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Ghifflet. Hist, de V abbaye de Tournus j p

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bert était né, vers Tau 616, d'une famille noble, près de l'ancienne ville de Hérurse. 11 fut élevé à Vie (môme province), puis envoyé, à Tâge de quinze ans, à la cour du roi Dagobert. Il s y attacha à la personne de saint Ouen, grand référendaire du palais. A vingt ans, après avoir vendu tous ses biens et distribué le prix aux pauvres, il se retira du monde et se fit religieux à Tabbaye de Rezbez, fondée par saint Ouen. Ses vertus et son humilité le firent choisir, en 650, pour succéder à saint Agile dans le gouvernement de l'abbaye. Il voyagea; il visita les monastères de la Bourgogne, de la France et de l'Italie, s'éclairant et prenant conseil; il étudia la constitution de saint Basile, les règles de saint Benoît et de saint Golumban. A son retour, il entreprit de fonder un monastère à Jumièges. Il s'en ouvrit à sainte Bathilde, reine de France et, par son intercession, il obtint du roi Dagobert, son mari, le don d'un territoire dans une presqu'île de la Seine, à dix milles au delà de Rouen. Il y avait là un ancien castrum : il en fit son habitation avec soixante-dix-sept de ses disciples, après y avoir élevé une église, qu'il dédia à la Vierge (655). Homme des temps apostoliques, il envoya ses disciples prêcher les peuples et consoler ou racheter outre mer les captifs. — Telle était la prospérité de son abbaye qu'on y comptait jusqu'à neuf cents religieux et quinze cents serviteurs ou domestiques. — Toutefois, sa grande piété ne lui faisait pas négliger ses intérêts temporels. Témoin son diflerend avec saint Lambert, son voisin et son ami, au sujet du partage de la forêt de Jumièges, sous Ghildéric II, différend que l'arbitrage de saint Ouen régla, à la satisfaction des deux parties. Cependant, à la suite d'une fausse accusation, portée par Hébroïn, maire du palais, contre saint Philibert qui avait osé lui reprocher

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ses cruautés et ses crimes, saint Ouen, alors archevêque de Rouen, le fit mettre en prison, en un lieu de cette ville appelé la Poterne, où Ton a, depuis, bâti une chapelle en Thonneur du saint. Reconnu innocent, mais après un temps assez long, il fut rendu à la liberté et au gouvernement de son abbaye. Il préféra se retirer dans l'Aquitaine. Il y bâtit, dans l'île de Héri (depuis Hermoutiers ou Noirmou tiers), aux extrémités du Poitou et de la Bretagne, en 674, vers le même temps que saint Lambert édifiait le sien à Dusera, un monastère qu'il peupla de ses religieux, et qui a existé jusqu'à la Révolution, sous le vocable de la sainte Vierge et de saint Philibert.

Plus tard, à la prière de saint Ouen, il revint à Jumièges. Ses religieux se portèrent au-devant de lui, en chantant des hymnes; mais il aimait trop la solitude et la vie contemplative, pour ne pas regretter son île de Héri. Ayant pourvu à tout et dit adieu à ses religieux, il partit avec le secret pressentiment qu'il ne les reverralt plus, A peine de retour, en effet, il mourut entre les bras de ses disciples, le 20 août 684, suivant Mabillon ^

Un contemporain, qui a écrit sa vie, dit qu'il avait un génie profond, un grand talent pour la prédication, beaucoup de douceur dans la conversation, une grande fermeté dans le caractère. Il ajoute qu'il était chaste, sobre, pieux, charitable, plein de compassion pour les misérables, les affligés et les captifs, toujours prêt à faire lui-même ce qu'il commandait aux autres.

Après sa mort, on lui érigea un autel *. Son corps fut

i . Annal. Bened., t. II, p. 571.

2. Hanc pater egregius aram Filibertus habebit, Plwnma construxit qui loca sonda Deo,

Alcuin, Épigr, cxxxv.

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enterré à Noirmoutiers ; mais, en 834, les religieux de ce monastère, chassés par les Northmans, abandonnèrent Tîle et se retirèrent, avec les restes de leur saint fondateur ', en terre ferme : d*abord à Dée, puis à Carnaud dans TAnjou, en 857 ; de là à Messay, dans le Poitou, en 862 ; puis à Saint-Pou rçain en Auvergne, en 871 ; et enfin à Tournus, sur la rive droite de la Saône, en 875. Ils avaient alors à leur tête Tabbé Geilon, homme actif, entreprenant et très capable de mener à bonne fin les îiffaires de sa communauté.

C'est à sa prière que Charles le Chauve, « pour le salut de son père Louis le Pieux, de sa mère Judith et de sa femme Richilde », avait octroyé en 875 « aux religieux de la bienheureuse et immaculée Vierge Marie et de saint Philibert, confesseur, sans asile à cause des païens », la petite abbaye (abbaUolà) de Saint- Valérian de Tournus et le château qui en dépendait ; plus la confirmation de toutes les possessions, franchises et privilèges qu'ils devaient aux libéralités « de son père Louis, de son aïeul Charles et de son bisaïeul Pépin * ».

Boson, proclamé roi à Mantaille, Tabbé Geilon se tourna vers lui ; et cette politique lui réussit mieux qu'à l'évêque de Viviers, puisqu'elle valut à son abbaye de nouvelles possessions. Sur ces entrefaites, il fut appelé au siège de Langres, — « et peut-être, dit Juénin *, fut-

1 . Il paraît que ses reliques échappèrent au sac de l'abbaye par les huguenots, en 1562. Uu moins, un écrivain du xviiie siècle dit avoir vu dans la châsse du saint un parchemin attestant que, plusieurs fois ouverte, notamment en 1630, lors du passage îi Tournus de la reine Anne d'Autriche et de Marie de Médicis, mère du roi Louis XIII, elle renfermait encore « 105 ossements, outre la tôle, et 7 dents. »

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