‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 1170 sur 1207 · INCENDIES ET PILLAGES, INCURIE · texte numérisé non relu

INCENDIES ET PILLAGES, INCURIE

qui parmi les pièces du trésor détruit le plus rapidement les livres et, aux IXe et Xe siècles, les dévastations des païens.

Dans la région du Nord et de l’Ouest, même en Bourgogne et dans la région du centre, les invasions normandes ont presque complètement anéanti maintes collections. Les monastères et églises avec toutes leurs dépendances, bibliothèque et scriptoriurn y compris, sont brûlés par les païens ; les moines et clercs en fuite emportent sans doute d’ordinaire leurs plus précieux manuscrits ; mais ces pérégrinations entraînent toujours des pertes et parfois dispersent totalement la collection qu’il faudra plus tard reformer presque de toutes pièces. La Provence et l’Aquitaine ont souffert aussi des incursions des Sarrasins. Bien que les régions de l’Est aient été visitées par les Hongrois, elles ont été moins gravement atteintes. C’est le long du Rhin, en particulier dans la région mieux protégée où sont sis les monastères de Reichenau et Saint-Gall, et au delà du fleuve, à Fulda, à Lorsch, que les plus riches collections ont pu non seulement se former, mais aussi être le mieux conservées.

Du VIIIe au XIIe siècle, il ne semble pas que les bibliothèques des églises aient subi des pertes dues à l’incurie des propriétaires et au mépris qu’ils auraient eu pour les livres et pour l’étude. Au XIe siècle, l’esprit de réforme et l’ascétisme d’un Maïeul à Cluny, d’un Immon à Reichenau ont pu restreindre la part faite à l’étude et à la transcription des œuvres des poètes de la gentilité, mais il ne semble pas qu’ils aient fait des coupes sombres parmi les livres et purgé la bibliothèque du monastère d’aucun des ouvrages antiques consacrés aux sciences et aux lettres qu’elle possédait. L’intervention de saint Bernard qui, au commencement du XIIe siècle, proscrit l’art de la miniature éclos dans les scriptoria cisterciens, a ralenti, sans tout à fait l’éteindre, le zèle apporté par les religieux de sa congrégation à l’exécution d’ouvrages de luxe ; cette proscription n’a sans doute pas d’ailleurs entraîné la disparition de ceux que possédait Citeaux, puisqu’il en subsiste de beaux exemplaires h Au reste, l’esprit réformiste, s’il a pu être parfois hostile aux lectures et aux arts profanes, encourageait par ailleurs l’étude des pieux auteurs et multipliait les livres consacrés à la doctrine. L’austérité des réformateurs n’a guère fait subir alors de dommages aux bibliothèques ecclésiastiques et monastiques.

i. Plus haut, p. 120.

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