‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 324 sur 1207 · F v 1 ; Dobiash, XXXV, p · texte numérisé non relu

F v 1 ; Dobiash, XXXV, p

7. Cf. Zimmermann, Die Vorkarol. Miniat., p. 8 et suiv., 63 et suiv.

8. Me Dobiash (Hist. atelier Corbie, p. 97-100) signale à Corbie plusieurs styles, l’insulaire (marqueterie, entrelacs ou simples taches de couleur), celui d’une tradition

CORBIE EST-Il. SIÈGE D’UNE ÉCOI F. D’ENLUMINURE?

mément au style de Corbie et exécutés probablement dans ce monastère, sont de la fin du VIIe siècle 1 ; huit autres peuvent être datés des environs de l’an 700 ou du commencement du VIIIe siècle 2 ; quinze autres sont du 2e ou 3e tiers de ce siècle 3 ; six enfin peuvent être datés des environs de l’an 800 4. Un certain nombre de manuscrits, exécutés ailleurs, portent la marque de l’influence de l’école de Corbie 5.

Il n’est pas vraisemblable qu’après ces débuts dans la recherche de motifs décoratifs, l’atelier de Corbie ait cessé de s’adonner, au cours du IXe siècle, à l’art de peindre les manuscrits ; mais nous ne pouvons déterminer sûrement la part que ce monastère a pu prendre dans l’épanouissement de l’art de l’enluminure.

Il a certainement produit une œuvre artistique de prix, le Sacramentaire de Rodrade, auquel fait suite un Antiphonaire, à une date postérieure de quelques années à 853, puisque ce moine l’a exécuté en mémoire de son ordination, reçue en cette année 6. C’est parce que ce manuscrit provient certainement de l’atelier de Corbie, que le monastère est souvent tenu pour chef d’école et créateur du style éclectique qui se forme dans la seconde moitié du siècle et qui, sensible dans le Sacramentaire corbéien, se retrouve dans le codex

classique dégénérée (palmettes, feuilles d’acanthe ou de lierre, oiseaux becquetant des raisins), qu’on trouve en particulier dans le ms. commandé par Leutcharius, et enfin types indigènes où domine le poisson stylisé, soit luxovien, soit proprement corbéien. Toutefois, comme l’a signalé Zimmermann (Die vorkarol. Miniat,, 64-5), tandis que le poisson stylisé de Luxeuil est de forme symétrique et figé, celui de Corbie est plus naturel et vivant ; le corps s’assouplit en courbes élégantes.

1. B. Cambrai ms. 684,1e p., Zimmermann, PL 93-3 ; Brit. Mus. Burney 340 (PI. 112 b).

2. B. N. lat. 12097 (Zimmermann, PI. 85), 17655 f PI. 89-91) ; B. Morgan New- York, « Moralia in Job» provenant de Beauvais (PI. 85*) et Évang les de même provenance (PI. 91*) ; B. Leningrad F v I N 2 (PI. 86-7) ; Q v IN 13 (PI. 88, 92 d) ; Q v I N 7, 8, 9 (PI. 113) ; B. Chartres, ms. 40 (PI. 114).

3. B. Cambrai ms. 684, 2e p. (PL 102 d, 128) ; Rome, Vallic. ms. B 62 (attribué

auss à l’atelier de Trêves, Pl. 94-8) ; Vatic. Regin., lat. 257 (PL 99-101) ; Palat.

lat. 493 (Pl. 101* ) ; B. N. lat. 3836 (Pl. 102 cA, 103, 104 a) ; 12190 ? (P'. 112 a-113) ;

13028 (PL 115) ; 2.824 (Pl. 116 c) ; n. acq. lat. 1740 (PL 99 c) ; 1619 (Pl. 115 a, b) ; Leningrad F v I N 11 (Pl. 102 a) ; O v I N 2 (PL 116 b) ; F v I N 6 (P . 116-8) ; S Gall Stiftsb. 214 (Pl. 102 b) ; Cambridge Corp. Chr. ms. 193 (PL 92 e, 103 c, 104 b).

4. B. N. lat. 12135 (Pl. 105) ; 11.681 (Pl. 106 c) ; 12155 (PL 104 c, 106-8) ; 11.627 (Pl. 109-10) ; B. Berlin, Ham. 132 (Pl. 106 d, m a) ; Leningrad F v XIV N 1 (Pl. ni b).

5. B. cath. Cologne, ms. 98 (Pl. 116) ; B. Berlin, théol. fol. 354 (PL 118-9) 1 Brit.

Mus. Addit. 24-143 (Pl. 119 a) ; B. Cambrai, ms. 237 (PL 119-21) ; B. Boulogne-surmer, ms. 42 (Pl. 120) ; B. Bruxelles, 2493 (PL 121) ; 9.850-2 (Pl. 124-6) ; B. Épinal, ms. 68 (Pl. 122) ; Munich lat. 6278 (Pl. 123).

6. B. N. lat. 12050 ; Boinet, Pl. CXL ; Leroquais, Les Sacram., 9, p. 25 ;

DeÜsle, Cab. des mss., III,- 257.

Al AN USC HITS DÉCORÉS DE CORBIE

aureus de Saint-Emmeran \ comme dans plusieurs manuscrits exécutés pour Charles le Chauve 1 2. Toutefois, l’œuvre de Rodrade est loin de représenter un style aussi tranché que ces divers manuscrits. Elle paraît être plutôt un produit de l’école franco-saxonne, mais qui a été influencé par le nouvel art éclectique 3. Le seul manuscrit décoré d’initiales de ce style, dit Missel de saint Éloi, qui porte, comme le Sacramentaire de Rodrade, des marques certaines de provenance corbéienne, a été exécuté au Xe siècle et n’a été accommodé à l’usage de Corbie qu’au XIe. C’est à cette époque seulement que furent ajoutés les cinq feuillets qui ne laissent aucun doute sur l’église à laquelle il fut appelé dès lors à servir 4. Mais, on peut précisément en conclure que le Sacramentaire primitif, qui n’a aucun caractère corbéien, n’a pas été exécuté à Corbie.

On a fait honneur à l’atelier de Corbie des Evangiles de Saint-Emmeran, sur la foi d’une invocation à saint Pierre, que porte, en notes tironiennes, ce manuscrit de grand luxe 5. Cette marque de piété à l’égard du prince des Apôtres peut s’expliquer de la part d’un scribe, même s’il n’est pas au service de Saint-Pierre de Corbie 6. Ce manuscrit, dont Saint- Denis fut d’abord propriétaire, paraît plutôt avoir été exécuté dans l’atelier dionysien.

Il ne paraît donc pas établi que Corbie ait été le siège de l’école éclectique qui se développe vers la fin du règne de Charles Ig Chauve et qu’on puisse attribuer à l’atelier de ce monastère, de préférence à celui de Saint-Denis, les manuscrits de luxe décorés suivant ce style 7. Mais l’atelier corbéien a produit, semble-t-il, à toutes les époques des manuscrits décorés. Un Missel à l’usage de Corbie, exécuté au XIe siècle, sans doute dans l’atelier du monastère, présente des encadrements à r.nceaux et entrelacs, des initiales à entrelacs se terminant en têtes d’animaux 8.

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