SCRIPTORIUM » DE L’ÉGLISE D’ORLÉANS
honneur d’avoir construit l’œuvre entière x. Dans une inscription qui figurait sur les deux plats de reliure de ces Bibles ou d’autres Bibles perdues, exécutées également sous sa direction, Théodulfe se vante d’avoir orné la couverture d’or, d’argent et de perles. et d’avoir poli à la lime l’intérieur 2. Il a fait exécuter d’autres livres que des Bibles. Une autre préface en vers de sa composition signale le don fait par lui à Gisèle d’un Psautier qu’il a ordonné d’écrire pour elle et que l’heureuse bénéficiaire voyait briller d’or et d’argent 3 4. Tous ces livres ont dû sortir d’un atelier dont Théodulfe avait le gouvernement et où peut-être, en outre, il a écrit ou dicté ses lettres, poèmes et traités.
Par Théodulfe originaire de Septimanie, le scriptorium qu’il dirigeait, a subi l’influence de l’Espagne wisigothique. La finesse, la netteté de la microscopique écriture, parfois aussi l’orthographe apparentent ces Bibles aux manuscrits wisigoths. Peut-être ceux-ci ont-ils contribué pour quelque part à la formation du style ornemental qui paraît être surtout d’ailleurs le produit du pays des bords de la Loire. Quant au texte des Bibles de Théodulfe, il représente pour une large part le texte reçu en Espagne, bien qu’il ait subi aussi l’influence des textes irlandais et peut-être celle de la Bible d’Alcuin h
L’atelier qui a produit ces ouvrages ne pouvait être que le scriptorium d’une église, auprès de laquelle l’évêque résidait habituellement. Il semble bien que ce soit l’église mère d’Orléans, qui Vers le milieu du IXe siècle paraît être pourvue d’un scriptorium 5. On peut regarder aussi du côté du monastère voisin de Saint-Benoît-sur-Loire, dont Théodulfe était l’abbé (798-818) 6 et qui semble avoir été bien équipé pour produire des œuvres de cette importance.
1. « Codicis hujus opus struxit Theodulfus » (p. 41, II, p. 538 et Delisle, Les Bibles de Théod.,.p. 8).
2. Theod. carm. 42 : « Et foris argento, gemmis ornàvit et auro, Cujus et interius lima polivit » (Poetae lut., I, 540) ; 41, p. 539 et plus haut, p. 9, n. 3.
3. « Nam tibi psalterium praeeepi scribier istud Argento atque auro quod radiare vides » (p. 541).
4. Cf. S. Berger, H. de la Vulgate, p. XIII-XIV et p. 150 et suiv.
5. Le ms. de la B. N. nouv. acq. 1632 contient plusieurs parties dont la 2e paraît provenir de la cathédrale Sainte-Croix et dater de la 2e moitié du IXe siècle (cf. Wilmart, L’admon. de Jonas au roi Pépin, dans R. Bénéd., 1933, p. 215).
6. Delisle, p. 26. Parmi les mss. qui ont conservé son livre « de ordine baptismi », figure précisément un ms. du IX ou Xe siècle provenant de Saint-Benoît de Fleury (B. Vat. Regin. 284, ci^Epist. var. 24, p. 533). Ce ms. qui n’est pas contemporain, a pu être copié sur l’original.
LE « SCR1PT0RIUM » DE FLEURY AU VIIIe SIÈCLE
Le monastère de Saint-Benoît de Fleury a vraisemblablement joué un rôle au VIIB siècle dans la rénovation de l’écriture b Le script orium de Fleury était certainement actif dès cette époque. Le manuscrit en minuscule précaroline renfermant le recueil de Patérius est certainement sorti de l’atelier du monastère, car il renferme une notice qui en rapporte l’exécution au temps de l’abbé Dodon (772-80 ?), lequel a ordonné de l’écrire 2. Le manuscrit est de six mains différentes contemporaines 3. L’atelier comptait par conséquent à cette époque une équipe d’au moins six scribes. Un Homéliaire de Fleury qui date du milieu du VIIIe siècle 4, un exemplaire d’un traité de saint Grégoire de la fin du même siècle, qui a passé dans la bibliothèque de Saint-Père de Chartres, mais provient de Saint-Benoît 5, ont sans doute été exécutés dans le même atelier. Il en est sorti certainement un exemplaire de la chronique de saint Jérôme qu’on peut dater des environs de 740 6, ainsi peut-être qu’un recueil d’homélies de saint Cyprien, saint Ambroise, saint Augustin et saint Léon 7.
L’atelier a pratiqué aussi à cette époque un art ornemental, peu développé encore, mais dont le style lui est propre 8. Les deux manuscrits de la Chronique de saint Jérôme et du recueil d’ Homélies ont reçu une décoration sommaire 9. L’ornementation des Évangiles exécutés à Saint-Martin, au temps, semble-t-il, d’Alcuin, ont été décorés dans le style de l’école
x. Une étude sommaire de l’écriture de Fleury a été faite par M. F. M. Carey, De scriptura Floriacensi, dans Harvard Studies in Classical Philology, XXXIV, 1923, P- 194, en préparation d’un plus important travail. Cf. Rand. A Sitrvey of ihe mss. cf. Tours, p. 73, n. 5.
2. B. N., iiouv. acq. 1597, Delisle, Caial. des mss. des fonds Libri, p. 28-31.
3. Cf. dom Wilmart, Le recueil grégorien de Patérius, dans R. Bénéd., 1927, p. 88.
4. B. Orléans, ms 154. Dom Wilmart (Un sermon africain sur les noces de Cana dans la R. Bénéd., 1930, p. 7) le date du milieu du VIIB siècle.
5. B. Chartres, ms. 40. Sur plusieurs folios on lit : « Hic est liber sancti Benedicti abbati Floriacensi (sic) monasterii ». Cf. Introd. au Catal. (Omont), p. 20.
6. B. Berne, ms. 219, cf. Zimmermann, Die vorkarol. Miniat., 181.