à Manchester.
Les journaux existants 215
M. L.-H. Bourguignon était chargé, alors, de la rédaction, de la traduction et de l'impression du journal. M. A.-B. Trudeau était solliciteur d'annonces.
Au départ de M. Trudeau, c'est-à-dire vers le 2 février 1911, le journal passa aux mains de MM. J.-E. Venne, Paris et Roy. Ce dernier est agent général pour la circulation, et le rédacteur est M. Léo Charlie, natif de France.
Le Courrier National de Lawrence, n’a jamais eu d'imprimerie à lui La compagnie qui l'avait fondé le faisait imprimer sous contrat à l'atelier de L'Avenir National de Manchester, N.-H. Quand M. Roberge en fit l'acquisition il continua à le faire imprimer à L’Avenir National, mais quelque temps avant qu'il le vendit à M. Monette il en confia l'impression à L'Impartial de Nashua, N.-H. M. Monette ayant revendu à la compagnie du Réveil, comme dit ci-dessus, le Courrier fut imprimé à L'Etoile de Lowell.
Le Courrier National, (maintenant le Courrier de Lawrence,) fut fondé à Lawrence au mois de novembre 1899, par un groupe d'homines d’affaires, soit feu Amédée Cloutier, Rosario Dubrûle, Siméon Viger, A.-D.-V. Bourget et Dr T. Tétreau, celui-ci plus tard fut remplacé par Albert Demers. Le journal eut pour rédacteurs à tour de rôle, MM. Paul Gravel, Bourget, J.-L.-J. Dupuy et A.-E. Roberge. Au mois de septembre 1903, M. A.-E. Roberge en devint le propriétaire. Le journal, qui était alors publié bi-hebdomadaire, devint hebdomadaire. M. Roberge resta son propriétaire et rédacteur jusqu’au premier janvier 1907, alors que M. l'avocat Joseph Monette en fit l'acquisition et changea le nom de Courrier National en celui de Courrier de Lawrence. En 1908, le journal fut vendu par M. Monette à la “Réveil Publishing Company,” opérée par la New England Investment Company. Lors de la débâcle de cette compagnie en décembre 1910, le journal passa aux mains de la Cie de Publication du Courrier de Salem, par l'entremise de M. Paul-N. Chaput, de Salem. Pendant plusieurs mois ensuite la publication du Courrier fut suspendue, mais la compagnie de M. Chaput à Salem en reprit la publication, comme édition pour Lawrence du Courrier de Salem, au mois de mars 1911. Présentement, le Courrier de Lawrence est publié par cette compagnie, et M. J.-C. Martin en est le rédacteur, assisté de M. J.-W. Green.
216 Ilistoire de la Presse Franco-Américaine