‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 1165 sur 1207 · REMISE D’UN GAGE · texte numérisé non relu

REMISE D’UN GAGE

Mais les emprunteurs ne se hâtent pas toujours de rendre et leur négligence, comme l’élasticité de leur conscience, expose les prêteurs à ne pas recouvrer facilement leur bien. Alcuin devait insister fortement auprès de correspondants pour se faire restituer des livres. Les solliciteurs ne manquent jamais de promettre de renvoyer au plus tôt, sitôt après transcription, ces dépôts précieux. Mais il en est qui ne rendent jamais 1.

Aussi des précautions sont prises vis-à-vis des emprunteurs. Tel donateur a précisé que le livre qu’il offre restera à jamais à l’usage des moines. S’il devait être prêté au dehors, que ce soit contre remise d’un gage. A Reichenau, au IXe siècle, sur l’un des livres exécutés « cura Reginberti scriptoris », une inscription interdit, crainte que l’œuvre ne périsse, de la laisser sortir du monastère, sauf si l’emprunteur a donné sa foi et remis un gage qui sera conservé jusqu’au jour où le livre sera rentré sain et sauf dans la maison 2. On a vu qu’un abbé de Reichenau au XIe siècle remet en gage d’un prêt deux volumes particulièrement précieux 3. La bibliothèque de Saint- Père de Chartres détient le Commentaire de saint Grégoire sur saint Mathieu en gage pour un exemplaire de Stace qui a été emprunté 4.

Le prêteur en est sans doute réduit parfois à se contenter du gage dont il est nanti. Egino, évêque de Constance, a emprunté au monastère de Reichenau en remettant un gage un certain nombre de livres qu’il n’a pas rendus 5.

L’emprunteur est invité parfois plus discrètement que par l’exigence d’une caution à rendre le manuscrit qu’il détient : « Cher lecteur, est-il écrit sur un livre de Lorsch, souviens-toi de me rendre à Saint-Nazaire, car je ne puis souffrir d’appartenir à un autre maître » 6. Pour rentrer en possession d’un

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