‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 379 sur 1207 · SCRIPTORIUM » DE SAINT-REMI DE REIMS · texte numérisé non relu

SCRIPTORIUM » DE SAINT-REMI DE REIMS

Les renseignements sur l’activité du scriptorium rémois font défaut pour le XIe siècle. On peut toutefois penser que le Bréviaire de Reims qui fut exécuté à cette époque l’a été près de l’église à l’usage duquel il était fait 1.

Un scriptorium fonctionnait sans doute à Reims auprès de la cathédrale. Mais les archevêques disposaient certainement aussi de ceux des monastères de leur évêché. Les scribes y travaillaient à la fois pour le compte de l’archevêque ou de Notre Dame et pour celui de leur propre monastère. Un certain nombre au moins des manuscrits qu’ont fait exécuter Hincmar, ses successeurs et les autres pourvoyeurs de la bibliothèque de l’église de Reims, peuvent sortir de l’un ou l’autre de ces ateliers monastiques.

Un manuscrit du IXe siècle renfermant le Commentaire de saint Augustin sur les Psaumes qui provenait de Saint-Remi et dont Mabillon a reproduit quelques lignes, a été exécuté sur le commandement de Wulfaire, abbé et archevêque 2. Un autre « codex », également utilisé par Mabillon, a été transcrit au monastère Saint-Remi, par précepte de l'abbé et archevêque Ebbon 3. Là aussi peut-être, fut exécuté un manuscrit hagiographique du IXe siècle qui subsiste et que l’archevêque Hincmar a donné à Saint-Remi 4. Toutefois, un exemplaire des œuvres de Zénon de Vérone, donné également' par Hincmar à ce monastère, paraît avoir été exécuté à une époque antérieure et pour une autre église 5 ; il ne sortait pas, par conséquent, du scriptorium de Saint-Remi.

Cet atelier a produit des ouvrages de luxe exécutés à l’usage du monastère. Tel, le Sacramentaire aujourd’hui

1. B. N. lat. 17991 ; cf. Leroquais, Les Bréviaires mss., t. III, p. 349.

2. « ex praecepto piissimi abbatis Wolfarii et archiepiscopi, Erchanrao vero praeposito » (Mabillon, De re diplom., p. 362, tab. X).

3. » Hic codex conscriptus est in monasterio sancti Remigii, praecepto piissimi abbatis Ebonis et archiepiscopi... Erchanrao vero preposito » (loc. oit.) .

4. B. N. lat. 5609. La note apposée sur le ms. est du IX ou Xe siècle ; cf. Cod$% mss. hagiogr., n° 413.

5. Les Ballerini ont fait collationner ce ms. dans la B. de S. Remi, en vue de leur édition des oeuvres de Zénon, et l’ont soigneusement décrit dans la préface reproduite par Migne (P. L. XI col., 14-7). Le ms. portait au commencement et à la fin, mention (col. 15) du don qu’en avait fait Hincmar à S. Remi. Les éditeurs font état de notes marginales ajoutées par une autre main, mais contemporaines et qui prouvent que le ms. a été utilisé dans une église épiscopale, vraisemblablement celle de Vérone, à en juger par diverses mentions que renferment ces notes. Le ms., d après eux, daterait par conséquent d’une époque .antérieure à Hincmar et aurait été à 1 usage de l’église de Vérone, avant que l’archevêque de Reims ait pu 1 acquérir et en faire don à S. Remi. Suivant Gottlieb (Ueber die mittelalterl. B., p. 339), ce ms. serait conservé dans la B. de Reims. Le catalogue de cette bibliothèque n’en fait pas mention.

« SCRIPTORIUM /) DE SAINT-REMI AU IXe SIÈCLE

perdu 1 dont le copiste avait commencé l'exécution le 22 mars 798 et l’avait achevée le 23 juillet 800. Les miniatures représentaient saint Grégoire, saint Remi, le donateur et peut-être le scribe. Ce dernier avait écrit ce livre, par ordre de Godelgaudus, prêtre, moine et doyen, qui l’offrit à Saint-Remi et qui appartenait sans doute à cette communauté. Ce scribe s’appelait Lambert ; il était prêtre. Il est dit de lui qu’il menait la vie solitaire, sans doute hors du monastère, mais en relation avec le scriptorium de Saint-Remi, dont le prévôt Godelgaudus avait vraisemblablement la direction. Une inscription signalait la présence du manuscrit au monastère au temps de l’abbé Hincmar (f 967).

Le Liber sacramentorum qui, au rapport de Flodoard, fut recouvert de tables d’ivoire décorées d’argent et donné à Saint-Remi par l’archevêque Hincmar, doit, sans doute, être distingué du Sacramentaire exécuté de 798 à 800. L’historien sait que l’archevêque a, en outre, donné au monastère un Lectionnaire « ad missas », décoré de la même manière, ainsi que d’autres livres, qu’il a fait écrire en faveur de Saint- Remi un exemplaire des Évangiles en lettres d’or, avec une reliure ornée d’or et de perles, précédé d’une préface en vers, écrits aussi en lettres d’or2. Ce travail a été fait sur l’ordre d’ Hincmar probablement au scriptorium de Saint-Remi, ou du moins dans l’un des ateliers rémois, qui travaillaient pour lui.

Le manuscrit de Saint-Remi du IXe siècle, renfermant des textes législatifs et illustré d’un dessin qui représente Théodose 3, a pu être aussi exécuté dans le scriptorium du monastère, ainsi qu’un autre manuscrit du même âge où était transcrit un ouvrage de grammaire de l’évêque scot Duncant 4. Il avait été donné par lui à ses disciples, au monastère de Saint-Remi et écrit par les soins de Gifard (studio Gifardi scriptus). Un exemplaire de l’« Ars Pétri » et de l’« Ars Donati », exécuté à la fin du IXe, ou au commencement du Xe siècle, est le fruit du zèle du moine Adaloldus (studio fratris

1. Il a péri sans doute lors de l’incendie de 1774, mais avait été utilisé et déc rit par Ménard, Divi Gregorii... liber Sacramentorum , Paris 1642. Il a été publié, en 1900, par M. Chevalier, Sacramentaire et martyrologe de l’abbaye de Saint-Remy , p. 305 ; cf. Introd. V-XII. Voir aussi Delisle, Ane. sacrant., n° 12, p. 87.

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