‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 4 sur 1207 · LIVRES COMPRIS PARMI LES « ORNAMENTA ECCLESIÆ · texte numérisé non relu

LIVRES COMPRIS PARMI LES « ORNAMENTA ECCLESIÆ

de droit, d’histoire, de grammaire et de médecine. Evrard faisait figurer tous ses manuscrits, quelle que soit la nature du texte qu’ils contiennent, non pas parmi ses meubles domestiques, mais parmi les meubles de sa capella 1. Semblablement, à la même époque, dans les établissements religieux la bibliothèque faisait partie, non pas du mobilier de l’habitation du clergé et des moines, mais des biens meubles proprement ecclésiastiques, du mobilier et du trésor de l’église.

Louis le Pieux écrit que les moines de Saint-Calais quittant leur monastère l’ont dépouillé de tous ses ornamenta ecclesiastica, tant du contenu du trésor, que des vases, vêtements et livres 2. Il distingue ici d’une part le trésor proprement dit, c'est-à-dire revêtements d’autel, reliquaires, croix, couronnes, etc., et d’autre part les vases, vêtements et livres ; mais les livres, comme les vases et les vêtements font partie du mobilier précieux de l’église (ornamenta ecclesiastica). De même, l’historiographe de l’église d’Auxerre se plaint des déprédations qu’ont subies à la fin du Xe siècle les ornamenta ecclesiae ; parmi eux abondaient tant les livres de nombreux auteurs que les autres objets d’usage ecclésiastique 3. Les livres à ses yeux figurent donc parmi les pièces du trésor. Au XIe siècle, fut dressé à Reichenau un inventaire du trésor de l'église, lequel, est-il précisé, consiste en livres et autres ornamenta. Cet inventaire énumérait et décrivait d’abord les livres liturgiques du trésor et cette partie seule a subsisté 4.

Quand une église met son trésor en sûreté, les livres sont l’objet des mêmes précautions que l’orfèvrerie sacrée. Les moines de Saint-Gall, menacés au Xe siècle par une invasion de Barbares, confient leurs livres aux moines de Reichenau mieux abrités, pensent-ils, dans une île du Rhin 5. Les moines

r. Charles le Chauve tient lui aussi que ses livres font partie de son trésor : « libri nostri, qui in thesauro nostro sunt » ( Capit . Carisiac., 12, Boretius, Capit., II, 358) ; toutefois il n’est pas dit qu’ils font partie de sa chapelle : il s’agit plutôt du trésor de son palais.

2. « monasterium expoliassent ornam^ntis ecclesiasticis tam in thesauro quamque in vasis seu vestim dis necnon Cl libris » ( Gesta Aldrici, p. 149).

3. Gesta episc. Autii "jd., I, 47 : « ad ornamenta ecclesiae quae tune perplura erant, tam in libris multorum auctorum quam in reliquis utensilibus » (Migne, CXXXVIII, col. 272).

4. « Thésaurus istius ecclesiae in libris vel ceteris quibuslibet ornamentis » (Hôlder, Die Reichenauer Handschriften, B. Karlsruhe, ms. 143, f° 163, t. I, p. 347 et Lehmann, Mittelalt. B. Katal. Deutschl., I, 55, p. 266).

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