‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 140 sur 1207 · PROVENANCE ATELIER ET PROVENANCE BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

PROVENANCE ATELIER ET PROVENANCE BIBLIOTHÈQUE

chaque fois qu’à notre connaissance le livre donné par un prélat est d’une époque antérieure. En pareil cas, le manuscrit est nécessairement acquis au dehors et a été exécuté ailleurs.

Une formule d’« ex libris » apposée sur un manuscrit démontre qu’il était la propriété d’une église au temps où cette note y a été apposée ; mais, sauf au cas où l’écriture de celle-ci est de la même main que le texte du manuscrit, elle ne témoigne pas qu’il a été exécuté au scriptorium de cette église. Si l’écriture est différente, quoique d’âge contemporain, à plus forte raison si l’« ex libris » est d’une époque postérieure, l’origine du livre reste en question, à moins que d’autres indices ne viennent renforcer et confirmer celui-là. Il n’est jamais apposé sur les livres de ce temps une marque de fabrique propre à l’atelier qui les exécute, comme les livres ■modernes portent celle de la maison d’édition. La plus ancienne bibliothèque propriétaire est une simple indication et non pas une preuve en faveur de l’exécution du livre au scriptorium du même établissement.

Les caractères paléographiques d’après lesquels les manuscrits peuvent être approximativement datés, fournissent aussi dans une certaine mesure des données sur leur origine. Les formes diverses de la minuscule et le système d’abréviations1 qui l’accompagne, permettent d’abord de distingier dans la plupart des cas les manuscrits exécutés dans les scriptoria francs de ceux qui viennent de l'étranger. La minuscule insulaire, en particulier, se distingue nettement de celle qui est pratiquée sur le continent. Toutefois l’usage de la première dans un manuscrit n’entraîne pas nécessairement la conclusion qu’il ne provient pas d’un scriptorium franc. Un scribe irlandais ou anglo-saxon itinérant a pu exécuter la transcription d’un manuscrit dans le scriptorium de l’église ou du monastère sis sur le continent où il ne séjourne qu’en passant. Il semble bien aussi que des colonies d’Irlandais ou d’Anglo-saxons se soient constituées, dans certains monastères, que ces étrangers y aient séjourné à demeure et formé une équipe de scribes insulaires travaillant au côté de scribes indigènes 2. L’écriture insulaire peut être adoptée

x. Sur le système d’abréviations voir Traube, Lehre und Geschichtc dcr Abkürzungen, dans les Vorles., I, 131 et suiv.

2. Voir plus haut, p. 44-5, 50-1, 57-S. C’est particulièrement le cas, semble-t-il, à Corbie, à Cambrai, à Laon, à S. Gall et à Reichenau. De mène l’é< riture wisigothique a été pratiquée à Lyon par des Espagnols (p. 73).

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