SOURCES DU PREMIER STYLE TOURANGEAU
taires à la tradition des anciens ateliers continentaux, et qui peut être considéré comme nouveau au regard des œuvres exécutées précédemment à Tours même h
L’influence insulaire se fait sentir au contraire dans 1 emploi, comme motifs ornementaux, d’animaux stylisés et de demi-palmettes, qui se retrouvent sous les mêmes formes dans des manuscrits anglo-saxons du VIIIe siècle 1 2, auxquels ces motifs ont certainement été empruntés. D’autres motifs ne sont ni continentaux, ni insulaires, ils ont été empruntés à des modèles antiques, vraisemblablement à des manuscrits de l’époque classique venus directement ou indirectement d’Italie 3.
Il reste que cet art est nouveau au regard des habitudes des scribes contemporains et que puisant à diverses sources et particulièrement à celle de l’art antique, il est l’expression que prend la renaissance Caroline dans l’atelier tourangeau.
Les noms des trois seuls artistes connus, des mains desquels sont sortis quelques-uns de ces ouvrages, Adalbaldus, Géréon, Amalric, qui figurent sur la liste des Martiniens dressée vers 820, attestent que ce style est en honneur encore au temps de Frédégise (806-843) ; mais vraisemblablement ses racines rejoignent le temps d’Alcuin.
Nous savons que vers 796, Alcuin s’adressait à l’église d’York 4 pour procurer à Saint-Martin les livres qui lui permettront de combattre la rusticité tourangelle. Il a pu venir d’York à Tours non seulement des manuscrits anglo-saxons, nécessairement les plus nombreux, mais aussi quelques-uns de ces manuscrits anciens qui d’Italie étaient importés auprès des églises de Grande-Bretagne 5. On s’expliquerait ainsi les influences manifestes qu’exercent dans le premier style tourangeau l’art anglo-saxon et l’art antique.
1. L’Octateuque de Tours (plus haut, p. 144), antérieur à la révision de la Bible par Alcuin, présente quelques motifs décoratifs, mais qui n’appartiennent pas au premier style de l’école de Tours et qui se retrouvent dans des mss. antérieurs (cf. Kôhler, I, p. 88).
2. Cf. plus haut, Kôhler, I, p. 75-6, qui rapproche en particulier les quadrupèdes de la Bible de S. Gall de ceux du «Codex aureusn de Stockholm (Zimmermann, PL 284), les oiseaux de ceux de l’Évangile de Lindisfarne, (PI. 232 et 239) et du « Codex aureus»(Pl. 280 et 284), les chapiteaux ornés de demi-palmettes de ceux du «Codex aureus » (PL 281).
3. M. Kôhler (p. 79) signale en particulier un motif de frise (Album, Pl. x a), qu’il retrouve dans le « codex Amiatinus » de Florence et dans un ms. anglais exécuté à Yarrow vers 700, mais d’après un ms. italien. Il retrouve dans le ms. italien des Évangiles du Corpus Christi College de Cambridge les rinceaux de feuillage que l’artiste qui a exécuté la Bible de S. Gall, a dû emprunter à un ms. similaire (p. 80).