‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 4)Chapitre 1115 sur 1203 · ACCROISSEMENT LIMITÉ · texte numérisé non relu

ACCROISSEMENT LIMITÉ

science profane. L'abondance de volumes que des bibliothécaires modernes qualifieraient de doubles, dont jamais alors il n'était fait fi quel que fût leur nombre, nous avertit de l'ordre des valeurs de ce temps en matière de livres, et de la modicité des moyens d'accroissement. Aux yeux d'un « custos », il importe sans doute de se procurer les ouvrages qu'il n'a pas, mais il est tout autant important de disposer d'autant d'exemplaires d'un même livre qu'il en faut pour satisfaire aux besoins d'une communauté nombreuse.

A cette époque, la rareté d'un ouvrage n'est pas une raison spéciale d'en poursuivre l'acquisition. L'antiquité d'un manuscrit n'en accroît pas davantage la valeur. On apprécie une belle calligraphie, une riche décoration, laprécieuse reliure que peut revêtir le volume, le bon état de conservation des cahiers de parchemin ; on n'a pas égard à l'âge d'exécution et si l'ancienneté se traduit par des marques d'usure, elle diminue au contraire l'estime faite d'un livre. Les connaisseurs, comme un Loup de Ferrières, font cas de la correction, non de l'antiquité d'un exemplaire ; ils n'attachent pas à un manuscrit plus ancien le préjugé d'un texte meilleur. Les Catalogues signalent la vétusté comme une tare ; jamais ils ne mentionnent .comme une recommandation l'ancienneté d'un manuscrit. Les églises ne collectionnent pas les livres en tant qu'objets rares, antiques, curieux ; elles ne les recherchent qu'en vu de l'usage auquel ils se prêtent.

Dès lors, l'importance d'une bibliothèque du VIII^ au XII^ siècle ne pouvait être très considérable ; la composition en était déterminée et resserrée dans des limites assez étroites, qu'il n'était pas possible de dépasser.

§2. — Importance numérique des collections de livres

Compte tenu de ces inéluctables bornes qui limitent l'étendue du domaine exploité par les collectionneurs de livres, quelle est l'importance des bibliothèques constituées du VIII^ à la fin du XI' siècle par les églises et monastères de l'ancienne Gaule ?

Le fait que les églises et les monastères affectent en général un bâtiment spécial, ou du moins un local à la garde de leurs livres ^, donne déjà à penser que la collection en était de quelque importance.

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