ÉVANGILES DE PRUM
quent grande importance à l’initiative du proavus de Charles le Chauve. Si la date du diplôme d’immunité délivré à Saint- Martin convient mieux à la mention « nuper firmavit », que la date de 843 du diplôme délivré à Marmoutier, la restitution des « villae » soustraites à la communauté parait s’appliquer mieux à Marmoutier qu’à Saint-Martin.
Au total, l’ensemble de ces indices ne permet pas une conclusion certaine. Mais le style ornemental peut faire la preuve La parenté de la Bible de Charles le Chauve avec la Bible de Grandval paraît bien établie. Celle-ci était une préparation de celle-là. En particulier, les miniatures qui représentent des scènes de la Genèse et de l’Exode, celles du Christ de Majesté, des Prophètes et Évangélistes, celles de l’Apocalypse sont bien dans les deux Bibles de même facture 1 et doivent sortir du même atelier. Celui de Saint-Martin, quel que puisse être le mérite du scriptorium de Marmoutier, était plus apte par sa longue tradition artistique à l’exécution d’un tel chef-d’œuvre.
Du même âge et de même origine que la Bible de Vivien paraît être le manuscrit illustré de l’Arithmétique de Boëce 2, qui fut également offert à Charles le Chauve 3 et où l’artiste a cherché par l’élégance et la fantaisie du décor à rendre agréable aux yeux du souverain un texte plutôt sévère 4.
Quatre exemplaires de grand luxe des Évangiles appartiennent aussi à cette période.
Le plus ancien de cette série paraît être l’exemplaire des Évangiles de Prüm 5 donnés à ce monastère favori par l’empereur Lothaire, vraisemblablement à l’occasion de la visite qu’il y fit en 852 6 L’empereur avait acquis sans doute depuis quelques années déjà les Évangiles sortis de l'atelier de Saint- Martin, quand il en fit don aux moines de Prüm. Il en fit exécuter à Tours un autre exemplaire désigné d’ordinaire sous le nom d’Évangiles de Lothaire pour l’offrir à saint Martin lui-
1. Comparer les planches de l’Album de Kohler 50 et 70, 51 et 71, 52 et 73, 53 et