ENCRES ET COULEURS
•de la « chrysographia », de l’« auri scriptio ». Celle qui consiste à réduire l’or en limaille, puis à le faire dissoudre dans du fort vinaigre (acetum acerrimum), additionné de sel de nitre, vaut, est-il observé, pour tout autre métal l. L’auteur du recueil traite des minerais .utilisés comme matières colorantes : vert de cuivre (jarin) ; jaune safran d’arsenic (orpiment) ; il fournit des recettes pour la fabrication de la céruse (compositio psimitthim), du minium ou cinabre (operatio cinnabarum), de l’ocre rouge (sinapis) simili du cinabre (de coloris simili cinnabarum), du rouge de kermès (compositio vermiculi), des couleurs végétales, le bleu (lazuri, lulax), des Vernis (compositio pis) 2. De même la Mappae clavicula, dans le manuscrit de Schlestadt, s’ouvre par des recettes relatives à l’encre d’or, à la teinture et aux couleurs, reproduisant, dans un ordre un peu différent, les formules du manuscrit de Lucques 3. L’Anonyme de Berne renferme des instructions relatives à la décoration des livres et à la peinture à l’œuf 4.
Comment les scriptoria ecclésiastiques et monastiques s’approvisionnaient-ils de ces encres et couleurs ? Elles pouvaient être préparées dans les ateliers mêmes du monastère ou de l’église, mais les substances employées devaient nécessairement venir du dehors. Quelquefois, les redevances acquittées par les hommes des domaines en fournissaient une part. Nous savons, au moins, qu’un certain nombre de tenanciers de Saint-Remi de Reims devaient quelques onces de vermillon 5. Plus souvent, sans doute, les églises et monastères demandaient ces produits au commerce et les faisaient acheter sur les marchés. Une note d’un manuscrit de Corbie, exécuté au Xe siècle, fait figurer des couleurs, l’orpiment, le minium, le sang dragon (résine rouge), l’indigo, sur la liste des marchandises qu’on se proposait d’acheter à Cambrai 6.
Le scriptorium doit enfin être muni des instruments pro-
1. Muratori, Antiquit. Ital., II, 375-6 ; voir notre t. III, Eglises et trésors des églises, p. 187.