WINITHAR, SCRIBE DE SAINT-GALL
autorité sur lui et ses confrères et à Etienne. Ces deux moines ont été chargés, en effet, d’administrer l’abbaye, quand en 760, l’abbé Jean devint évêque de Constance 1 et peut-être ont-ils gardé ces fonctions jusqu’à la mort de Jean, en 782. Un manuscrit exécuté par Winithar, renferme une pièce de vers où il fait l’éloge de Charlemagne 2 et qui, par conséquent, est postérieure à l’avènement du roi. Comme Winithar le loue de n’avoir pu supporter les fautes qui fourmillaient dans les livres, et de les avoir fait corriger, le scribe san-gallois avait déjà vu s’exercer, à ce sujet, la sollicitude de Charlemagne et peut-être même a-t-il connu les capitulaires des dernières années du VIIIe siècle qui ordonnent de corriger les livres 3.
Au sein de sa communauté, ce scribe zélé a rencontré, semble-t-il, une médiocre faveur et peut-être certaines oppositions. Il achetait ou mendiait, un à un, les feuillets de parchemin qui lui ont permis d’écrire un livre, dont sa main a peint tous les caractères 4. L’exemplaire des Épîtres de saint Paul qu’il a exécuté, renferme en finale une allocution adressée à ses confrères. Il les prie de bien accueillir son ouvrage ; il craint que quelque moine instruit ne l’accuse d’avoir corrompu, falsifié le texte de l’Apôtre (ne aliquis vestrum heruditorum... statim erumpens in vocem falsaiium me damans). Ce n’est pas de sa propre initiative, mais sur l’ordre du maître, qu’il a pris la plume (non ex mea industria sed ex domini imperimento scripsi sunt probare potestis). Si la communauté estime utile qu’il écrive pour elle, il est prêt à le faire suivant son faible pouvoir, à la condition que les économes du monastère lui fournissent le parchemin (si œconomiei pergamina dederint) 5.
1. Stiftsb., ms. 7c : « Marcum obsecro primum qui praeest nobis... Stefanum oro » (f. 250) ; cf. S. Berger, H. Vulg., p. 117 et Lôfflei»; p. 8 et 53.