CHAPITRE XIV
Le « scriptorium » de Corbie
§ I. — La calligraphie corbéienne
L'histoire du scriptorium de Corbie commence avec la fondation du monastère. La communauté primitive formée par un abbé venu de Luxeuil y a fait usage, dès l'origine, de l'écriture allongée et pointue des scribes luxoviens du VII® siècle, qui ont fait sans doute sur place l'éducation de ceux de Corbie ^. Quelques manuscrits de ce temps qu'a conservés la bibliothèque du monastère, portent la marque de cette écriture 2. Les scribes corbéiens ont pratiqué ensuite une cursive originale, très chargée de ligatures, dont le « Grégoire de Tours » exécuté par eux, à la fin du VU® ou au commencement du VIII®, nous a gardé les traits ^ et qui, si sauvage qu'elle apparaisse, est plus régulière pourtant que l'écriture des diplômes mérovingiens, à laquelle elle s'apparente.
Le souci qu'ont eu les scribes de Corbie d'améliorer la technique de leur écriture a pris, au cours du VIIP et des premières années du IX® siècle, deux directions différentes. .
Il est sorti de cet atelier un nombre considérable de manuscrits, dont l'écriture de genre cursif, caractérisée par les
1. Dom Wilmart (art. Corbie dans Dict. d'archéol.) pense que des livres ont été apportés de Luxeuil à Corbie. M^ Dobiash (Hist. graph. atelier de Corbie, p. 46) estime plutôt que des scribes de Luxeuil accompagnèrent le premier abbé de Corbie et exécutèrent les premiers nus. de ce monastère dans l'écriture qui eur était familière. Toutefois, les scribes qui ont exécuté ces premiers livres, avaient en mains un archétype qui venait vraisemblablement de Luxeuil.
2. Notamment le ms. de saint Grégoire siu: Ezéchiel, B. Leningrad Q v l, 14 ; cf. Dobiash, n° 10, p. 125-7. Dans le ms. de Grégoire de Tours (B. N. lat. 17.655), les 3 premiers fo ios sont aussi en écriture de Luxeuil (Dobiash, p. 47).
3. B. N. lat. i7.655> voir la PI. publiée par M. Omont dans l'édition de Grég«ire de Tours d'après le ms de Corbie.