CONFISCATIONS. RANÇONS DE GUERRE
tiiies qui se perpétuent jusqu'au triomphe délinitif des Carolingiens exposent les églises à de continuelles déprédations. L'un des grands d'Eudes d'Aquitaine qui assiège Bourges, s'installe dans le monastère de Saint-Oustrille, distribue aux siens tout ce qu'il y trouve, de telle sorte qu'il n'y reste plus rien aux moines. Quand le monastère est complètement dénudé, les gens d'Eudes se mettent à dévaster les mllae du saint; granges et étables sont vidées ; les pillards emmènent chez eux chevaux et bétail i.
Les trahisons vraies ou prétendues d'un évoque, l'attitude qu'il a prise vis-à-vis de rois compétiteurs ou ennemis, servent de prétexte à des confiscations qui atteignent, avec l'avoir propre du prélat infidèle ou im])rudont, les biens de l'église elle-même. L'évêque de Toulouse, Magnullus, rofuse-t-il de reconnaître l'usurpateur Gondowald pour fils de Clotaire P"", le prétendant le chasse et emporte ce qui appartient à l'église et à l'évêque -. Théodore de Marseille, Palladius de Saintes, qui entre autres griefs sont accusés d'avoir favorisé Gondowald, sont arrêtés par ordre de Gontran et de Childebert II ; saisie est faite du temporel dont ils ont la garde '^. Bertrand du Mans, qui est resté fidèle à Clotaire II, a éprouvé à plusieurs reprises dommage en ses biens personnels et en ceux de son église ; l'évêque a été appauvri et l'église a subi de grandes pertes *. Les basiliques des saints et les monastères souffrent également préjudice du fait des compétitions royah^s. Une domus qui appartient à Saint-Martin de Tours dans le Berry est rancjonnée sous prétexte que les hommes du domaine n'ont pas obéi à l'ordre de marcher contre les suppôts de Gondowald "'.
Le contre-coup des guerres, des rivalités des rois et des graijds ne représente dans l'attaque continue du temporel ecclésiastique que des secousses intermittentes et dont souffrent davantage encore les propriétés qui ne sont point placées, comme celles de l'Eglise, sous la défense d'un saint et le couvert de la
1. f.ihcr inirar. .v. .Xi'.strifjisili, 6 (ScrijU. rcrxm nicrov., t. iv, p. .'02).
2. VII, -27 : « rcs cjus, tam proprias quaiii aeclesiae, inlogrc auferentes» (p. :«)7). :!. Cf. plus haut, p. -.'on. Lors du j)rocès d'Kgidius de Reims, le fisc, toutefois,
n'a saisi dans le trésor de l'évêque qvie l'argent qui avait i)ayc sa trahison et a laissé à l'église ses légitimes revenus (cf. plus haut, p. -200).
l. Test, de liertrand: « notum est ((ualiler his aut tertio in rehiis san< tae ecclesiae vel propriis sustinui spolialionem... pro eo ((uod lidem v<dui illihalam cuslodirc (à l'égard de Clotaire II, rf. pp. joi et 003); et sanota erclesia in praediis (prcsidiis, éd. Bisson-Lkkri, ArUts episc. Cenotn., p. 123) illo lempore grave pertulil dispendium et ego pauperatus suhslaniiola nn^a proi)ria valde egenus evasi » (I'.vkdkssi s, 230, t. i. ji. -,07).
.".. Hixt. Fronr , \\\, \>, (i. 321.
442 BIENS SOUSTRAITS PAR LE CLERGÉ d'uNE AUTRE ÉGLISE
religion. Mais le temporel des sanctuaires a des parasites propres et des adversaires ordinaires.
Une église doit prendre garde d'abord à l'ambition d'établissements religieux voisins.
Le patrimoine d'une église épiscopale peut être entamé par suite du démembrement du diocèse. Au profit du diocèse de Saint-Jean-de-Maurienne, créé par le roi <Tontran, l'évèque de Turin est dépossédé de ses paroisses sises en territoire franc. En même temps, on lui a ravi des biens i, ceux sans doute que possédait son église dansles localités soustraites à sa juridiction. Quand Sigebert P"" essaie d'établir un évêque à Châteaudun, dans la partie du diocèse de Chartres qui lui appartient, l'évèque intrus se saisit de toutes les propriétés de l'église de Chartres dans le Dunois -.
Un évêque qui usurpe des districts placés sous la juridiction d'un autre évêque empiète en même temps sur le temporel de ce voisin. Au temps de saint Rémi, Fulco, évêque de Liège, a mis la main sur la basilique de Mouzon, qui de tout temps était gouvernée par le métropolitain de Reims. Il n'a pas manqué, de se faire porter les tributs des colons et les revenus des domaines, montrant ainsi qu'il convoitait moins la charge spirituelle que les biens de l'église '^.
Même quand un prélat cupide respecte les droits spirituels de ses collègues, il leur ravit quelquefois soit leur avoir personnel , soit celui de leur cathédrale. Plusieurs conciles francs interdisent aux évèqueset aux clercs d'usurper les biens d'une autre église 'i. Des évêques et des clercs cherchaient comme les laïques à se saisir des propriétés d'une église étrangère ou d'un évêque dont le siège est dans un autre royaume, domaines qu'on était tenté de regarder comme des biens sans maître, attendu ((ue le propriétaire pouvait malaisément les défendre •'.
Mais si les églises ont quelquefois à soulfrir du fait d'autres églises et du clergé, elles oublient leurs querelles pour faire face à l'assaut donné de toutes parts |)ar les laïques au temporel ecclésiastique.
1. CtRÉgoihk i.k Grand, Ejjist., IX, 2M, ii Syagrius, évêque d'.Vutuii (t'il. Hartmann, t. ii, p. 200); 220, à Thierry et Théocleljerl (p. 217-8).
2. Conc. de Paris de 573, EiJist. Pappnli ad synodum : <■ facull.iliculaiu ecclesiae cui praesse vidcor, quanluiu iii ip.so pajru (Dunensi) esse cuiislal,... pervasit » (Maassex, p. 147».