RENTRÉE DES LIVRES
manuscrit trop longtemps distrait de Yarmarium, on s’avise aussi d’un procédé délicat. Raban Maur rappelle à Frédéric, évêque d’Utrecht, que, quelques années plus tôt (ante annos aliquot), il lui a prêté, pour qu’il en prît copie, son Commentaire de saint Mathieu. N’ayant pu encore le recouvrer, il lui envoie son nouvel ouvrage sur Josuë. Frédéric, il en a la confiance, comprendra cet avertissement et fera restitution h
§ 3. — Pertes subies par les bibliothèques.
La large communication faite des livres au dedans et au dehors du siège de l’église expose déjà la collection de livres à subir des pertes. Le propriétaire court le risque de satisfaire à ses dépens des lecteurs et emprunteurs négligents ou peu consciencieux. Il subit aussi parfois préjudice du fait des voyages que font les livres et des accidents de la route.
Le vol des livres, objets si précieux et si mobiles, si facilement dissimulés, s’opère d’abord à la faveur de ces déplacements. Loupde Ferrières voudrait expédier à Hincmar un manuscrit de Bède ; mais le livre est d’un tel format qu’il ne peut être caché sur la poitrine du porteur ni être facilement contenu dans une besace. Il serait exposé à la rapacité des voleurs, dont la beauté du manuscrit exciterait l’appétit 1 2.
Les livres, même sédentaires, n’échappent pas toujours à ces convoitises. C’est pour les mettre, autant qu’il est possible, à l’abri du vol, qu’ils sont gardés dans un local sans doute bien clos et dans des coffres ou armoires certainement fermés à clef. Il ne pouvait être question dans ces- conditions de recourir à la précaution prise plus tard d’enchaîner les livres dans le local où ils sont consultés. Seuls, ceux qui servaient quotidiennement dans l’église à l’office divin étaient quelquefois enchaînés ; tels au XIe siècle les quatre Psautiers qu’une chaîne a fixés dans l’église de Wissembourg, tandis que dix autres sont serrés dans le sacrarium 3.
Ces livres liturgiques, comme toutes les pièces du trésor qui ne sont pas couservées dans le sacrarium, peuvent être assez
1. « ut saltem hoc beneficio admonitus, remittas fenus quod acceperas » (Migne, CVIII, 1000).,