LE PALAIS NE COMPORTE PAS DE « SCRIPTORIUM
d’Isidore de Séville. L’exemplaire date de la fin du VIIIe siècle ; Vulférius l’a fait écrire pour lui et pour ses proches ; il le léguera à„sa mort à qui lui plaira h
Il n’est pourtant pas certain qu’il y ait eu habituellement chez les rois ou chez les grands, un scriptorium proprement dit, qu’une équipe permanente de copistes ait travaillé pour eux et qu’une école de calligraphie et d’enluminure ait eu son siège au palais.
Les souverains carolingiens dont la résidence n’est jamais fixe, qui vont d’un palais à un autre, ou séjournent dans les monastères et les résidences épiscopales, ne sont pas en situation d’avoir, comme les églises et les communautés toujours stables, un atelier proprement dit de copistes. Leur personnel de scribes et de notaires paraît bien n’avoir pas eu d’autre fonction ordinaire que de rédiger les diplômes et les lettres. Le seul livre que nous sachions avoir certainement été achevé dans un palais aquitain, a précisément été commencé ailleurs, près de l’église de Lyon et de l’évêque Leidrad. Si les rois commandent d’écrire des livres, les jamuli qui les exécutent peuvent ne pas appartenir au palais ou n’y être venus, comme Faustin, qu’en passant. C’est dans la ville de Worms (in urbe Wormatia) et non pas au palais royal, qu’Adam a exécuté et offert à Charlemagne la grammaire de Diomède 1 2. Le Lectionnaire que le moine Ebrardus a exécuté pour l’usage de la communauté de Saint-Germain d’Auxerre et dont il a recueilli les matériaux sur l’ordre de l’empereur Charles, a certainement été écrit au scriptorium âuxerrois 3. Quant au manuscrit de Saint-Gall venu du palais d’Aix, il a certainement appartenu à la collection royale de livres ; mais rien ne prouve qu’il sorte d’un scriptorium attaché à ce palais.
Les rois donnent des livrés magnifiques à des églises favorites, mais les manuscrits de luxe qu’exécutent les scriptoria monastiques réputés sont très souvent dédiés à un roi, exécutés pour lui 4. Les dons que les évêques et les abbés étaient
1. « Ego Wulfericus a juventutesua hune libellum jussit scribere sibi et propenquis suis,post ejus obitumeui eum Dommus dederit et ipse cui voluerit » (B. Besançon, ms. 184 ; ci. Catalogue, I, 126).