CHAPITRE XVII Les achats des églises et des monastères
Le patrimoine ecclésiastique se constitue pour une très large part en dehors des conditions normales où naissent et grandissent les fortunes particulières. Une église a des moyens de s'enrichir dont ne dispose aucun propriétaire laïque. Vers elle la piété des lidèles charrie comme un Pactole les précieuses paillettes ; elle n'a même pas à les rechercher et à les extraire ; le coulant les apporte et les dépose en bancs épais. Il suffît au clergé et aux moines de ramasser ce que laisse le flot et d'emmagasiner la richesse qu'ils n'ont pas créée.
Mais si parla les églises échappent pour autant aux lois purement économiques qui en régissent le développement, elles relèvent, par ailleurs, de ces règles. Une église n'acquiert pas seulement à la manière d'un propriétaire ordinaire, mais d'autre part elle peut faire fructifier comme lui la fortune acquise.
Le clergé et les moines paraissent en avoir eu souci dès l'époque franque. Plus tard quand la foi attiédie des lidèles ne fera plus couler les largesses qu'en un maigre filet, les églises et les monastères ont pu compenser, vaille que vaille, leurs pertes en faisant produire leurs capitaux. Ceux-ci jouent déjà un rôle, dès l'époque franque, dans la croissance du temporel des églises. Les établissements religieux achètent, arrondissent leurs domaines, entreprennent des si)éculations rémunératrices. La richesse des églises et des monastères engendre elle-même la richesse.
D'un certain ncnubre d'églises et .d'abbayes nous avons des preuves qu'elles oui, dès l'époque franque, non seulement acquis à prix d'argent des objets mobiliers, vases sacrés, croix, étoffes précieuses *, les provisions de vivres et de vêtements que ne
1. De tels achats n'étant point eunsignés dans des actes n'ont pas laissé de trace. Mais mention est faite de pièces d'orfèvrerie religieuse que les évêquos ont fait exécuter vraisemblablement souvent aux frais de leur église (cf. plus loin, chap. XVIII, Bâtiments ECCLKSiASTiyLEs et biens mobiliers, p. iOl;.