‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 204 sur 570 · CHAPITRE XVIII Bâtiments ecclésiastiques et biens mobiliers · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII Bâtiments ecclésiastiques et biens mobiliers

Jamais mention n'est laite du droit de propriété de l'église sur l'édifice dédié à un saint dont il abrite parfois la précieuse dépouille et oii est célébré l'oflice divin. Le temple matériel se confond en effet dans l'esprit des hommes de ce temps avec l'église personne morale. Ce seul mot, l'église, désigne indifféremment soit l'immeuble consacré au culte, soit le corps des fidèles et du clergé dont l'évoque est la tête. Dans l'imagination du bienfaiteur d'une église, le destinataire de ses dons ou de ses legs se présente sous la figure idéale d'une personne céleste, mais aussi sous l'espèce de la maison de Dieu et des saints, où l'on chante leurs louanges et dont les clercs et les moines sont les gardiens. C'est pour le luminaire et la parure de ce temple, l'entretien du prélat qui l'administre, des ministres qui le desservent, de la clientèle de pauvres qui y est attachée que s'est formé le temporel ecclésiastique. De même qu'un homme libre possède son pro[)re corps, ainsi l'édifice sacré est une propriété qui ne se distingue pas de la personne du propriétaire.

Le site d'une église où un évêque a son siège est marqué par la tradition. Le terrain qui porte la cathédrale est de temps immémorial déjà consacré à cet usage religieux, on a pu se demander si les églises paroissiales et monastiques qui sont de création récente et qui ne cessent de surgir n'ont pas un propriétaire, le personnage qui en possi'de le sol et qui fait les frais de la bâtisse. La question, on l'a vu, n'a pas toujours

196 I, 'ÉGLISE, l'atrium

été résolue on faveur de la personne morale que constitue une basilique, un monastère. Pour les églises épiscopales elle ne s'est même pas posée.

Au reste, la propriété des édifices religieux est une charge qui s'impose aux églises plutôt qu'un apport fait à leur temporel. Les écrivains de l'époque franque parlent des sanctuaires pour en signaler les grandes proportions', la magnificence, les colonnes de marbre '-', le toit d'étain étincelant aux premières clartés du jour ■'••, mais ces descriptions sont faites d'ordinaire à la louange du fidèle généreux ou de l'évêque entreprenant qui a entrepris à ses frais ces travaux de construction ou d'embellissement. Les édifices sacrés absorbent les ressources et les attirent. C'est en vue de cette part improductive et coûteuse du temporel ecclésiastique que se constitue celle (jui rapporte un revenu.

Contiguës à l'église s'élèvent des constructions qui font corps avec elle. Les dépendances d'une basilique sont inviolables comme elle : il n'est pas permis, rappelle le concile d'Orléans de 511, d'arracher les réfugiés de l'atrium de l'église, ou de la (lomus ecclesiae, ou de la domus episcopî ■^. Ces bâtiments sont, au même titre que le sanctuaire lui-même, la ijropriété des églises, mais aucun texte ne précise ce droit de propriété qui n'était jamais mis en cause.

L'atrium et les portiques qui donnent accès à la basilique servent à beaucoup d'usages qui n'ont pas tous un caractère religieux. Près des sanctuaires fréquentés, ces cours et vestibules devaient être assez vastes pour abriter beaucoup de monde. Ils ne livrent pas seulement passage au flux et au veflax des pieux visiteurs. Dans l'atrium stationnent les pauvres attachés à la matricule de l'église ^, les mendiants

1. FoRTiNAT, Cunn., III, 7, dtscription il'une église éililii'o luir Félix, évêque de Nantes : « instar niontis agens aedis acumen lial)et >> (Xuct. antiqulss., l. iv, p. prior, )). 57>. Cf. I, 9, basilique élevée par Léontius, évoque de Bordeaux (p. 12).

■-'. II, 1(K (lescrii)lion dune église édifiée à Paris i)ar Childelierl : « si)lendida inarnioreis attollitur aula columnis « (p. 40).

3. III, 7 : « sol vagus ut dederit i)er stagnea tecla coloreni •> (p. 57). Cf. I, I-.> : » .sacra sepulchra legunt Bibiani argenlea tecla » (p. 14).

Page 1