L’ATELIER DE REICHENAU SOUS WALAFR1D STRABON
Au total, ces brefs nous font connaître une centaine de manuscrits certainement exécutés dans l’ile, avant la mort, en 842, de l’abbé Ruadhelm et il est probable que la plupart des manuscrits 1 signalés ou non dans ces listes et qui appartenaient à cette date au monastère étaient aussi l’œuvre des scribes de Reichenau.
Walafrid Strabon, devenu, en 842, abbé de Reichenau, a dû favoriser lui aussi le travail des scribes ; mais nous ne possédons pas de témoignage sur l’action qu’il a pu exercer près d’eux. C’était à la demande de Réginbert, qu’il appelait son père dans le Christ, et pour obéir à sa « dura jussio » 2, qu’il avait composé, probablement entre 840 et 842, avant d’être promu abbé de Reichenau, son ouvrage sur les commencements et accroissements des biens ecclésiastiques. Il était alors doyen de Saint-Gall et cet ouvrage nous est conservé, entre autres, dans une copie du Xe siècle provenant de ce monastère 3. Deux ouvrages de Walafrid Strabon sont conservés par des manuscrits de Reichenau, sans qu’il soit certain qu’ils aient été composés dans ce monastère i. Une glose des Prophètes dans un manuscrit de Saint-Gall de la fin du IXe siècle et qui a passé dans la Glose Ordinaire, attribuée par la suite tout entière, mais certainement à tort à Walafrid, est conservée dans un manuscrit de Saint-Gall5. -Nous
entre 842 et 846, date de la mort du scribe. Les n08 26 et 32 ne figurent pas non plus sûr ce catalogue, bien qu’on puisse les identifier, l’un avec l’art. 73 du catal. de 822, l’autre avec l’art. 19.
1. Un certain nombre de mss. sont sans doute de provenance étrangère. L’un d’eux signalé dans le bref de 822 (Becker 6, n° 326 ) et qui est conservé (Holcer, n° 182) porte la mention « Winitharius fecit » (f° 67, Hôlder, I, 422). S’il s’agit du moine de Saint-Gall de ce nom, le ms. a été exécuté à S . Gall et .acquis par les moines de Reichenau. Toutefois Hôlder date ce ms. du début du IXe s. et l’activité du Winithar de S. Gall n’a pas dû se porsuivre jusqu’à ce temps. Les nombreux livres irlandais, que possède le monastère, ont été, pour la plupart sans doute, exécutés en Irlande (cf. plus haut, p. 55).
2. « cum secundum solertissimum in rebus ecclesiasticis studium tuum et libris habsas et mcmoria comprehensam, o venerande in Christo pater Reginberte » (Préface, Migne, CXIV, 919) ; «dura Reginberti jussio adegit eum » (col. 920, Capit, II, 474).
3. Cf. Préf. de Krause, Capit., II, 473. Si le Réginbert, dont il s’agit, est, comme il semble, celui de Reichenau, le respect et l’obéissance que Walafrid lui marque, montre que ce dernier n’était pas encore alors abbé de ce monastère.
4. Le Comment, sur les Psaumes est partagé entre un ms. de Reichenau (Karlsruhe Aug. 192) et un autre de S. Gall (313 X XIe s.). Le Comment, sur le Lévitique est un résumé des not “S que Walafrid a recueillies de l’enseignement de son maître Raban (tra dente domino Rabano abbate... ad putatia glossularum recurrens, Migne, CXIV, 795) et est conservé parle ms. 283 de S. Gall. Cf. S. Berger, H. Vulg.
5. Stiftsb. 111s. 41. Sur la glose ordinaire, cf. S. Berger, 132 et suiv.