‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 334 sur 570 · DÉFRICHEMENT DES FORÊTS · texte numérisé non relu

DÉFRICHEMENT DES FORÊTS

leurs colons et de leurs serfs, des terres arables, des prairies et des vergers. C'est surtout par des défrichements que les églises et les monastères mettent en valeur les larges districts forestiers qui leur ont été abandonnés. Les moines qui fondent en plein bois un établissement défrichent nécessairement la forêt sur un large espace. Auprès de la basilique et des bâtiments claustraux ils créent des jardins, des champs, la curtis des moines '. Dans la forêt de Jumièges, saint Wandrille et ses compagnons abattent les futaies et transforment la clairière en un délicieux jardin -.

Parfois l'œuvre est entreprise modestement par quelques ermites qui construisent près d'un petit champ leur cellule de bois et de feuillage, humble commencement de quelque grand établissement monastique. Dans les régions désertes du haut Jura saint Romain et saint Lupicin défrichent autour de leur hutte un coin de forêt ■'. Puis des succursales sont bâties par eux et leurs disciples. Des colons viennent se fixer autour des monastères de Condat et de Lauconne et continuent le défrichement du plateau '^.

Partout où un monastère a été fondé dans une solitude boisée, le travail s'est poursuivi ainsi. Sigebert II, en cédant aux monastères de Stavelot et de Malmédy un large quartier de sa forêt des Ardennes, stipule que les serviteurs de Dieu pourront seuls y pénétrer et y bâtir des maisons ^; il s'attend qu'avec la licence des moines, des colons viendront s'y établir et cultiver le lopin de terre qu'ils auront gagné sur la forêt, mais le défrichement ne se fera qu'au profit des religieux et de leurs hommes. Le biographe de saint Pirminius, qui écrit au début du IX'' siècle, quelque cinquante ans après la fondation du monastère d'Hornbach, rapporte des souvenirs peu précis de la manière dont il fut tiré parti des forêts abandonnées aux moines par un grand personnage du pays. Les prévôts et autres ministres du saint pénètrent dans ce désert; les hommes libres et les serfs affluent, les arbres tombent sous la hache ; bientôt des moissons vont lever en place des futaies ^.

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