WINITHAR, SCRIBE DE SAINT-GALL
A défaut d une souscription écrite de sa main, des manuscrits ou portions de manuscrits exécutés par lui peuvent être facilement discernés. Son écriture, en traits épais, grossiers, mais fermes, est parfaitement reconnaissable A D’autres mains apparaissent dans des manuscrits où Winilhar a mis sa marque 1 2 ; il a vraisemblablement dirigé l’équipe de ses collaborateurs. Parmi les anciens manuscrits de Saint-Gall, qui subsistent, sept ont été exécutés en tout ou en partie par Winithar 3. Un huitième, qui n’est pas de sa main, dont l’écriture est un peu postérieure et qui est l’œuvre de plusieurs scribes, lui est attribué par l’un d’eux, lequel a peutêtre transcrit l’un de ses manuscrits qui portait sa souscription 4.
Le travail principal de Winithar et de son équipe paraît avoir eu pour objet de mettre à la disposition de sa communauté le texte de la Bible pour lequel il utilise des modèles venus du Sud de la France et d’Espagne. Quatre manuscrits, en tout ou en partie de sa main, renferment des livres ou des extraits de la Bible. D’autres portions du texte sacré ont été reproduites vers le même temps à Saint-Gall. Ces manuscrits représentent les débuts du travail d’où est sorti le texte traditionnel de Saint-Gall ; ils sont les précurseurs de la Bible d’Hartmut 5. Peut-être, Winithar s’est-il mis à l’œuvre, comme Alcuin à Tours, Maurdramne à Corbie, sous l’impulsion donnée par Charlemagne, qu’il a félicité d’avoir fait corriger les livres, sans doute les Livres Saints.
Il se peut aussi qu’il ait trouvé appui en la personne de
1. Cf. S. Berger, p. 119 ; Lôffler, 56 et suiv. Voir la PL 8 où est reproduite la page 218 du ms. 907. Lôffler étudie, en outre (p. 64), les abréviations utilisées par Winithar.
2. Dans le ms. 2, deux livres du N. Test, sont écrits par Winithar, deux livres de l’A. Test, par d’autres mains (Lôffler, p. 56-7).
3. Stiftsb., mss. 2, f° 301-568 (cf. Scherrer, p. 2) ; n à diverses places (p. 4) ; 70 (p. 31) ; 109 (Lôffler, p. 57) ; 9 °7 (P- 55).; B. Vienne. Pal. 743; B. Zurich C 65. Le ms. 182 de Reichenau porte la mention « Winitharius fecit »; mais, ou bien le ms. du début du IXe siècle a été attribué arbitrairement au scribe réputé de S. Gall, ou bien il s’agit d’un autre Winithar (cf. plus haut, p. 296, n. 1).
4. Stiftsb. ms. 238, dit « Collectaneus Winithari » : cf. Scherrer, p. 87 ; de Bruyne, art. cité.
5. Cf. Lôffler p. 54, S. B.rger, p. 123. L’un des mss. de Winithar renferme les Épîtres de saint Paul (ms. 70), un autre des extraits des Épîtres catholiques et l’Apocalypse (ms. 907), un troisième les Actes des Apôtres et 1 Apocalypse de la main de Winithar avec deux livres de l’Ancien Testament, les Nombres et le Deutéronome d’une autre main (ms. 2). Le ms. n renferme divers extraits de l’A. Test, et des Pères. En dehors des mss. exécutés par Winitharet ses collaborateurs immédiats, il a subsisté un texte des Prophètes (ms. 44), qui est contemporain de Winithar, puisque l’abbé Jean (760-81) l’a fait écrire (cf. n. suiv.).
SCRIBES DU IXe SIÈCLE A SAINT-GALL
Jean, évêque de Constance et abbé de Saint-Gall. Nous savons que celui-ci a eu souci de faire écrire des livres pour les moines de son abbaye. Un manuscrit des Prophètes porte une note contemporaine, où Jean déclare qu’il a fait écrire ce livre, pour qu’il reste à perpétuité dans le monastère de Saint- Gall. L’abbé jette l’anathème sur quiconque effacerait cette note, afin de pouvoir ravir le livre au monastère h II semble bien que ce manuscrit ait été exécuté à Saint-Gali, plutôt qu’au scriptorium de Constance 2.
Sur un manuscrit de saint Isidore, exécuté au VIIIe siècle, on lit les noms d’Abo et de Wolframm 3. Le nom de ce dernier moine apparaît dans une charte de 760-6 et on pourrait en conclure que ces deux moines sont des scribes contemporains de Winithar. Mais il n'est pas sûr que le manuscrit ait été exécuté par eux. Leurs noms, en particulier celui d’Abo, ne sont pas de la même main que le texte du manuscrit et paraissent d’une écriture plus récente 4. Un manuscrit de saint Eucher, du VIIIe siècle, porte en finale, en écriture cursive, la souscription d’un certain Joseph, qui peut avoir été un scribe de Saint-Gall 5.
Un autre manuscrit, de la fin du VIIIe siècle, conservé à Saint-Gall et qui renferme la loi romaine des Wisigoths, la loi Salique et la loi des Alamans, livre avec sa date le nom du scribe qui l’a exécuté. Wandalgarius s’est nommé et représenté dans une miniature devant sa table à écrire. Son travail a été terminé, le vendredi Ier novembre de l’année 794 °. Mais il n’est nullement certain que le manuscrit ait été exécuté au scriptorium du monastère 7.
Tous ces manuscrits et la plupart de ceux de 1a. seconde moi-
1. ms. 44, f° 183, Scherrer, p. 19. Lehmann (Mütelalt. B. Katal., I, p. 55) observe que le feuillet, qui porte la souscription de Jean, a pu être rattaché arbitrairement à ce ms. ; mais à défaut de celui-là, il faudrait admet re que Jean en fit exécuter nu autre.
2. Loffler, qui estime peu fondée l’hypothèse de Lehmann (p. 27). ffblit (p. 28) que les particularités de l’écriture rhétique de ce ms. doivent le faire attribuer aux scribis de S. Gall.