MAGASIN DES LIVRES, NON PAS SALLE DE LECTURE
au grand labeur que représente l’exécution du livre qui est sous tes yeux ; prends ce livre, ouvre-le, lis-le, prends garde de l’endommager, ferme-le, remets-le en sa place » b Mais le texte ne précise pas que ce livre a été lu là où il est gardé. A Saint-Gall, la salle de lecture paraît être plutôt le scriptorium. Dans le « Liber sacramentorum » de Grimald, l’oraison qui est récitée « in scriptorio » prie le Seigneur de bénir ceux qui y habitent, afin qu’ils puissent comprendre et accomplir ce qui sera lu par eux des Saintes Écritures 2. Ekkehard montre en effet trois religieux qui se réunissent dans le « scriptorium » à des heures libres, en vue de pieux entretiens 3. Quant à la bibliothèque, elle est sans doute exclusivement un magasin de livres, sorte de salle du trésor, de cette portion toujours précieuse, même quand elle est modique, du trésor que représentent les livres.
Ce qui donne à penser que le dépôt des livres ne sert pas de salle de lecture, c’est que l’absence de tout renseignement au sujet de leur consultation sur place contraste avec l’abondance des données que nous possédons sur la communication qui en est faite en dehors de la libraria.
On constate d’abord que quand est dressé le catalogue des livres d’une bibliothèque, un certain nombre sont absents. Le rédacteur d’une de ces listes rédigées au monastère de Moissac au XIe siècle, prend soin d’avertir que les livres qu’il répertorie sont au nombre de soixante, en dehors de ceux qui sont dehors (exceptis qui foris sunt) 4. A Saint-Gall, l’annotateur du premier Catalogue signale qu’il n’a pas trouvé tels livres ;il faudra les rechercher (nihil est , non vidi , numquam vidi , require) .
Les livres dont le custos a la garde sortent en effet du local où ils sont enfermés et circulent sous son contrôle à l’intérieur du cloître. Les livres d’usage liturgique sont nécessairement mis en service, soit dans l’église principale, soit dans les autres sanctuaires que comporte l’établissement 5. Bibles, Évangiles,