MARMOUTIER OU SAINT-MARTIN
religieux forment cercle autour du roi et font eux aussi un geste d’offrande. Le poème de dédicace qui accompagne la miniature signale quatre religieux, ceux sans doute qui portent le livre déposé sur une riche draperie. Derrière l’abbé (pater) Vivien, viennent, les premiers (primi), Tesmundus l’aimable (amandus) 1, Sigualdus le juste, Aregarius, lequel est dit « summus » 2. Un quatrième leur est associé, dont le nom n’est pas signalé, mais qui vénéré et aime Charles, comparé au très saint roi David 3 ; ce religieux anonyme est sans doute celui qui a composé et écrit ces vers. L’offrande est faite « de parte beati Martini ac fratrum », expressions qui peuvent aussi bien désigner Saint-Martin et Marmoutier. Nous connaissons un Aregarius, « custos et Dresbyter », moine de Marmoutier, dont le nom figure, en 845, au bas d’une charte de Vivien 4 : mais d’autre part, un scribe du nom de Harégarius figure dans la liste des Martiniens dressée vers 820 5 et un Aregarius a écrit une notice de Saint-Martin en 857 6. En outre, le nom de Sigualdus ne se retrouve qu’à Saint-Martin, où le doyen Sigualdus est signalé dans une charte de 841 7 . Ces concordances favorisent par conséquent plutôt l’attribution du manuscrit à Saint-Martin
La même pièce de vers rappelle que le monastère est placé sous la protection de saint Martin, et aussi de saint Perpet de saint Brice et de beaucoup de saints dont il conserve les reliques 8. Le souvenir des saints évêques, Brice et Perpet, devait être plus en honneur à Saint-Martin qu’à Marmoutier.
Le poème rappelle plusieurs faveurs royales accordées au
1. Deux lectures sont proposées, l’une : « post patrem primites mundus Amandus » admise par Delisle et par Kôhler (I, 398) ; l’autre, qui nous parait meilleure « post patrem primi : Tesmundus amandus » proposée par Traube et éditée dans les Poetae lut., III, 251.
2. Il semble que cette épithète indique qu’il tenait le premier rang après l’abbé. Toutefois, s’il s’agit de religieux de S. Martin, comme Sigualdus apparaît dans une notice de 841 avec le titre de doyen, comme d’autre part Amalric est signalé comme doyen en 846 (cf. Kôhler, p. 240), il est peu probable qu’Arégarius ait exercé la fonction au moment où le livre fut offert.
3. Le poète fait grand éloge des trois premiers, « quis tribus est probitas, pietas verumque fidesque ». Du quatrième il ne fait d’autre éloge que de proclamer son vif attachement au roi « quartus his junctus haeret, sanctissime David, qui te vi tota mentis amore colit ».