CHAPITRE VIII
Les « scriptoria » provençaux et aquitaniques
Dans le récolement des produits des scriptoria ecclésiastiques du VIIIe à la fin du XIe siècle, les églises et monastères du Sud de l'ancienne Gaule 1 sont les moins bien partagés. Il n’a susbsisté qu’un très petit nombre de manuscrits qui, à notre- connaissance, soient sortis des ateliers des églises épiscopales voisines de la Méditerranée ou appartenant à la région de la Garonne, comme de ceux des monastères de Lérins, de Saint-Victor de Marseille 2, d’Aniane 3 Gellone 4, Saint-Gilles
x. Un certain nombre d’anciens mss. sont du Midi, sans qu’on puisse les localiser davantage. C’est le cas du Codex Theodosianus (B. Vat. Regin. 886) en semi onciale que Lindsay (Notae lat., 482) croit être du Sud de la France.
2. Le polyptyque de l’église de Marseille et les plus anciens documents provenant de Saint-Victor (cf. t. III, p. 3, 19) ont été évidemment rédigés dans les scriptoria de l’église mère et du monastère.
3. Le ms. des Règles des Pères exécuté à la fin du VIIIe siècle (B. Munich 28118), offert par Benoit d’Aniane à Hélisachar, abbé de Saint-Maximin de Trêves, a vraisemblablement été écrit à Aniane (cf. Lindsay, Notae lat., 468-9). Les Annales d’Aniane ont évidemment été écrites dans ce scriptorium. Le ms. des Épîtres de saint Paul du Xe siècle (B. ville Montpellier, ms. 6) qui provient de la B. d’Aniane, renferme un fragment d’hymne de saint Guillelm (Ca'al. B.dèpts, série in-40, I, p. 261) qui permet d’attribuer l’exécution du ms. au scriptorium d’Aniane ou de Gellone.
4. L’incipit du ms. 4 de la B. de Montpellier (Isidore sur l’ancien Testament) provenant de Gellone prouve que le ms. a été exécuté dans ce monastère (cf. dom Wilmart, Un Lectionnaire d’ Aniane, dans R. Mabillon, 1923, p.40,n. 1). Gellone aurait possédé un atelier bien équipé si on pouvait admettre que le célèbre Sacramentaire de Gellone y a été exécuté. Mais le monastère a été fondé en 804 et le Sacramentaire date certainement d’une époque antérieure, que dom Wilmart (Le copiste du Sacram. de Gellone au service du chapitre de Cambrai, dans R. Bénéd., 1930, p. 221) croit être c. 770-780. La ire partie du ms. de Cambrai 300 (Je Trinitate) est de la même main et représente sans doute le dernier travail du copiste qui a pu exécuter le Sacramentaire pour Cambrai (loc.cit.), mais certainement pas, comme on l’a cru, au monastère de Rebais (p. 213). ‘Les Évangiles provenant de la B. de Gellone (B. ville Montpellier, ms. 3) ne peuvent pas avoir été exécutés dans le scriptorium du monastère, puisqu’ils datent du VIIIe siècle (cf. Catal., 1. 1, p. 260). Un Sacramentaire du XIe (ms. 8) a été certainement exécuté pour ce monastère et vraisemblablement à Gellone. Il renferme en effet la messe « Nat. s. Wuillelmi » une autre « in s. Wilelmi » et une autre où l’oraison rappelle q^ie le saint « in presenti requiescit ecclesia » (cf. Leroquais, Les Sacram.. 158-60 .
« SCRIPTORIA » AQUITAINS
au diocèse de Nîmes 4, Saint-Sernin de Toulouse 1 2, Moissac 3 4. L Apocalypse de Saint-Sever 4 exécutée sous l’influence de 1 école espagnole, sous 1 abbatiat de Grégoire qui gouverna ce monastère de 1028 à 1072, est peut-être la seule production artistique de la région qui ait survécu et elle n’appartient qu au XIe siecle. D’une telle disette qui étonne en des contrées, les plus avancées de toute la Gaule dans la culture à l’époque romaine, peut-on accuser le hasard qui aurait fait périr uniformément les témoins de l’activité des scriptoria des églises et monastères méridionaux ? Plus vraisemblablement, ces régions ravagées, où les incursions sarrasines ont ajouté encore aux maux subis parles églises à la fin de l’époque franque dans toute la Francia, restent à l’arrière du mouvement de Renaissance, qui s’opère surtout dans les pays ms entre la Loire et le Rhin. L’action des réformateurs et des princes qui les soutiennent se fait moins sentir au Sud de la Loire ; le renouveau des études et des « scriptoria » y est plus tardif et longtemps moins prononcé.
Quelques églises épiscopales et monastères au Nord de la Garonne ont certainement possédé des scriptoria, au moins à partir du Xe siècle, parfois du IXe et exceptionnellement d’une époque antérieure à l’âge carolingien.
Un recueil de canons exécuté en onciale en provenance
1. Un ms. de la règle de saint Benoît (Brit. Mus. Add. 16979) a été écrit à Saint- Gilles, mais il est daté de 1129 ( Guide to the exhib. mss., P. II, n° 98, p. 32).
2. De nombreux diplômes de Charles le Chauve portent « actum in monasterio sancti Saturnini, prope Tolosa » — « dum obsideretur Tolosa » (du 11 mai au 30 juin 844 ; H. Languedoc. Preuves 107-122, t. II. 225-53), mais les notaires royaux n’avaient pas besoin du scriptorium du monastère pour les rédiger.
3. La Chronique de Moissac (cf. SS., II, 257) a été probablement écrite auprès de cette église. De Moissac ont subsisté quelques mss (voir plus loin, Cbap. 28). L’un d’eux du Xe siècle renfermant la vie de saint Léger (B. N. lat. 17002) a passé dans la collection de Claude Joly puis dans celle de Notre-Dame de Paris (cf. Krusch, S. S. rerum merov., V, 259). Il y a été inséré au XIe siècle (f° 221, (f. Delisle, Cab. des mss., II, 441) un catalogue des livres de Moissac ; il était, par conséquent à cette époque, à Moissac et a pu y être exécuté au siècle précédent. Un Sacramentaire du Xe siècle (N. B. lat. 2233) provenant de Moissac, appartenait à ce monastère dès le commencement du XIIe siècle, comme le prouve une notice insérée à cette époque (Delisle. Ane. Sacrant. LXXXV, p. 224-7) 1 mais aucun indice spécial ne permet d’affirmer que ce ms., exécuté certainement pour une église d’Aquitaine, sorte du scriptorium de Moissac.
4. Paris, B. N. lat. 8878. Ce ms., qui porte la légende « Gregorius abba nobilis », a sans doute été exécuté pour cet abbé, qui gouverna le monastère de 1028 à 1072 (L. Delisle, Cab. des mss., III, 279). Il renferme le texte du Commentaire du prêtre espagnol Beatus sur l’Apocalypse et est enrichi de nombreuses miniature^:, à l’imitation de celles qu’ont conservées les mss. exécutés en Espagne du IXe au XIe siècle, et renfermant le même commentaire. Cf. Haseloff, dans VHist. gén. de l’art, d’A. Michel, I, 750-3.