LIVRES DE DROIT, GRAMMAIRE, HISTOIRE A SAI NT-RI QUI ER
psaumes, quatorze livres de Fulgence, seize livres de Bède, puis huit livres d’auteurs divers réunis en trois volumes.
Une section qui a pour titre « de canonibus » est formée par les livres de droit ecclésiastique. Le Catalogue énumère cinq volumes renfermant des recueils de Canons, Décrétales et ouvrages concernant la discipline ecclésiastique, puis un amalgame d’ouvrages, les Psautiers et Homéliaires, les « Gesta Francorum » de Grégoire de Tours, les Vies des saints en dix-huit volumes, des gloses en trois volumes, des règles monastiques, etc. La série des canons et de ces ouvrages variés comprend soixante-dix volumes.
C’est l’ensemble de toutes ces sections : Bibles, œuvres des Pères et de divers écrivains ecclésiastiques, livres de droit et ouvrages divers qui constituent la série des livres « de divinitate » réservés à ceux qui habitent le cloître.
Les livres de deux autres séries peuvent en sortir et peutêtre en est-il qui sont habituellement conservés hors du « claustrum », dans les locaux de la scola. L’une des séries renferme les livres des Grammairiens et avec les ouvrages de Donat, Pompée, Probus, Priscien sont rangés la Rhétorique de Cicéron, les poèmes de Virgile et aussi ceux de Sedulius, Juvencus, Fortunat L L’autre est constituée par les livres des anciens qui ont écrit « de gestis regum vel situ terrarum ». On y trouve l’Flistoire ecclésiastique d’Eusèbe, celle de Socrate et de Sozomène, la chronique de saint Jérôme, le « de moribus et vita imperatorum », l’histoire de Jordanès, l’Epitome de Pompée, la description du monde d’Aethicus, Josèphe, le livre de Philon le Juif, la Loi romaine et la Loi salique, le tout représentant quinze livres. Six ouvrages divers sont rattachés à cette section, entre autre une Passion du Seigneur en latin et en langue germanique (in theodisco).
Dans l’état où le texte de l’inventaire de 831 nous est parvenu, la récapitulation des volumes et des ouvrages ne peut être faite avec sûreté. Hariulf comptait deux cent cinquantesix « codices », dont un certain nombre, dit-il, renferment plusieurs livres, comme l’indique l’inventaire (ut supra notatum
1. Le Fortunat du catalogue se retrouve peut-être dans le ms. de la B. N. lat. 13.048 (los 31-48), ms. dont une portion a passé à S. Pétersbourg. F. XIV, i ; cf. Lindsay, p. 476. Dom Wilmart estime que ce ms. de Fortunat provient de S. Riquier ( Un nouveau témoin de l’écrit a, de Corbie, R. Bénéd., 1930, p. 271). Me Dobiash, Hist. atelier Corbie , p. 158, tient que le ms. est corbéien d’origine. Le ms. n’est pas consacré exclusivement aux œuvres de Fortunat ; parmi les poèmes qu’il renferme figure l’épitaphe de saint Caidocus « ab Angilberto abbate Centulensi confectum » loc. cit, n. 1), dont la présence favorise, à la vérité, l’hypothèse de la provenance centulienne.
626 DISPERSION DES LIVRES DE SAINT-RIQUI ER, FIN IXe SIÈCLE
est). Si on comptait les livres, ajoute-t-il, le chiffre de cinq cents serait dépassé 1.
On peut conjecturer que la bibliothèque si bien fournie déjà en 831 s’est enrichie encore au cours du IXe siècle. Vers 865, le moine de Saint-Riquier, Micon, prie un écolâtre, sans doute celui de Corbie2,de lui envoyer les œuvres de Fortunat, dont la bibliothèque de Saint-Riquier ne possédait en 831 que la moitié 3. Il demandait aussi l’envoi d’un Claudianus Mamertus, afin de corriger l’exemplaire défectueux, dont il disposait à Saint-Riquier. Comme ce livre ne figure pas parmi ceux qui furent inventoriés en 831, il avait été acquis postérieurement à cette date. L’activité du scriptorium de Saint-Riquier au temps de Micon a sûrement procuré un accroissement important des ressources de la « librairie » du monastère, notamment en œuvres qui concernaient l’histoire de l’établissement 4.
Lorsqu’en 880, les moines s’enfuirent à Sens pour échapper aux Normands 5, ils emportèrent, au rapport d’Hariulf, avec les reliques et les pièces du trésor, les livres qui traitaient de l’histoire du monastère et vraisemblablement aussi leurs manuscrits les plus précieux. Tout ce qu’ils laissèrent fut pillé et brûlé 6. Les livres que les moines avaient emportés avec eux, furent dispersés, au cours de leurs pérégrinations 7.
Lhi certain nombre de ces livres reprirent leur place à la bibliothèque de Saint-Riquier, quand le monastère eut été restauré dans la seconde moitié du Xe siècle 8. Parmi eux figurait le plus précieux de tous, le « textus » des Évangiles d’Angilbert ; car il est parvenu jusqu’à nous. Le « De christiana religione » de saint Augustin, catalogué en 831, subsiste également et peut être une portion des poèmes de Fortunat 9.
1. III, 3, P- 94- En additionnant les données fournies par le texte, on ne retrouve pas les chiffres de 256 volumes et de plus de 500 ouvrages ou livres que comptait Hariulf, L’énumération des livres de saint Jérôme au nombre de 22 se termine par « omnia haec in uno volumine ». Il est très invraisemblable que tous les ouvrages énumérés de saint Jérôme aient tenu en un seul volume, alors que les livres de saint Augustin sont répartis en sept volumes. Le texte original indiquait sans doute, comme pour la série de saint Augustin, la distribution en volumes qu’un copiste aura omise, ne laissant subsister que la dernière mention «omnia haec in uno lumine » qui se rapportait sans doute seulement à un certain nombre des livres énumérés en finale.
2. Poetae lat., III, 363. Cf. F. Lot, éd. du Chron. Centul., p. 93, n. 1.
3. Dans l’énumération des livres (p. 93) figure « medietas Fortunati ».
5. Chron. Centul. , III, 20, p. 141-2 ; cf. Ann. Vedast., 881.