‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 400 sur 570 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

La bienfaisance ecclésiastique.

Les églises n'ont pas seulement à subvenir à leurs i)roi)res besoins; une innombrable clientèle de nécessiteux sollicite les largesses du clergé et des moines et vit de leurs ressources. Tous ceux dont l'évêque est pasteur, s'ils tombent dans l'indigence, sont h sa charge au même titre que ses clercs, car le peuple est lui aussi membre de l'église; le patrimoine en doit entretenir les pauvres comme les ministres. Les monastères ont été dotés alin qu'ils puissent nourrir les pauvres du Christ, à savoir les religieux qui ont renoncé pour l'amour de lui aux biens terrestres et les indigents qui demandent raumôiie en son nom à la porte du monastère. C"est surtout parce que l'Eglise s'est organisée en une vaste institution de bienfaisance qu'elle a eu besoin d'un temporel et que celui-ci grandit sans cesse. Alimenté par l'aumône, il s'écoule en œuvres de bienfaisance.

La charité d'un évéque s'exerce en faveur de toutes ses ouailles. Providence de la cité il ne doit ménager pour venir en aide à la population ni ses démarches ni ses dépenses et la cliarge est telle qu'il en est souvent accablé i. Les évèques n'ont pas seulement souci de défendre les propriétés ,de leur église, ils veillent aussi sur la fortune de leurs concitoyens -. Ils empêcheront les agents du lise de les l)ressurer, s'emploieront à obtenir pour eux du monarque une remise totale des impôts, une détaxe, un mode de per-

1. « Cum se puntifex tantuin onus cclesiaruin sullicitudiiicin et pauperum curam vfl univcrsac itlcbis ncf/otia vidcrel si; jrravitcr praegravari ■> {Vitas. Si<lpicii, ", ScrijH. rcrinn mcror., t. iv, p. 'STij.

'.'. Cf. la leUre par laquelle Gogus devenu propriétaire à Meiz luei ses hicns ou cette ville sous laprotection de révè((ue Pierre {Ejtlsl. uuslrdx.,'^, Einst. mn-otr. arri, l. i, p. VM). Les évèques sadresseiU aux rois pour obtenir ()ue personne ne soutire préjudice en ses biens {l.riirr ih'y ,-.«-<///<'.v ,h/ mm-ii.- ,/,■ ( i,-riii<i,ii lie .'>:13, Maassicn, p. 71).

354 l'ÉVÉQUE PRbTÉGp, ASSISTE SES CONCITOYENS

ception moins arbitraire ^. Ils tiennent tête aux grands et aux petits tyrans, aux juges et agents royaux, au comte, qui souvent est pour ses administrés une sorte d'ennemi public, au risque peut-être de détourner sur le temporel de leur église les spoliations épargnées à l'avoir des pauvres 2. La ville est-elle menacée d'être mise à sac, l'évêque paiera rançon aux frais du trésor ecclésiastique. Assiégé dans sa cité, saint Léger verse aux mains de ses ennemis une somme de cinq mille sous prise dans l'épargne de son église ; mais les habitants d'Autun échappèrent au i)illage et aucun d'eux ne fut emmené captif avec lui "■. Marovéus, évêque de Poitiers, s'est racheté lui et son peuple au prix d'un calice d'or ^.

A ses concitoyens appauvris, l'évêque prête, s'il le faut, un secours pécuniaire. Les largesses de Vilicus, évêque de Metz, s'épandent sur toute la population de sa ville épiscopale et même des autres cités ^. Quand le trésor est épuisé, l'église use du crédit dont elle dispose seule pour emprunter de quoi venir en aide à des commerçants ruinés. Dizier, évêque de Verdun, dont tout l'avoir a été confisqué par Thierry P"" et qui ne peut plus soulager la détresse des siens, prie Théodebert de lui consentir un prêt. Les sept mille pièces d'or envoyées par le roi sont distribuées entre les négociants de la ville. Le préteur ayant renoncé, par égard pour le prélat, à recouvrer sa créance, les citoyens de Verdun qui ont fait fructilier ces capitaux jouissent au temps de Grégoire de Tours d'une opulence qu'ils doivent au saint évêque ^.

■2. Maurilius, évêque de Cahois « defendens pauperes ecclesiâe suae de manu malorum judicum » (Grégoire de Tours, Hist. Franc, V, 4-2, p. 233). Grégoire de Tours, qui réprimande Pélagius de ses brigandages, se fait ainsi haïr de cet intendant des écuries royales qui ne cesse plus de porter préjudice à l'église (VIII, 40, p. 352-3). Sur le droit qui est reconnu aux évèques de surveiller les juges, cf. plus haut, p. 275.

3. Vita anon. s. Leodcoarii, 10: « Nam pro civitatis redemptionc, occasions ^ reperta in quinque millibus solidorum fuit Ecclesiâe argentum distractum, praeter spolia civium., El quamquam Ecclesiâe pertulisset de transitoriis rébus dispendium, nullum exinde permisil Dominus abduci captivum » (Mabillon, Acta sanct., t. II, p. 659). Le geôlier du saint lui aurait rendu la somme que Léger aurait renvoyée à Autuii ))our être distribuée aux dotncstici fidei (11, p. cit.). Ces reiiHpjgncmenls ont été tirés par le biographe anonyme de la vie primitive (cf. lilus haut, 1). 200, n. ('>)•

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