BROUILLONS, MANUSCRITS AUTOGRAPHES
Il fallait que l’auteur fût pressé de produire son ouvrage où se confiât, peut-être imprudemment, en son savoir-faire,» pour négliger cette précaution. A Saint-Gall, au IXe siècle, Ermenric adresse à Grimald un bref opuscule: «Sachez, lui écrit-il, que je ne l’ai pas consigné d’abord sur cire et tablette, mais que l’ouvrage vous est envoyé, tel qu’il a été composé sur les présents cahiers h Quand, jeune moine encore, dans le dernier quart du XIe siècle, Guibert de Nogent composa, malgré son abbé, un Commentaire de la Genèse, ainsi que d’autres ouvrages, il eut la hardiesse de ne pas les noter sur des tablettes de cire (nullis impressa tabulis). Il les composa et les écrivit en même. temps sur le parchemin (dictando et scribendo). Sa plume courait tandis qu’il commentait (scribendo pariter etiam commentando) et il fixait le texte aussitôt sur la page d’une manière immuable (immutabiliter paginis inferebam) 1 2.
L’auteur écrit donc parfois lui-même le manuscrit de ses ouvrages. Nous possédons un certain nombre d’autographes, du IXe ou du Xe siècle, manuscrits définitifs, ou simples brouillons d’œuvres doctrinales ou historiques composées à cette époque. Un manuscrit du IXe siècle, paraît bien être l’autographe du diacre Florus de Lyon 3. D’Aimoin de Fleury-sur- Loire subsiste sans doute également un manuscrit original 4. Il en est de même du poème, écrit à Saint-Germain-des-Prés, sur le siège de Paris, pai Abbon. Nous gardons vraisemblablement aussi des pages composées et écrites par Héric d’Auxerre. Un certain nombre de brouillons d’Adémar de Chabannes ont passé, avec les manuscrits copiés de sa main ou sous sa direction, dans la bibliothèque de Saint-Martial et nous sont également parvenus. Le manuscrit autographe des Histoires de Richer nous a été conservé et sans doute aussi celui de la vie du roi Robert par Helgaud 5. On garde aussi peut-être le manuscrit de l’Histoire ecclésiastique d’Orderic Vital écrit ou revu par lui-même dans la première moitié du XIIe siècle 6. Mais il n’a subsisté au total qu’un assez
1. Epist. 3 : « Simul et hoc scitote quod nee in cera vel in tabula haec expressi, sed
sic.ut in praesentibus scedis dictata sunt, ita sunt vobis directa » ( Epist . Karol. aevi, III, 568). >