LE BREF DES LIVRES DE SAINT-GALL SOUS GRIMALD
corruptnm, legi non potest), les services qu'il peut rendre ou ne pas rendre (inutile), l'erreur (mendacium) commise sans doute par le rédacteur du Catalogue en signalant tel ouvrage dans un volume qui ne le contient pas. Le glossateur note que tels livres se trouvent présentement à l'école, au sacrarium, entre les mains d'un tel, que tel autre livre a été rendu à Reichenau mais remplacé par une copie ^, qu'un autre est détenu par un certain Rodin qui affirme en être le propriétaire. L'annotateur signale qu'il n'a jamais vu tel volume ^non vidi), qu'il n'existe plus (nihil est), qu'il est perdu (perditum). De plusieurs il est dit qu'il faut les rechercher (require). Ces observations ne nous renseignent pas sur les accroissements dont a bénéficié la bibliothèque après la rédaction du Catalogue primitif, mais montrent comment elle subissait des pertes dans le même temps où elle s'enrichissait. Une vingtaine de manuscrits ne se retrouvaient plus, au temps où le Catalogue était l'objet de ce pointage antérieur à la fin du IXe siècle.
Les volumes que la première main inscrivit derrière le titre de Breviariiim sont au nombre de 284. Une liste de trente livres « scottice scripti » fut placée ensuite en tête du manuscrit. En interligne ont été ajoutés cent-quatorze volumes, rôles ou cahiers. Toutes additions comprises, ce Catalogue énumère 428 manuscrits.
Le Breviarium n'indique pas d'ailleurs tous les livres que possédait le monastère, au temps où il fut rédigé ou complété. Toutes les séries de livres sont représentées et annoncées par un titre à l'exception de ceux qui servent à l'autel et au chœur. A part en effet des Antiphonaires et un petit volume renfermant des hymnes et un Pénitentiel '•^, il n'est fait mention d'aucun livre liturgique. Le monastère possédait pourtant certainement et en grand nombre des Sacramentaires, Evangéliaires, Lectionnaires, etc. On en peut conclure que le Catalogue exclut les livres qui sont conservés dans le sacrarium. L'annotateur du Breviarium signale que tel livre est pour l'instant « ad sacrarium » ; il a sans doute été emprunté par le sacriste et a rejoint provisoirement les livres qui sont habituellement conservés dans la sacristie.
On peut aussi s'étonner que la série des nietra et celle des
1. « habet domna Rickart » (p. 72-3) ; '< Liutwardus liabet », (p. 73 et 76) ; « Wolfkeri est » ; « Ruodinum vidi habere qui dixit suum esse » (p. 76) ; « redditae sunt ad Augiam et patrate sunt novae », (p. 72).
2. Lehmann, p. 77, ]. 24 et 79 1. 20 ; Becker, art. 263-7 et 307.
742 LIVRES ACQUIS PAR GRIMALD ET HARTMUT
livres de grammaire, ne comporte aucun poète, historien ou orateur profane anciens. Les gloses notent au regard de deux manuscrits qu'ils se trouvent «ad scolam»! ; ont-ils rejoint là une autre collection de mètres, d'ouvrages de grammaire et des autres Arts Libéraux servant à l'instruction des scolastici et où on aurait trouvé les livres qui font défaut à la bibliothèque claustrale ?
En plus du Breviarium et des 2 ou 3 éditions qui peuvent être distinguées de ce document, nous disposons de quatre autres Catalogues de livres que le monastère doit à Grimald et à Hartmut. L'un énumère les volumes qu'avec l'aide de son prévôt Hartmut, l'abbé Grimald a fait faire (patravit), au cours de 31 années d'abbatiat (841-72), sous le roi de Germanie Louis -, ou suivant une autre recension ceux qu'Hartmut *comf)osés (composuit) sous l'abbé Grimald ^. Une autre liste dressée après la mort de celui-ci entre 881 et 895 *, énumère les titres des ouvrages que Grimald possédait en propre et a donnés (de suo dédit) au monastère, probablement à sa mort ^. Deux autres Catalogues ont pour objet des collections formées par Hartmut. L'un signale les livres que celui-ci, devenu abbé après la mort de Grimald, a fait écrire au temps où il gouverna le monastère sous le roi Louis et l'empereur Charles le Gros, entre 872 et 883, date où il résigna sa charge ^. Un livre restait encore inachevé (nunc sunt inter manus) quand cette liste fut dressée. L'autre Catalogue énumère les livres qu'Hartmut avait écrits allègrement (jucunda patravit scriptura), pour son propre usage (proprii causa usus) et qu'à sa mort (896), il légua au monastère ^.
La liste des ouvrages exécutés sous Grimald par les soins d'Hartmut énumère soixante-dix volumes. Ceux qui furent écrits sous l'abbatiat d'Hartmut sont au nombre de quarantesept. Les bibliothèques personnelles des deux abbés versées
1. « Ad sacrarium » (Lehmann, p. 75, 1. 16) ; « ad scolara » (p. 72, 1. 5 ; P- 79. 1. 9).
2. Becker, n. 24 ; Gottlieb, 911 ; Lehmann n^ 17, p. 83-4- Le titre est celui que donne le ms. 267.
3. Ratpert a inséré dans les Casus s. Galli (ms. 614, X"^ s. éd. SS , II, 70), composés avant 883, le texte de ce Catalogue, avec un titre légèrement modifié.
4. Ce Catalogue donne à Charles le Gros la qualité d'empereur et mentionne comme vivant encore Hartmut mort en 895 ; cf. Lehmann, p. 88.